Les Saigneurs, de Paul Bloas, aux éditions Dialogues

Publié le par dan29000

Paul Bloas est Breton, enfin Brestois, la précision a son importance. Il vit et travaille à Brest, ville particulièrement vivante, ville portuaire, ville universitaire, ville culturelle qui nous a donné Henri Quéffelec, Yann Tiersen, Alain Robbe-Grillet ou Miossec... Comme dans toutes les grandes villes existent des lieux délaissés, des friches industrielles ou des maisons abandonnées, c'est là que durant les années 80 apparurent, sur des murs, ses grands dessins de silhouettes aux contours blancs, étranges personnages fantomatiques envahissant le béton d'une ancienne prison où il s'enferma durant deux mois, après s'être entretenu avec les détenus. Cela donna une cinquantaine de peintures.

 

Mais le cadre brestois ne pouvait lui suffire. Même si durant les décennies suivantes, il continua ses créations en Bretagne, de Nantes à Quimper, de Douarnenez à Saint-Malo... Paul Bloas est un voyageur, un voyageur-créateur, parcourant le vaste monde et laissant les traces éphémères de ses passages sur les murs.

Ce livre qui est le catalogue d'une exposition en cours à Saint-Gratien à l'espace Villeglé, intitulée "Les Saigneurs", nous permet de suivre Paul Bloas de Madagascar à Valenciennes, de Beyrouth à Barcelone, d'Ouessant à New York...

A Madagascar où il passa une partie de son enfance, son retour en 1999 lui permet de coller une centaine de peintures dans les ruines d'un ancien camp de la légion étrangère à Diego-Suarez où la végétation luxuriante a remplacé les militaires.

A Valenciennes, sans doute un des temps forts de ce livre, une collaboration avec le romancier Jean-Bernard Pouy qui signe un texte mémorable intitulé :

"Six jours à la colle avec Paul Bloas"

C'est donc, au fil du temps, le monde entier et ses murs qui sont devenus la salle d'exposition de Paul Bloas. Des géants de papier, accessibles à tous, tout le temps, face aux assauts des vents, des pluies et de la chaleur du soleil. Parfois les géants ne résistent que quelques jours, parfois quelques mois. Cela dépend de la météo, des supports, des dégradations, donc...de la vie. Précarité, accès direct, gratuité, sens de l'éphémère, ouverture aux autres, des caractéristiques du Street Art.

 

La photographie heureusement permet de témoigner de ce qui est, à un moment donné. De ce qui fut ensuite. C'est le cas de ce superbe catalogue qui vient prendre place parmi les publications, films et vidéos témoignant de l'œuvre de Paul Bloas. Déjà près de 3000 personnages dessinés en 30 ans de création.

 

Une obsession, comme il l'avouait récemment dans un entretien, une nécessité pour vivre. Si vous n'avez encore jamais vu ces bonshommes qu'il nomme "Sentinelles de l'inutile" ce catalogue vous fera voyager en vous donnant une belle idée de ces créations. Il est notre troisième proposition originale pour vos cadeaux de fin d'année. Offrir des beaux livres est toujours un geste fort et durable. La semaine prochaine, François Schuiten, l'horloger du rêve.

 

Dan29000

 

Les saigneurs

Paul Bloas

Catalogue d'exposition 1984-2013

Hors collection

Éditions Dialogues

178 p / 2013 / 39 euros

 

 

ENTRETIEN AVEC PAUL BLOAS

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Piyou 01/12/2013 11:31

J'ai encore en mémoire la première fois où je me suis trouvée face à un de ces géants, il y a une quinzaine d'années au port de Brest., un soir à la tombée de la nuit, mélange de force et de douceur, un homme, ... ou une femme, lance une amarre, serpent lové, à un marin tranquille sur le pont, alors que le vent souffle peut-être en tempête.