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Entretien avec Salah Amokrane (Motivé-e-s)

Publié le par dan29000

FORUM DE TOULOUSE MIDI-PYRÉNÉES

 

Plus de douze ans après le succès des Motivé-e-s, Salah Amokrane, un des leaders de ce mouvement, évalue les réserves d'énergie politique dans les cités.

 

 

Motivé, il l'est toujours. Même s'il a quitté la politique en 2008, après sept ans au conseil municipal de Toulouse. Ce n'était que pour mieux s'engager dans le secteur associatif. A 49 ans, il préside désormais TactiKollectif, une association «d’éducation populaire» qui œuvre dans les quartiers. Douze ans après l'élan des Motivé-e-s, reste-t-il encore de l'énergie politique dans les banlieues ? Salah Amokrane est venu en débattre au Forum «Quelle énergie !» organisé par Libération à Toulouse. Entretien.

Y a-t-il encore de l’énergie dans les quartiers pour lutter ?

Les quartiers semblent surtout souffrir d’un manque de transmission de l’énergie militante. C’est important la transmission, sinon on passe son temps à réinventer les choses. Ainsi, pour faire comprendre que nous ne sommes pas une génération spontanée, que nous avons une histoire militante, nous avons développé un gros travail sur la question de la mémoire de l’immigration. Il faut montrer que nos parents ont mené des combats. Savoir que nous sommes les héritiers d’une histoire politique, c’est ce qui permet de ne pas s’effacer.

Les jeunes de ces quartiers ne s’engagent-ils donc plus en politique ?

Ils le font différemment. Il n’est pas obligatoire d’être adhérent aux Jeunesses socialistes pour dire des choses. Faire du hip-hop, du one-man show ou s’occuper d’un club de foot, c’est s’engager. Il faut discuter avec les élus, gérer les subventions et donc se mêler de la vie publique. Enfin, dans les quartiers, ce n’est pas 10%, mais la moitié des jeunes qui sont au chômage. Or, s’investir dans l’action collective nécessite une tranquillité d’esprit. Moi j’ai eu la chance de pouvoir vivre de mon engagement, c’est aussi pour ça que j’ai tenu.

Mais vous avez choisi d’arrêter la politique...

Je n’avais pas envie d’y faire carrière. Pour autant, je ne me suis pas exclu du jeu politique. Il ne faut pas le laisser aux seuls hommes politiques. Une bonne partie de la population et notamment la jeunesse des quartiers populaires ne se retrouve pas dans l’offre politique traditionnelle et on ne peut pas lui en vouloir.

Alors pourquoi cette rupture ?

Cette rupture s’est préparée dès les années 80. La gauche a manqué son rendez-vous avec les quartiers, au moment de l’émergence d’une série de mouvements, dont la marche des Beurs. Les partis se méfient des leaders de ces manifestations. Alors qu’ils auraient pu être la relève de la gauche dans les quartiers, ils ont été tenus à l’écart. C’est aussi pour ça que nous, ces leaders, nous sommes réfugiés dans l’action sociale. Le lien naturel avec les partis politiques ne s’est pas fait. A l’époque, une partie du PS avait encore une vision néo-coloniale. Nous étions des immigrés, des étrangers qu’ils regardaient avec bienveillance voire condescendance. Dans la création de mouvements comme Touche pas à mon pote, nous étions condamnés à rester juste le «pote». Et notre combat pour l’égalité s’est transformé en une simple lutte contre le racisme.

La question des discriminations qui prend le pas sur les questions sociales... Est-ce la même chose aujourd’hui avec la lutte contre l’islamophobie ?

C’est vrai que cette question est importante. Il y a urgence. Je regrette juste que ce débat passe devant la question de la rénovation urbaine, des enjeux environnementaux ou de l’alimentation, qui concernent aussi les quartiers.

Tiphaine Le Liboux, étudiante en journalisme à l'EJT

 

 

Publié dans actualités

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