Travail le dimanche, le rendez-vous manqué des syndicats

Publié le par dan29000

Travail du dimanche : rendez-vous manqué des syndicats ?
de : Phillippe Richard

 


vendredi 15 novembre 2013

 

Les débats sur le travail du dimanche et le travail de nuit sont-ils une opportunité manquée pour les organisations syndicales de raffermir leur légitimité ? Probablement car en plaçant le débat sur un plan idéologique ils ne répondent pas à une demande des salariés d’être représentés par des syndicats pragmatiques qui dans le cas présent auraient pu négocier des avantages. Résultat de cette posture trop souvent politique : la France à l’un des taux de syndicalisation les plus bas d’Europe.

Depuis maintenant un an, le débat sur le travail dominical défraie la chronique. Il oppose bien sûr syndicats et employeurs, mais aussi – et c’est plus surprenant – syndicats et salariés. Pour certains, cette configuration des forces en présence est paradoxale. Pour d’autres, elle ne fait que rappeler un état de fait : la France enregistre l’un des taux de syndicalisation les plus bas en Europe. En 2007, on ne comptait ainsi que « 1,7 million de syndiqués parmi les 22,5 millions de salariés français, soit un taux de syndicalisation d’environ 7% de la population active », comme le rappelle le magazine Alternatives Economiques. Cette tendance à la désyndicalisation s’accentue avec un taux encore bien inférieur dans le secteur privé. Alors que le pays traverse l’une des plus graves crises économiques de son histoire les salariés auraient besoin de syndicats forts défendant sans concession mais avec réalisme leurs intérêts. Pourtant les organisations syndicales se cabrent trop souvent sur une posture politique fondée des principes de lutte des classes trop loin des préoccupations concrètes des salariés. Le cas du travail du dimanche dans les commerces est un exemple intéressant qui montre comment les syndicats avec des arguments du 20e siècle se coupent de leur base.

Ouvrir les commerces du dimanche : interdire ou aménager le sort des salariés ?

Une loi de 1906 interdit le travail le dimanche et le soir. Sur cette base des syndicats se sont mis à assigner en justice des commerces franciliens ouverts le dimanche pour non-respect du Code du travail. Par exemple, suite à une plainte initiée par FO que Bricorama s’est vue sommé de fermer ses enseignes par la justice française. C’est également suite à des poursuites intentées par l’intersyndicale CLIC-P que le magasin Sephora située sur l’avenue des Champs-Élysées s’est vu contraint de fermée le soir après 21 heures.

« Fort de ce dernier jugement », commentait CLIC-P à la suite de ce jugement, « nous allons écrire à l’ensemble des supérettes parisiennes en infraction, pour leur demander de se conformer à la législation, faute de quoi de nouvelles assignations auront lieu  ». Et c’est ainsi qu’à Paris, le milieu syndical semble s’être lancé dans une croisade à l’encontre du travail de nuit et du travail dominical. L’interdiction prévaut.

Pourtant, les rebondissements de ces derniers mois au sujet du travail dominical ou de nuit prennent le plus souvent la forme d’un désaveu des organisations syndicales par les salariés. On ne souvient par exemple des déboires des enseignes de bricolages suite à des plaintes déposées par les syndicats. En novembre 2012, 300 salariés de Bricorama menacés par ces fermetures étaient ainsi allés manifester devant le siège de FO à Paris pour signifier leur désapprobation des initiatives prises par ce syndicat auprès de l’administration du travail.

Depuis, les enseignes Leroy Merlin et Castorama ont également été concernées par les fermetures. Ce qui a conduit les salariés de ces enseignes à se fédérer dans un collectif de défense du travail dominical baptisé « Les Bricoleurs du dimanche ». Naïma, membre de ce collectif interrogée au sujet de la considération de ses revendications par les syndicats explique : « les centrales [syndicales] sont contre, mais, dans les magasins, les représentants syndicaux respectent notre choix. Et d’ailleurs, il y en a qui travaillent le dimanche… »

Les représentants syndicaux locaux, issus des effectifs salariés, ont peut-être encore l’oreille des salariés. Mais du débat au sujet du travail dominical et du travail de nuit, on retient d’ores et déjà surtout le divorce entre les organisations syndicales et leur base. Chez Monoprix, un accord entre employeurs et salariés encadrait depuis 2006 le travail en soirée, mais il a été rompu par la CGT, qui a « obtenu [son] annulation par la cour d’appel de Versailles » d’après Libération. Même scénario chez Séphora : « des salariés qui conspuent les syndicats, c’était le lundi 23 septembre devant le tribunal de grande instance de Paris », résume encore le quotidien. Les employés tenaient à faire connaître leur désapprobation à des organisations syndicales qu’ils tenaient pour responsable de la perte de leur emploi.

Que les syndicats soient éloignés de leur base est une chose. Qu’ils entreprennent des actions contradictoires aux intérêts des personnes qu’ils sont censés s’efforcer de représenter en est une autre. De l’incompréhension à l’antagonisme, il y a un fossé en effet. Dans le débat sur le travail dominical, ce fossé a pris le nom de judiciarisation. Et il ne fait aucun doute que cette tendance ne sert pas l’intérêt du salariat et ni la capacité des syndicats à le représenter dans l’espace public. Pour le salut du dialogue social, sans doute aurait-il mieux valu privilégier la concertation, accompagner les revendications des travailleurs et les aider à obtenir les contreparties qu’ils méritent pour leurs efforts consentis en ces temps difficiles.

Une crise de légitimité ?

Les syndicats sont ils dans leur rôle en demandant la fermeture des commerces qui ne respectent pas la loi ? En première analyse, l’exigence de leur part que les patrons respectent le code du travail paraît normale. Cependant, leur légitimité repose sur la défense des intérêts des salariés. La mission des organisations syndicales devrait donc de représenter ces derniers dans leurs revendications. Cette croisade contre l’ouverture du dimanche n’à donc de légitimité que par le soutien des salariés. Or, un sondage réalisé par l’IFOP pour Metronews a montré que « 71% des Français se disent prêts à travailler le dimanche  » sous réserve que les modalités du travail pendant ce créneau atypique fassent l’objet de conditions bien établies. Pire les salariés des enseignes incriminés se disent trahis par les syndicats. Au pays de l’absurde, comme nous l’avons dit précédemment, des manifestations de salariés ont été organisées contre les syndicats. Des plaintes ont même été déposées contre les organisations censées être représentatives. Crise de la légitimité que ne veulent pas entendre les syndicats. Ils continuent de s’enferrer dans un discours politique conforme à l’esprit de la loi qui date de … 1906. Pourtant, l’équation est simple : les français veulent bien travailler le dimanche à condition que ce ne soit pas une obligation et qu’ils soient mieux payés.

Et si s’opposer à la redéfinition du travail nocturne et dominical était un combat d’arrière-garde ? Et si les salariés, au contraire, attendaient des syndicats qu’ils les aident à faire évoluer, en leur faveur, une loi que la plupart d’entre eux jugent désuète ? Pourtant, la France a besoin de syndicats forts, représentatifs et modernes. Pour cela, les organisations syndicales devraient cesser de d’enferrer dans des postures politiques pour comprendre que leur légitimité repose exclusivement sur le mandat confié par les salariés. Apprendre à écouter leur base, s’inscrire dans la modernité, savoir accompagner le changer plutôt que de s’y opposer systématiquement permettraient aux syndicats de retrouver leur place.

 

SOURCE/ BC

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