Espagne, avortement : vers le retour au franquisme, résistance !

Publié le par dan29000

Etat Espagnol : Attaques contre le droit à l’avortement


C’est nous qui accouchons mais nous ne décidons plus

Pour un grand mouvement pour le Droit à l’Avortement Libre et Gratuit

 

Dans l’Etat Espagnol, le gouvernement du Parti Populaire (PP) a approuvé ce 20 décembre un avant-projet de loi supprimant l’accès à l’avortement libre, un retour en arrière de 30 ans. Parce que l’avortement sûr et légal doit être un acquis pour toutes les femmes, en Europe et dans le monde, le MFPF IDF, le Planning Familial de Paris, la CADAC, l’ANCIC et le collectif Tenon appellent à un rassemblement de soutien le vendredi 27 décembre à 13H devant l’ambassade d’Espagne, RDV Place Pierre Brisson (à l’angle de la rue Bizet et la rue Goethe), 75008 Paris, métro Alma Marceau.


 


Nous reproduisons ci-dessous une déclaration de l’organisation féministe Pan y Rosas [1] contre cette réforme qui représente une atteinte considérable aux droits des femmes.

 

Le PP a approuvé un avant-projet de loi qui implique un retour en arrière de 30 ans : la réforme de la « Loi de Protection de la Vie de l’enfant conçu et des Droits de la Femme enceinte ». Le nom de cette loi est aussi hypocrite que le régime politique qui l’applique. D’après le ministre Gallardón, la loi de 1985 porte atteinte à “l’équilibre” dans la protection des droits du fœtus et de la femme car il ne protège pas le nasciturus pendant les 14 premières semaines de gestation : “Ce n’est pas de la méfiance, ce qu’on fait c’est donner plus de garanties aux femmes” qui sont “victimes de l’avortement”, a-t-il insisté. En réalité ce sont des ordres de la Conférence Épiscopale et de la droite la plus pourrie qui continuent à gouverner ce régime fait pour les riches et qui reprend l’héritage le plus rétrograde et patriarcal concernant la vie et les droits des femmes.

 

L’Association des Cliniques Autorisées à réaliser l’Interruption Volontaire de Grossesse (ACAI) – auxquelles l’avant-projet réduit les fonctions et interdit de faire connaître leurs services – a affirmé dans un communiqué que la loi rendra “pratiquement impossible” d’avorter en Espagne. En 2011, la dernière année dont on connaît les données officielles, 118 359 avortements se sont produits dont 90% réalisés avant la quatorzième semaine de grossesse (El País, 20-12-2013). On continuera donc à mourir des suites des avortements clandestins comme dans le passé et comme cela a lieu dans le reste du monde.

 

Droits restreints, droits interdits

 

La défense hypocrite des “plus faibles” dans le cadre des restrictions des services sociaux

 

La malformation fœtale ne sera plus un motif d’avortement, c’est-à-dire que l’avortement sera un délit en dehors des deux situations suivantes : que la grossesse soit la conséquence d’un viol ayant fait objet d’une plainte dans les 12 premières semaines, ou que celle-ci implique un danger pour la vie ou la santé psychique de la femme enceinte – ce qui doit être prouvé dans un délai de 22 semaines. Par conséquent, la malformation, les maladies insoignables et l’anomalie fœtale incompatible avec la vie ne sont plus des motifs pour avorter.

 

Cette interdiction se cache sous le prétexte de la « défense des plus faibles” dont parle Gallardón. Sáenz de Santamaría allait dans le même sens lorsqu’elle évoquait l’anomalie fœtale dans la loi de 2010 : “Ces cas d’avortements eugéniques ne peuvent cesser de nous rappeler les théories eugéniques – souvenir malheureux lorsqu’on pense à leur application dans l’histoire – qui défend la thèse selon laquelle il y aurait des “vies qui ne mériteraient pas de vivre” (lebensunwertes Leben) ou des “vies qui seraient un fardeau” (Ballastexistenzen)”, c’est-à-dire, les théories nazies”. (El País, 20-12-2013). Rien de plus cynique que cette femme accusant de nazis les femmes ayant recourt à l’avortement, alors que c’est elle précisément qui se propose d’imposer l’héritage le plus réactionnaire du franquisme.

 

D’un côté, nous, les femmes, devrions pouvoir exercer le droit à l’avortement dans toutes les situations – au delà des possibles malformations du fœtus. Et d’un autre côté, il n’y a rien de plus hypocrite que cette soi-disant « défense du plus faible » alors que les restrictions dans les services publics et d’aide sociale ne cessent de se multiplier. Ce à quoi il faut ajouter la fin de la Loi de l’Autonomie Personnelle et les limitations de la Loi de Dépendance comme la prise en charge des prestations pharmaceutiques et orthopédiques ou la fermeture de centres d’accueil de jour, de formation ou d’hébergement. Comment ne pas se souvenir en ce moment des paroles hypocrites de Gallardón : “Non seulement je ne vais pas réaliser de restrictions mais je vais augmenter la protection du droit reproductif par excellence, c’est-à-dire la maternité” (El País, 07-03-2012). Droits restreints, droits interdits. Le ministre veut qu’on revienne à l’époque franquiste et qu’on redevienne les “anges de la maison”, alors qu’on souffre tous les jours de violences multiples.

 

Nous avortons, vous avortez… NOUS SOMMES TOUTES DES CLANDESTINES

 

La pratique de l’avortement ne pénalisera pas les femmes mais il pénalisera les médecins. Gallardón s’est félicité de cette décision car salon lui : « Pour la première fois dans l’histoire de l’Espagne, on libère la femme de la possibilité de payer une pénalité quelconque”. Il s’agit encore une fois d’un grand mensonge parce qu’on pénalisera le personnel médical ou les équipes de médecins pratiquant l’avortement en dehors des deux cas signalés dans la nouvelle législation. Par conséquent, la pratique de l’avortement continue d’être un délit.

 

Si on rajoute les obstacles grandissants que nous impose cette réforme, cette situation poussera la majorité des femmes, travailleuses, chômeuses, précaires, à pratiquer l’avortement dans des centres clandestins : la majorité des femmes, nous ne pouvons pas nous payer un « voyage à Londres » pour nous recourir à une IVG.

 

Avorter ne sera donc « possible » qu’en avançant le risque psychologique, comme dans la loi précédente, tout en mettant en place une procédure plus exigeante et compliquée. Une situation sur laquelle se repliait une immense majorité des femmes et que le PP et les associations anti-avortement appelaient « une passoire ». Maintenant cette situation devra être approuvée par deux médecins différents qui ne pourront avoir aucun lien avec le centre d’IVG, comme auparavant. D’autres restrictions qui s’ajoutent sont l’allongement de la « durée de réflexion », passant de trois à sept jours, ou le consentement des parents pour les mineures de 16 et 17 ans, entre autres.

 

Capitalisme, patriarcat, Église : la triple alliance criminelle

 

La nouvelle réforme sur l’avortement du PP montre qu’on ne peut pas rester les bras croisés dans la lutte pour nos droits les plus fondamentaux. Et que tous les acquis peuvent basculer sous un système qui ne va jamais élargir positivement nos droits. Nos droits peuvent reculer, voire disparaître, si on ne lutte pas dans la perspective de la transformation de ce système basé dans la plus abjecte des hiérarchies : celle dans laquelle une poignée de personnes vit de l’exploitation de millions d’êtres humains. Aujourd’hui cette situation est plus nette que jamais : au XXI siècle les inégalités de classe sont les plus évidentes, de même que les multiples oppressions envers les femmes. Capitalisme, patriarcat, Église : la triple alliance criminelle contre les femmes, car ce sont plus de 700 000 femmes dans le monde qui meurent des suites des avortements.

 

Pour un grand mouvement contre la Réforme du PP et pour le droit à l’avortement libre et gratuit

 

À quelques jours d’apprendre la nouvelle réforme du PP nous étions des milliers à descendre dans les rues dans tout l’État espagnol. Cette lutte se mène depuis des décennies. Il y a eu beaucoup de femmes emprisonnées pour avoir avorté et qui grâce à leur lutte ont obtenu des conquêtes importantes. Pour elles, pour nous et pour nos droits les plus fondamentaux, organisons un grand mouvement de tous les collectifs féministes, de gauche, des syndicats, de toutes les femmes qui luttent, des organisations étudiantes, pour nous organiser dans les rues, pour confronter la nouvelle réforme de Loi du PP et de la droite ultra réactionnaire et catholique. Levons notre voix dans une grande campagne.

 

À bas la Réforme de loi du PP ! Gallardón démission !

 

Pour le droit à l’avortement libre, gratuit et public, sans aucun type de restriction et avec toutes les garanties de sécurité et de qualité indépendantes de l’origine, l’orientation sexuelle ou la situation administrative.

 

Pour la dépénalisation de l’avortement !

 

Retirez vos chapelets de nos ovaires ! Que l’Église ne décide pas sur nos droits ! Séparation de l’Église et de l’État, fin du Concordat et de la subvention à l’éducation religieuse !

[1] Pan y Rosas est une organisation féministe fondée en Argentine en 2003, suite à Rencontre Nationale des Femmes à Rosario. Le nom provient de la grève des ouvrières textiles de Massachussetts qui en 1912 ont pris les rues sous le cri : « Nous voulons le pain mais aussi les roses ». Pan y Rosas revendique, en effet, le lien entre l’oppression des femmes et la lutte anticapitaliste et part du principe selon lequel seule la révolution sociale des travailleur-se-s en alliance avec les secteurs les plus opprimés peut créer les bases de l’émancipation des femmes. Pan y Rosas a ouvert une section dans l’État espagnol en 2013 à l’initiative de membres de Clase Contra Clase ainsi que des indépendantes (voir leur site http://mujerespanyrosas.wordpress.com et notamment la grande campagne pour le droit à l’avortement). L’organisation est aussi présente au Mexique, au Brésil, en Bolivie et au Chili.

 

SOURCE / CCR4.ORG

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