Entretien avec Denis Robert, après la sortie de Vue imprenable sur la folie du monde

Publié le par dan29000

Retour sur la folie du monde.


Ecrit par : Régis Frutier
Publié le 17 janvier 2014

 

Denis Robert a révélé au monde l’affaire Clearstream. La multinationale s’est acharnée contre lui pendant dix ans avant de perdre tous ses procès. Son dernier livre parle de la Lorraine et de la finance. Une « fiction » entremêlée de faits hallucinants, mais authentiques.

 

 

 

 

 

nvo  - Dans votre livre, vous révélez des éléments extraordinaires sur les banques, mais vous dites : j’ai enquêté, démonté les scandales des circuits occultes de la finance mondiale et puis, derrière, rien. Rien ne change. Qu’en est-il ?

 

Denis Robert - Ce n’est pas tout à fait cela. Effectivement, je cite à un moment un extrait d’un rapport de l’ONU où apparaît le chiffre de 378 milliards de dollars, blanchis, en provenance des cartels mexicains, pour renflouer la banque Wachovia. Ce montant absolument incroyable pour une seule banque, je l’ai vérifié. Il montre que c’est l’argent de la drogue qui a renfloué les banques après la crise de 2008. Mais il est faux de dire qu’après mes travaux, il n’y a rien. Il y a des répercussions sur le réel.

 

Mon enquête sur Clearstream permet aujourd’hui à des économistes de sortir des livres sur les paradis fiscaux et, sans elle, il n’y aurait pas eu cette prise de conscience. Le moment fondateur, c’est l’appel de Genève du 1er octobre 1996, où nous avons mis autour d’une table sept magistrats européens qui dénoncent l’absence de moyens pour combattre le blanchiment d’argent au niveau européen. Ces discours sont aujourd’hui repris par François Hollande, David Cameron et même Angela Merkel. Et sans mes travaux, nous n’en serions pas là. D’ailleurs, c’est par là que démarre mon livre, j’explique que François Hollande et Pierre Moscovici reprennent quasiment mot pour mot le texte de l’appel de Genève. Et j’interroge sur cette question : quel est le statut de la vérité dans nos sociétés aujourd’hui ? C’est-à-dire, comment faire passer une vérité ?

 

À un moment, on voit bien que ce que je dis est vrai, même judiciairement, et pourtant il ne se passe rien. Cela veut dire que le monde politique dépense une énergie folle à fuir cette vérité et à fabriquer des mensonges qui ne débouchent pas sur les vraies questions. Or, à un moment, le problème fondamental, c’est celui de l’argent. Pourquoi le travail des hommes qui produit les richesses n’enrichit-il pas les pays ? On en arrive donc aux paradis fiscaux, au système financier, etc. Comme journaliste ou écrivain je me demande pourquoi les politiques ne s’y attaquent pas. La réponse, c’est qu’en face se trouvent les lobbies les plus puissants de la planète : le lobby bancaire, qu’on peut aussi appeler la finance internationale. Mais à un moment, on peut identifier les personnes : quand je parle de la bande Rockefeller, de Goldman Sachs, de Paribas : ce sont là mes adversaires.

 

 

 

François Hollande, dans son discours du Bourget, dit que son adversaire est la finance, mais il ajoute qu’elle n’a pas de visage. Vous utilisez des mots semblables…

 

Et pour cause ! Et ça me fait marrer, le discours du Bourget, parce que je l’ai vu interprété par lui, mais je l’avais lu quatre ou cinq jours avant. J’avais eu au téléphone ses inspirateurs. François Hollande a lu une note que je lui ai écrite avant. Cette note ne m’avait pas été demandée par lui mais par Dominique Gros, le maire de Metz. François Hollande la lit, vient à Metz et demande à me voir. Ça dure cinq minutes, et après, les trois ou quatre personnes autour qui lui écrivent ses discours m’avaient envoyé le discours du Bourget pour avis. J’ai donné deux ou trois idées, mais quand je l’ai vu le dire, tout était devenu abstraction. Le discours original était beaucoup plus concret, citait des noms de banques, etc. Et c’est un moment très intéressant car c’est là que se jouent une campagne politique et toute la compromission de ce pouvoir et de François Hollande.

 

C’est-à-dire qu’à ce moment-là, il est candidat, et s’il avait commencé au Bourget à citer BNP Paribas, Clearstream ou Euroclear, il aurait été concret, aurait gagné des voix. Mais comme il est malin, il ne va pas les citer et faire son truc sur la finance cette abstraction, etc., mais pourquoi ne les cite-t-il pas ? Il ne veut pas se payer Goldman Sachs, quoi ! Il est entouré de conseillers et technocrates qui lui conseillent de ne pas se mettre la finance à dos… Il réfléchit. Il pense que lorsqu’il sera au pouvoir, ça va être difficile et il n’a pas envie de les retrouver tous contre lui dès le départ. Donc, c’est un homme de compromis. Mais, je crois qu’il se trompe ; c’est un calcul absolument mauvais politiquement parce qu’il est encore dans des schémas de pensée des années 2000, époque où l’on craignait de ne pas s’en sortir en cas de krach bancaire. Mais s’il y a un krach bancaire on s’en sortira, parce que c’est la finance et les tenants de ces outils financiers qui sont responsables de la situation. Quand on est un homme politique, c’est cela qu’il faut dénoncer.

 

 

 

 

Vue imprenable sur la folie du monde,
de Denis Robert, éditions Les Arènes,
271 pages, 21 euros

 

SOURCE / NVO.FR

 

 

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de gussem liliane 30/01/2014 13:47

nous avons bien besoin d'avoir des informations sans que la presse mensongère nous débitent tant de mensonges, peut-être par omission, peur-être parce qu'il sont obligé de faire ce que leurs patrons exigent