Parloirs d'automne aux Baumettes

Publié le par dan29000

Nadine se rend régulièrement, depuis des mois à la Prison des Baumettes où son mari est incarcéré.

 

Elle nous a déjà fait part des conditions de détention subies par son homme, malade. (Lire : Aux Baumettes, rien ne va plus). Cette fois-ci, elle nous parle de "l'accueil" qui lui a été réservé par le Surveillant des parloirs...

 

"Maintenant, faut qu'ils le payent !"

Fin octobre. Ce matin je me rends aux Baumettes, presque comme chaque semaine. J'y retrouve mon époux qui y est incarcéré depuis 14 mois. 

Avant de le voir je passe au bureau des parloirs, juste pour un renseignement. C'est un petit bureau, dans la salle où on nous fait attendre, situé à côté des automates de réservation des futurs rendez-vous.

Là, j'échange quelques mots avec le surveillant en poste, je lui confie qu'à la Maison d'arrêt de Luynes (Luynes se situe à une quinzaine de kilomètres de Marseille), je n'ai pas été satisfaite de l'accueil.

 

Je rajoute que le personnel nous prend là-bas pour des chiens et qu'ils ne sont pas sympas. « Mon mari non plus n'a pas apprécié les quinze jours de détention qu'il y a passés... », lui dis-je.

 

Le type me répond alors :

 

« S'ils sont là, c'est pas par hasard mais parce qu'ils ont fait des conneries. Maintenant, faut qu'ils le payent ! De toute façon, aux Baumettes ça va changer : ça va être pire, on ne va plus leur faire de cadeau ! »

 

 

"Ils se croient où ? en vacances ?"

Il continue sur le même ton :

« Les détenus nous insultent, donc maintenant tout ça c'est fini ! Répète-t-il. Ils se croient où ? en vacances ?»

Surprise, sur un air narquois, je lui réponds que depuis quatorze mois que mon mari est incarcéré, aussi bien avec lui qu'avec moi, le personnel des Baumettes n'a eu aucun souci. Je lui dis même que je respecte leur métier car il n'est pas facile.

 

"Ben moi, Je vous respecte"

 

Il me répond alors que ça, faut pas le dire ! Je lui demande pourquoi ? « Ça ne se dit pas ! » me répond-il. Je lui rétorque : « Ben moi, je vous le dis : "Je vous respecte" » (Je n'ai rien rajouté, pas un autre mot).

 

Nous en étions là, à nous regarder, quand arrive le surveillant habituellement chargé des réservations pour le parloir. Son rôle est de répondre au téléphone, prendre les rendez-vous, faire les carte de réservation, renseigner les familles...).

 

Je dis à mon premier interlocuteur : « Lui, il me connaît, il sait comment je suis... ».

 

Il se tourne vers son collègue :

« - Tu la connais ?

- Oui, bien sûr, c'est Mme Nadine XX... »

Je lui demande : « Est-ce qu'une seule fois je vous ai manqué de respect ou autre ? On rigole toujours quand je vous appelle...

- Ah non : rien à dire : pas de problème... »

 

J'interpelle l'autre et je lui dis : « Maintenant, si vous voulez, ouvrez le dossier de mon mari et vous verrez que ce n'est pas un détenu insultant : il respecte les gens et il est gentil avec tout le monde... »

 

Pourquoi ces paroles menaçantes ?

 

Je n'ai pas compris pourquoi il me disait qu'ils vont leur faire voir ce que c'est la prison : « Ils ne voudront plus y revenir... » a-t-il rajouté, je me souviens.

Pourquoi ces paroles menaçantes alors que je m'adressais à lui tranquillement. Ni mon mari ni moi n'avons eu de problème en quatorze mois : jamais aucun avertissement. Que cherchait-il ? Je me pose de drôles de questions : pourquoi était-il aussi arrogant ? menaçant et méchant en paroles ?

Et encore j'ai oublié tout ce qu'il a pu me dire...

 

Je suis encore sous le choc

 

Je suis encore sous le choc. Ses mots m'ont fait très mal. J'en ai pleuré pendant tout le chemin du retour. Je ne suis pas coupable de ce qu'a fait mon mari. Je suis plus une victime qu'autre chose. Ces gens devraient nous traiter avec plus de respect comme nous le faisons nous-mêmes.

 

Depuis que je me rends au parloir, c'est la première fois qu'on me parle ainsi.

Est-ce les gardiens qui décrètent la politique des Baumettes ? décident-ils eux-mêmes des règles ? Que veulent-ils ? En faire une prison disciplinaire ?

 

S'ils font ça, les détenus vont devenir fous : ça va déclencher des émeutes aussi bien dedans que dehors. Ils veulent les passer à tabac ou quoi ?

 

Quand on veut être respecté, faut déjà commencer à respecter les autres

En gros, le type prétendait que c'étaient eux, les surveillants, qui seraient maltraités. Les pauvres ! Pfffff ! Quand on veut être respecté, faut déjà commencer à respecter les autres.

Les prisonniers n'ont pas besoin d'un deuxième jugement : les tribunaux s'en ont déjà très bien chargé.

 

Ce surveillant ne devrait pas être affecté à l'accueil, il devrait être je ne sais où... Il n'a aucune psychologie.

Je me dis que c'est honteux de parler comme il l'a fait, d'utiliser ce ton menaçant. Il m'a gâché mon parloir.

Je me suis sentie mal, et la rencontre avec mon époux a été difficile. Un parloir triste et presque silencieux.

Et, juste une parole de lui m'a fait pleurer alors qu'il n'y avait pas de raison que je le prenne aussi mal et ce n'est pas bon pour son moral non plus. Il me disait : « Ne pleure pas... », c'est lui qui tentait de me consoler.

 

Mon mari est un homme malade. Je prie pour qu'il ne lui arrive rien...

 

Mon mari est un homme malade. Je prie pour qu'il ne lui arrive rien, car alors ils auraient à faire à moi...

Je ne veux pas me taire : si ceci est arrivé à d'autres personnes faites le savoir : il faut faire quelque chose. Nous ne pouvons plus nous taire : nous laisser faire par ce genre d'individus qu'il soit en uniforme ou pas.

 

 

Parloir sans parole : "Tu me manques"

 

(Pour éviter que son époux ne subissent des conséquences, Nadine a désiré témoigner sous X)

A Lire aussi :

Aux Baumettes, Rien ne va plus

Les Détenus et leurs Proches

 

 

 

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