Un dialogue entre "Ragemag" et "PMO"

Publié le par dan29000

Entretien avec "Ragemag"

samedi 30 novembre 2013 par Pièces et main d’œuvre

 

Le site Ragemag, produit par des jeunes gens curieux et pétulants, nous a proposé un entretien par mail, sur des questions allant de l’invasion éclair du téléphone portable jusqu’à la possibilité ou non de l’action directe contre la tyrannie technologique : pourquoi la technologie n’est pas neutre ; l’opposition entre technique et technologie ; l’eugénisme technologique et le transhumanisme ; la constriction du monde dans le filet cybernétique ; les ressources de la conscience critique ; le langage et l’école ; le clivage entre parti industriel (du Front national à Lutte ouvrière) et mouvement anti-industriel (des post-situs à la Nouvelle droite) ; l’anonymat ; les luddites ; Kaczinsky (Unabomber) ; la violence ; et finalement pourquoi, comme Bartleby, nous oeuvrons à la démobilisation - "I would rather not to."

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Pièces et Main d’Œuvre : « L’humain c’est l’erreur »

Source : www.ragemag.fr

Publié le 27 novembre 2013 à 15:17 par Galaad Wilgos

 

Vous vous apprêtez à lire cet entretien sur un magazine né du web et vivant sur les réseaux sociaux, probablement sur l’écran de votre ordinateur, voire de votre smartphone, si vous êtes dans les transports ou de votre tablette si vous êtes sur un canapé. Et pourtant, les membres de Pièces et Main d’œuvre, généralement abrégé en PMO, groupe basé à Grenoble qui se revendique du néo-luddisme, sont des critiques radicaux du nucléaire, des technologies, du progrès techno-scientifique, de la surveillance généralisée ou de la société industrielle. Ils refusent à la fois l’expertise et l’appellation de collectif. Comme un fait culturel ne peut être débattu et compris si rien ni personne ne s’y oppose et que toute avancée technologique entraîne des réflexions éthiques, depuis Héraclite jusqu’à Hans Jonas, nous avons trouvé intéressant de recueillir l’avis de ceux que le CNRS décrit comme « très contestataires ». Un point de vue tranchant sur le rapport de l’homme moderne aux technologies qu’il utilise désormais comme des interfaces naturelles avec le monde.

Ragemag : Philosophie magazine consacrait son numéro d’octobre 2013 au téléphone portable et se posait la question : « cet objet vous veut-il du bien ? » Nous savons que près de 75% des Terriens en possèdent un et que le nombre de portables existants est en constante progression. Du coup, nous vous la reposons : le téléphone portable nous veut-il du bien ?

PMO : Le téléphone portable ne nous veut rien. Nous distinguons les choses des humains qui, eux, ont une volonté. Le portable est le produit de laboratoires de recherche et de développement et de l’industrie de la micro-électronique, dont les actionnaires, dirigeants, chercheurs, ingénieurs et techniciens mettent au point les innovations à nous vendre pour maintenir et accroitre le taux de croissance. Ce qu’ils ont accompli avec une réussite inédite dans le cas du téléphone portable, l’innovation technologique qui s’est répandue le plus vite dans l’Histoire.

Le portable est un parfait cas d’école pour comprendre le fait technologique. Ceux qui refusent de penser la technologie rabâchent que « tout dépend des usages ». Comprenez : le portable – comme la technologie – est neutre, ni bon ni mauvais « en soi ». Ce sont les humains qui en font un bon ou un mauvais usage, et donc il est stupide de le critiquer. Ce déraisonnement suppose que le téléphone aurait une existence « en soi », hors de l’usage qu’en font les hommes – comme le suggère le titre de « Philosophie magazine ». Non seulement la technologie n’existe pas hors de ses usages – puisqu’elle consiste précisément en une application de la recherche – mais elle transforme le monde quels que soient les usages que l’on en fait. Le téléphone portable sert à appeler les secours comme à bavarder futilement. S’en tenir à cette banalité occulte le fait majeur : le monde avec téléphone portable n’est pas le monde d’avant, « augmenté » du téléphone portable, mais bien un autre monde.

Chacun peut le constater : nos liens sociaux, notre travail, notre langue, notre rapport au temps et à l’espace, notre organisation personnelle et collective, mais aussi nos villes, les réseaux de transport, les services publics, le commerce – tout a été bouleversé par cette technologie. Sans que jamais nous n’ayons eu notre mot à dire sur cette révolution politique. Sans que jamais ne soit réalisé un bilan – un audit comme on dit dans l’industrie – de cette révolution. Pour nous, quels que soient les « bons usages » que les humains enchaînés à leur prothèse électronique ne manquent jamais de mettre en avant, le monde sans portable est moins dégradé que le monde avec. D’un point de vue écologique (exploitation du coltan, destruction de zones naturelles et guerres autour des mines en Afrique, déchets et pollutions électroniques) et sanitaire (pollution électromagnétique, phénomènes de dépendance, troubles du sommeil et de la concentration), évidemment. Mais le plus grave sont les atteintes d’ordre social, politique et anthropologique : cet assistant de vie électronique a diminué nos facultés de vie et notre autonomie.

Quand nous avons publié Le téléphone portable, gadget de destruction massive (éditions l’Échappée), en 2008, nous racontions comment les sociologues de l’innovation et des usages, chargés d’imaginer des applications socialement acceptables aux technologies disponibles, annonçaient déjà la transformation du portable en « couteau suisse », en outil à tout faire. Ce qu’ils disent, ils le font. Aujourd’hui le prétendu smartphone remplace le téléphone portable, et accroît de façon exponentielle la dépendance à son égard, en concentrant toujours plus de fonctions en un objet. Si le smartphone devient l’interface universelle avec le monde, comme le dit béatement Philosophie magazine, c’est parce que le monde devient un monde numérique. Si tout est réductible à un code informatique – la musique, les livres, les images, la voix, les autres, l’action devenue transfert « d’informations » (de données en fait) – alors le portable devient l’interface obligée (sinon de jure, de facto). Ayant asservi la masse au virtuel, il n’est que trop simple de la basculer dans la « réalité augmentée » et la « planète intelligente » d’IBM – ce monde où chaque chose, chaque être, chaque élément du décor est muni de sa puce à radiofréquence (RFID) pour que plus rien n’échappe au filet électronique.

Parmi les vraies fonctions du portable et de ses réseaux de transmission, détection, localisation, surveillance et espionnage des usagers sont vite devenus des banalités de base. Il est connu que plus nous avons de « moyens de communication » (téléphone, répondeur, internet), moins nous avons de choses à nous communiquer – hors du bavardage visant précisément à maintenir « la communication », à prouver notre existence dans un monde virtuel. Cela ne signifie pas, cependant, que la communication soit vide ou inutile. Ce que la « machine à gouverner » (Norbert Wiener) nous communique sans relâche à travers ses réseaux cybernétiques, ce sont des ordres, injonctions ou suggestions.

On en revient à la question de la neutralité de la technique et par extension, de la technologie. Qu’est-ce que vous pouvez en dire ?

Distinguons d’abord la technique, consubstantielle à l’homme primitif (homo habilis, homo sapiens, homo faber : voir Le Geste et la parole, Milieu et techniques de Leroi-Gourhan) et qui n’ampute pas son autonomie, de la technologie qui résulte des combinaisons réciproques des sciences et techniques sous l’impulsion du capital. La technologie est un produit de la société industrielle qui asservit ses appendices humains (producteurs et consommateurs), modernes et contemporains, et substitue l’hétéronomie (la dépendance), à l’autonomie. Même en supposant une précoce division du travail (artisans, chasseurs, paysans, etc.), Rahan, le fils des âges farouches, ou Naoh, le héros de La Guerre du feu, peuvent façonner eux-mêmes une pierre et lui fixer un manche. Ils maîtrisent leur outil.

En revanche, les prolétaires du XIXe siècle qui approvisionnent en charbon la chaudière d’un marteau-pilon sont les esclaves d’une machine qu’ils ne peuvent pas construire seuls, ni sans la direction des ingénieurs et l’investissement du capital. Dépossédés de leur savoir-faire, réduits eux-mêmes à l’état de machines, ils dépendent d’un système social et technologique sans la moindre réciproque (ce qui n’empêche pas de multiples feed-backs, mais c’est une autre histoire). On peut soutenir que le marteau de pierre est neutre (ne-uter : ni l’un ni l’autre), ou plutôt ambivalent dans la mesure où il peut aussi bien enfoncer des coins que des crânes : c’est un outil. Le marteau-pilon est à la fois le produit d’une société transformée et une machine qui transforme la société. Le changement d’échelle entraîne un saut qualitatif. Les guerres tribales peuvent être aussi « totales » que celle de 14-18, mais qui ne voit la différence entre l’extermination réciproque de deux clans de l’âge de pierre et la première grande guerre industrielle ?

Pour continuer l’analogie, certes, le marteau-pilon a aussi des usages civils, par exemple l’emboutissage de plaques de métal afin de fabriquer des carrosseries de voitures. C’est sur l’axe historique et anthropologique « avant-après » qu’il faut examiner cette question. La technologie et l’économie accouplées (ou plutôt leurs agents et dirigeants, ce ne sont pas des forces impersonnelles) transforment sans cesse, de fond en comble, nos sociétés, sans que jamais les membres de la société aient leur mot à dire. Aussi les révolutions française ou russe ne paraissent que de simples sous-produits politiques de la vraie révolution, économique et industrielle. Décider consciemment et collectivement de l’évolution économique et technologique de notre société constitue l’objectif – peut-être impossible – de tout mouvement d’émancipation réelle. En résumé, l’hétéronomie technologique, c’est l’inverse de l’autonomie technique.

Que penser de manière plus générale des moyens de communication de notre siècle, qui ne sont plus si nouveaux ?

En ce qui concerne les nouvelles technologies de l’information et de la communication, elles constituent principalement l’extension et la ramification de la machine à gouverner, « du gouvernail technologique » et de la transmission de ses commandes aux moindres recoins du territoire (la Corrèze, le Zambèze) , de chacun de ses habitants, de chacun de ses éléments vivants ou inertes, animaux, plantes, paysages, décors, mobilier urbain, marchandises, objets, etc. C’est le maillage de la « planète intelligente » (IBM, Google et Cie), de la « ville intelligente », de « l’habitat intelligent », des objets « intelligents », du « e-Gouvernement », de la « e-Administration », du tout numérique, de la maternité à l’incinérateur grâce à « l’Internet des objets » et aux puces RFID (radio-frequency identification) qui permettent virtuellement la gestion centralisée du monde et de ses moindres éléments par l’ordinateur suprême. Autrement dit, l’avènement d’une fourmilière technologique et numérique – techno-totalitaire –, en lieu et place d’un monde d’individus (humains, animaux, végétaux). Ou encore l’incarcération de l’homme-machine et du vivant-machine dans le monde-machine.

Sans doute, ce monde-machine, organisé et informé de façon optimale, serait une enclave de résistance à l’entropie, à la dégradation de l’ordre et de l’énergie de notre système clos vers son plus bas degré. C’est bien ainsi que Norbert Wiener l’avait conçu (cf Cybernétique et société. L’usage humain des êtres humains, Édition 10/18, 1971), et que la techno-industrie le réalise déjà, à Singapour, aux Pays-bas, en Israël, en Corée du sud, pour ne citer que ses laboratoires les plus avancés. Ce techno-totalitarisme a bien entendu ses collabos enthousiastes, body-hackers injectés de puces RFID, en attendant de « s’augmenter » de mémoires, senseurs, organes et membres artificiels tel le coureur Oscar Pistorius.

Cet eugénisme technologique est lui-même le produit du ressentiment et de l’opportunisme ; l’humain c’est l’erreur ; les machines ne font pas d’erreur ; les machines sont en train de vaincre ; « If you can’t beat them, join them ». D’où ce mouvement de déshumanisation qui est est d’ailleurs loin de se limiter aux tentatives d’hybridation homme-machine. On sait que ce mouvement déshumaniste et anthropophobe, né aux États-Unis, n’est en fait que la sacralisation de la technoscience, le culte du dieu Progrès par l’intercession de la Sainte-Technologie. Il combine cette haine de la chair et de la guenille humaine, propre aux manichéens, aux dualistes cathares, au puritanisme protestant que les colons de la Nouvelle Angleterre ont imprimé à la culture américaine. Ce n’est évidemment pas par hasard si un des responsables de la National Science Foundation (William Bainbridge, un sociologue des religions) est également un éminent représentant de la secte transhumaniste.

Twitter, Facebook, les sites internet ou les blogs sont désormais employés pour militer en ligne, organiser des évènements militants et propager des idées à contre-courant – par exemple les critiques du Traité Constitutionnel Européen de 2005 ou plus généralement, du capitalisme. Plus récemment, l’on a beaucoup parlé de l’emploi des réseaux sociaux durant les printemps arabes. Est-ce à dire qu’il est possible d’utiliser les NTIC et Internet pour lutter contre le système ?

En ce qui concerne l’usage pratique et politique des nouvelles technologies de l’information et de la communication, elles peuvent, de manière secondaire, servir la conscience et la contestation de l’ordre subi, ni plus ni moins que le système routier, la presse, les médias, le téléphone ou tout autre moyen d’information et de communication grâce auquel les hommes éloignés géographiquement et socialement acquièrent une conscience commune de leurs situations respectives. Ils ne connaissent pas forcément leurs voisins, mais ils savent comment on vit à l’autre bout de la Terre et/ou de l’échelle sociale. En ce sens, Internet est un accélérateur et un amplificateur et il n’est pas plus stupide d’ouvrir un site aujourd’hui, qu’il ne l’était de faire des journaux au XIXe siècle. Quand toute la vie est sur Internet, la politique et la contestation y sont aussi. Quand on est dans l’eau, on se mouille.

Simplement les sites dominants sont les sites de la technocratie dominante, de même que les journaux dominants étaient ceux de la bourgeoisie dominante. L’ouverture d’un site contestataire est un bénéfice dérisoire en contrepartie d’une perte gigantesque. Quel bénéfice représente la publication de journaux et la possession des armes à feu par les Indiens Cherokees, par exemple, en contrepartie de la destruction de leur liberté et de leur mode de vie ? Au mieux, la possibilité fugitive d’exprimer leur « passéisme » et leur « nostalgie réactionnaire » comme diraient Les Inrockuptibles, France Inter et toute la gauche innovante. Assurément, ce mouvement de broyage et d’homogénéisation est vue du meilleur œil par la tradition progressiste, marxiste ou sous-marxiste hier, post-moderne aujourd’hui.

Dans le feu de l’action, on fait feu de tout bois. Pourquoi pas Internet, Twitter, les réseaux sociaux, etc. Mais encore une fois, il s’agit d’un bénéfice tactique, dérisoire, dans le contexte d’une perte stratégique gigantesque. Engels le notait déjà en 1870, à propos de l’introduction des fusils « Chassepots », quelques mois avant la Commune : le progrès technologique, dans les affaires civiles et militaires, accroît l’avantage du pouvoir dans le rapport de forces avec les sans-pouvoirs. Quand les cyber-mutins surfent sur le web, le pouvoir, lui, dispose déjà des technologies d’après – drones de surveillance, architecture logicielle pour pilotage centralisé de tous les systèmes connectés d’une ville (tel Hypervisor, vendu par Thalès), réseaux de capteurs, etc. C’est aussi le pouvoir, politique et industriel, qui possède, administre et permet ou non l’accès aux infrastructures indispensables à la circulation de l’information : câbles sous-marins, data centers, antennes et satellites. Un gouvernement où les maîtres de ces infrastructures peuvent couper l’accès à Internet et aux télécommunications, comme ce fut le cas en Égypte.

Ce que les printemps arabes ont rappelé ces dernières années c’est qu’il n’y a plus aujourd’hui de révolution possible (changement de régime ou de société), sans permission ni participation de l’armée, ou d’une faction suffisamment forte de l’armée. Enfin c’est un corps en flammes qui a mis le feu aux poudres en Tunisie, et ce sont des corps en chair et en os qui affrontaient la police, place Tahir. Les militants arabes ont maintes fois protesté contre cette vision technolâtre de « révolutions 2.0 ». Nous les croyons davantage que les jacasses radicales.

Dans votre entretien avec Hervé Kempf (voir ici), vous dites d’ailleurs que « le succès du téléphone portable illustre le fait qu’il n’est plus possible de vivre en dehors de la technosphère ». Peut-on se couper de la technologie sans vivre en ermite ?

Après la deuxième guerre mondiale, Paul Valéry annonçait « le temps du monde fini », pris dans la cage des latitudes et des longitudes, dans le filet du recensement des lieux, des ressources, des populations. Ce qu’on nomme la police – c’est-à-dire au sens premier, l’organisation rationnelle de la cité – du monde par les États, leurs organisations (ONU et Cie) et leurs services. Cette clôture du monde est l’effet du progrès technologique dans le domaine des communications ; transport des hommes, des marchandises et du matériel (train, avion, porte-conteneur, etc.) ; circulation électrique et électronique des messages (télégraphe, téléphone, radio, télévision, internet), qui l’unifie et l’organise sous la commande d’appareils technocratiques, centralisés, hiérarchisés, automatisés, dont la continuité s’étend dans l’espace et dans la durée. Cette constriction du monde, nous l’avons connue à plusieurs reprises, par cercles concentriques, quadrillages et maillages successifs. L’empire romain, c’est d’abord un réseau de voies normalisées, de l’Écosse à la Perse et du Nil au Rhin. Deux millénaires durant, les réfractaires au monde ont pu se réfugier au désert, dans les bois, aux îles, ailleurs, « Anywhere out of the world ». (Baudelaire)

Il n’y a plus d’ailleurs, sauf dans ces « zones grises » (Somalie, Congo, Nigéria, Mexique et quelques autres) abandonnées aux mafias et aux seigneurs de la guerre, soit par manque d’intérêt, soit par intérêt. Politiquement, elles servent de repoussoirs ; économiquement, de zones libres pour les pillards de métaux rares et les trafiquants de drogues. C’est-à-dire deux secteurs essentiels de l’économie planétaire unifiée. Ces « zones grises » ne sont en rien des zones libres, des zones d’autonomie temporaire ou des îles de pirates mythifiées. Elles sont plutôt les zones où l’État se libère du droit pour retourner à l’État sauvage et faire ses volontés sans être gêné par ses propres règles. Leurs habitants les fuient autant qu’ils peuvent pour se réfugier dans les zones de police d’État et doivent pour cela franchir non seulement les mers, les déserts et les montagnes, mais aussi les barrières technologiques.

Les retours à la campagne se font désormais sous emprise technologique et perfusion financière. Les satellites surveillent les parcelles cultivées afin de vérifier que les déclarations des propriétaires leur donnent bien droit aux subventions européennes. Les puces électroniques RFID permettent la traçabilité des cheptels et l’informatisation facilite l’intrusion des administrations et des organismes de gestion dans les exploitations, réduites à l’état d’unités de production sous-traitantes de l’industrie agro-alimentaire. Vous pouvez cultiver votre jardin, en particulier ou en professionnel, mais la Direction départementale des territoires ne manquera pas d’y envoyer des employés équipés de GPS, afin de vérifier que vos abricotiers ne souffrent pas de charka, auquel cas vous serez contraint à l’abattage.

On peut, dans certaines limites, vivre contre son temps, mais ces limites se resserrent toujours plus. On peut citer des exceptions, toujours plus rares et limitées, mais elles ne sont que ces fameuses exceptions qui vérifient la règle. On peut multiplier les exemples d’opposition individuelles ou collectives depuis les débuts du capitalisme industriel, ou même depuis le ressac écologiste des années soixante-dix, dans les pays avancés. Cela reviendra pour l’essentiel à l’inventaire de nos défaites. La conscience de la catastrophe retarde sur la catastrophe. Elle régresse même avec chaque génération qui, n’ayant pas connu « Le Monde d’avant » (Stefan Zweig), ignore ce qu’elle a perdu et ne se bat que pour le monde résiduel. On voit même de pseudo-rébellions pour davantage d’aliénation (eugénisme technologique, consumérisme corporel, cyborgs, body hackers, post et transhumanistes, etc.).

 

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