Baumettes : témoignage de Nadine, compagne d'un homme détenu malade

Publié le par dan29000

 

Nadine est la compagne d'un homme détenu. Régulièrement, elle se rend dans cette prison, depuis des mois à présent : destination : les parloirs des Baumettes. Aujourd'hui, elle témoigne de l'état de santé de son mari...

 

 

Mon mari est un homme malade et handicapé. Il est incarcéré à la Prison des Baumettes depuis septembre 2012, cela fait plus d'un an à présent. C'est un homme qui là-bas, chaque jour souffre.

En 2010, il a subi une grave opération au niveau de la jambe : son genou a littéralement implosé en dix morceaux à la suite d'une chute. Un puzzle qu'un chirurgien a bien essayé de reconstituer par ostéosynthèse, mais, malheureusement, l'opération s'est soldée par un rejet...

C'est ainsi qu'on s'est rendu compte qu'il avait une fragilité au niveau des os. En 2011, on lui diagnostique une ostéoporose sévère. Il a dû à nouveau être opéré. On lui a posé une prothèse à la hanche droite.

Tout ça lui a détruit le moral. C'était un homme déjà dépressif. Le décès de sa mère, en 2009, et celui de ma propre mère en 2012, n'ont fait que dégrader encore son état. Depuis il ne peut marcher qu'avec une extrême difficulté. Cette année-là – en février 2012 - c'est la hanche gauche qu'il a fallu lui opérer. Une nouvelle prothèse lui est fixée.

 

En septembre 2012, il est incarcéré         

Seulement six mois après son opération, en septembre 2012, il a été incarcéré, alors qu'il était toujours sous suivi médical. Ses déplacements sont lents et pénibles. Il peut encore monter et descendre les étages, mais à son rythme.

Aux Baumettes, depuis son incarcération il reste la plupart du temps dans sa cellule. En promenade, il ne s'y rend que rarement, il faut descendre des étages. 

                         (Photo : 9M2 - Lieux Fictifs)

Une de ses seules 'sorties' (de sa cellule), c'est, trois fois par semaine, pour se rendre à la douche, au bout de la longue coursive...

En octobre dernier, il devait passer une radio de contrôle pour ses hanches. Cela ne lui a pas été possible. Je ne sais pas pourquoi on ne lui a pas fait passer cette radio.

 

Il est devenu totalement dépressif

Ces derniers temps, il est devenu totalement dépressif. On lui donne des cachets, mais c'est mal suivi. Il n'est pas convoqué régulièrement par le service médical et s'il arrive dix minutes en retard on ne le reçoit pas.

Il sait qu'il devrait voir un addictologue, il a eu des problèmes d'alcool, - il buvait jusqu'à avoir 2 grammes 40 d'alcool dans le sang, quand il a fait son erreur -, mais aucun rendez-vous à ce jour ne lui a été fixé.

Ça fait plus d'un an qu'il est dans cette prison. J'ai pourtant tout fait, avec mon médecin pour qu'il puisse bénéficier d'une consultation externe, au service d'addictologie de l'Hôpital Montperrin mais ça ne lui a pas été accordé. Je n'en connais pas les raison. Je ne sais pas si ce sont les médecins des Baumettes ou l'Administration pénitentiaire qui refusent, ou bien Montperrin qui n'a pas répondu. Je n'en sais rien.

D'un autre côté, pour son genou et ses hanches, il devrait normalement pouvoir bénéficier de séances de rééducation. Mais aux Baumettes, cela est impossible, il n'y a pas de place pour le Kiné.

Et pour couronner le tout il n'a jamais eu son traitement pour l'ostéoporose car elle lui a été diagnostiquée quelques jours avant son incarcération, ils n'ont pas pris ça en compte. C'est un traitement qui coûte cher qu'il aurait dû prendre sur 24 mois.

 

(Photo : Georges Korganow)

Il a fait une demande, il est sur liste d'attente

L'autre fois, comme il s'est trouvé en retard pour se rendre au service médical, parce qu'il avait parloir avant, on ne lui a pas donné ses médicaments. Il a fait une demande pour se rapprocher du service médical et qu'on le change de cellule. Il est sur liste d'attente.

Les juges et le Procureur lui ont refusé une mise en liberté provisoire pour raison médicale en affirmant qu'aux Baumettes il pourrait être soigné comme il faut. C'est ce qu'il ont écrit pour justifier leur refus, lorsque l'avocate leur a présenté, par deux fois, une demande de remise en liberté provisoire. Son dossier médical est pourtant complet, il parle de lui-même. Mais savent-ils au moins lire ?

 

 

Chaque jour, je tremble

Je suis révoltée des conditions dans lesquelles on le laisse. Rien n'est fait pour lui permettre de se soigner. Ses os se décalcifient , jour après jour, semaine après semaine.

Quand il sortira de cette prison, je ne sais pas dans quel état nous le trouverons. Il faudra peut-être tout recommencer, qu'il refasse tous les examens et, je crains,qu'il doive à nouveau se faire opérer. Chaque jour, je tremble à l'idée qu'il pourrait faire une mauvaise chute dans cette maudite prison. Les sols sont glissants, souvent humides l'hiver. S'il tombe, il risque de se briser comme du verre

Lui, il ne se plaint jamais. Quand on se voit, il ne me dit rien de ses difficultés. Il me dit juste ''T'en fais pas, ça va aller... '' Quand on se retrouve au parloir, je le vois, les larmes aux yeux. Alors, tous les deux, on se regarde, nous ne nous disons rien, ni lui ni moi. Il pleure, j'essaie de lui remonter le moral, mais forcément, moi-même ça m'atteint.

 

Juste trente minutes pour se voir, pour se parler

Je vais le voir deux fois par semaine au parloir-famille. J'aurais droit à le voir trois fois mais je n'y vais que deux fois par semaine. Ça fait trop de trajet pour la petite demie-heure que nous pouvons passer ensemble : deux heures de trajet à l'aller,deux heures au retour. Et juste trente minutes pour se voir, pour se parler.

Son dossier médical est pourtant complet, il y a tout dedans. Mais aux Baumettes, c'est le parcours du combattant.

Pour avoir quoi que ce soit, il faut écrire : écrire au médecin, écrire au service médical, écrire, écrire, écrire...

Voilà pourquoi aujourd'hui je suis une femme en colère

 

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