Etats-Unis : hier la chasse aux rouges, aujourd'hui la chasse aux verts

Publié le par dan29000

Après la chasse aux communistes, les Etats-Unis se lancent dans la traque aux écologistes

 

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Le FBI lui a proposé d’infiltrer son groupe militant. Il a décidé d’écrire un livre sur la chasse aux « éco-terroristes ». Dans Green is the New Red, pas encore publié en France, le journaliste étasunien Will Potter dénonce l’utilisation du qualificatif « terroriste » appliqué abusivement à des militants écologistes. Certains ont été lourdement condamnés depuis le 11 septembre 2001. Il pointe également le lobbying de plusieurs entreprises pour renforcer cette répression. Un air de déjà vu : c’était dans les années 1950, la menace était Rouge. Aujourd’hui, elle est verte. Entretien.

Basta ! : Comment avez-vous commencé à travailler sur l’éco-terrorisme ?

Will Potter : Je couvrais l’actualité chaude et les homicides pour le Chicago Tribune. Je devais traiter les meurtres en interviewant les familles. Cela me laissait avec des idées noires ! C’était un super travail mais j’avais l’impression de ne pas avoir d’impact positif sur le monde. A l’université, j’avais côtoyé de nombreux mouvements de justice sociale. J’ai donc décidé de m’y investir. J’ai commencé en distribuant des tracts contre une entreprise qui teste des produits sur les animaux, Huntingdon Life Sciences. Je pensais que c’était un engagement sans danger, qui me permettait de continuer de travailler sans problème comme journaliste. Mais nous avons tous été arrêtés et accusés de « conduite contraire aux bonnes mœurs » (disorderly conduct) ! Ces charges ont bien sûr été abandonnées, mais quelques jours plus tard, deux agents du FBI me rendaient visite, chez moi. Ils m’ont expliqué qu’à moins que je ne devienne un informateur, que j’infiltre les groupes de défenses des droits des animaux, ils allaient me mettre sur la liste des terroristes intérieurs (vivant sur le territoire états-unien, ndlr).

Cela m’a fait très peur, et j’en ai eu honte. C’est arrivé un an après les attaques du 11 septembre et je n’avais encore aucune idée du pouvoir du FBI dans les affaires de terrorisme. Comme cela a-t-il pu arriver ? Comment quelqu’un qui distribue des flyers peut-il être considéré comme terroriste ? Ces questions m’ont obsédé. Le temps s’est écoulé, et quelques-uns de mes bons amis se sont retrouvés dans des procès, accusés de terrorisme. Je me suis de plus en plus impliqué sur ce sujet, prenant la parole contre la restriction des libertés civiles aux États-Unis.

Qu’ont fait vos amis pour être accusés de terrorisme ?

L’activiste Tim DeChristopher, par exemple, a été condamné à deux ans de prison pour désobéissance civile. Une condamnation plus dure que celles de personnes qui ont brûlé des églises ou menacé des leaders noirs. Son crime : avoir procédé à des offres lors d’une vente aux enchères de baux de pétrole ou de gaz, où des terres publiques étaient mises en vente à des entreprises. Tim n’avait pas l’argent pour acheter ces terres. Mais il avait décidé de participer aux enchères dans le but de les gêner et d’attirer l’attention sur la destruction environnementale qu’elles allaient provoquer. Cette mise aux enchères a ensuite été considérée comme illégale par une cour fédérale. Mais Tim DeChristopher a été envoyé en prison.

Quels sont les moyens utilisés pour lutter contre ceux considérés comme des « terroristes » écolos ?

Comme à l’époque de la Peur Rouge [plus connu en France sous le nom de maccarthysme, du nom du sénateur Joseph McCarthy, initiateur d’une brutale politique anticommuniste dans les années 50, traquant les communistes, leurs sympathisants ou supposés tels, ainsi que les homosexuels, ndlr], leurs stratégies relèvent de trois domaines : juridique, législatif et un troisième que j’appelle extra-juridique, ou de diffusion de la peur. Les tribunaux sont utilisés pour élargir la notion de « terrorisme » et condamner des activistes à des amendes ou des peines de prisons disproportionnées. Le mot terroriste est utilisé très tôt, pour orienter l’opinion publique contre les accusés, avant même qu’ils n’aient posé les pieds au tribunal. En parallèle, certaines entreprises et des politiques font du lobbying pour que les nouvelles lois aillent encore plus loin. Le dernier élément – la diffusion de la peur – est peut être le plus dangereux. Les stratégies actuelles – campagnes de presse, publicités, langage diabolisant ces activistes... – exploitent la peur et promeuvent une incarcération toujours plus fréquente de ces militants !

Sur quelles lois s’appuient les autorités ?

D’abord l’Animal Enterprise Protection Act, adoptée en 1992, puis renforcée en 2006 pour devenir l’Animal Enterprise Terrorisme Act. Cette loi a initialement permis d’envoyer dans une prison fédérale six militants qui s’opposaient à une entreprise utilisant les animaux pour des expérimentations. Leur campagne « terroriste » utilisait-elle de l’anthrax ? Des bombes artisanales ? Ont-ils fomenté un complot pour faire exploser un avion ? Non ! Ils éditaient un site web sur le sujet, avec des articles sur la campagne, sur des actions légales comme des manifestations, et sur des actions illégales, comme le vol d’animaux de ces laboratoires. Ils n’ont jamais été accusés d’avoir « cambriolé » un laboratoire : ils ont simplement soutenu ce genre d’actions sur leur site Internet. Le but de ces efforts législatifs n’est pas seulement de voter de nouvelles lois, mais aussi d’utiliser les auditions du Congrès comme une scène médiatique afin de modifier les perceptions que le public a de ces mouvements.

L’Animal Enterprise Terrorisme Act permet désormais de considérer comme terroristes des militants non-violents. Avant l’adoption de cette loi, vous avez été invité à témoigner devant le Congrès....

 

 

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