Syrie : entretien avec Munif Mulhem, sur la complexité du processus en cours

Publié le par dan29000

De la complexité du processus révolutionnaire syrien en cours
 
Entrevue avec le militant de gauche Munif Mulhem
 
1er décembre 2013
 

Munif Mulhem, né à Homs en 1951, a été officier dans les missiles sol-air, entre 1970 et 1973, lorsqu’il a été évincé de l’armée, accusé de marxisme. Il a été l’un des fondateurs de la Ligue d’Action Communiste (Syrie) et membre de son comité central et de son bureau politique entre 1977 et 1981.Puis il a participé au congrès fondateur qui a pris la décision de transformer la Ligue en « Parti d’Action Communiste ». Il a été arrêté quelques jours après la clôture du congrès et est resté en prison jusqu’en 1997. Il a fondé avec de jeunes marxistes le forum de la gauche pour le dialogue, lors de ce qu’on a appelé le Printemps de Damas (2000-2001) puis à la fin de l’année 2002, le mouvement contre la mondialisation capitaliste, qui a publié sept numéros de la publication « L’alternative ». Il lutte actuellement pour constituer un nouveau mouvement marxiste en Syrie, œuvrant de concert avec la gauche mondiale, pour édifier un autre monde, celui de la justice, de la liberté et de la dignité humaine.


Question – la première phase de la révolte contre le régime syrien, au caractère pacifique, donne l’impression d’être un mouvement populaire global, auquel adhèrent des personnes de toutes religions et confessions, de toutes les couches sociales, de tous âges, des deux sexes, etc., Mais lorsqu’elle a commencé à se militariser, le caractère religieux et confessionnel a pris le dessus, surtout dans sa composante militaire. Que penses-tu de ce phénomène et quelles en sont les causes ?

Munif Mulhem – La militarisation n’a pas été un choix des manifestants pacifiques pour la liberté et la dignité, mais la violence exercée par le régime contre le mouvement pacifique, que ce soit en faisant feu sur les manifestants dans les rues et les places, ou par les arrestations et la torture jusqu’à la mort, a poussé la révolution à porter les armes. Et encore pendant les premiers mois, le port d’armes était extérieur au champ révolutionnaire. Il était dû à la désertion de militaires qui ont refusé de tuer leur peuple, ou qui ont assumé leur responsabilité face à leur peuple qui faisait face à une violence inédite dans le monde. Les formations militaires qui se sont constituées alors se sont donné des dénominations religieuses (les brigades Farouk), pour autant cela n’en faisait pas des formations religieuses [1].

Le changement survenu au sein de ces formations est le résultat du cours de courants religieux présents sur la scène syrienne avant la révolution ou qui se sont constitués après le début de la révolution, qui ont créé leurs propres structures, agissant pour leur propre compte et pour leurs orientations politiques, après s’être avérés incapables de contenir les formations militaires dirigées par les officiers et les militaires déserteurs du régime et parce qu’elles croyaient que le régime était sur le point de tomber, comme cela semblait le cas fin 2011. Aussi, ils ont créé leurs milices propres comme moyen de pression, pour le futur, sur les composantes de la révolution afin de gagner l’hégémonie sur ces dernières, à travers ces milices, s’inspirant de l’expérience libyenne dans toutes ses acceptions, et profitant du flux de fonds et d’armes en provenance d’Etats, d’individus et d’organisations du Golfe.

C’est ainsi que les officiers dissidents ont été marginalisés et qu’ont émergé des brigades ne faisant pas mystère de leur idéologie religieuse et de leurs objectifs qui s’éloignaient de ceux que s’était donnés la révolution. L’afflux incontrôlé de fonds en provenance de l’étranger a excité la convoitise de tout aventurier ou de quiconque ambitionnait de créer sa brigade ou son étendard au nom de l’islam, ou sous une bannière qui permettrait de soutirer des bénéfices en argent ou en armes tant qu’elle se réclamait de l’islam. Le cours du régime pendant 40 ans, visant à détruire le tissu social en Syrie, et à confessionnaliser le mouvement populaire après le début de la révolution, et partant la pratique de toutes formes d’assassinats et d’arbitraire confessionnel, tout cela a ouvert le chemin à ces forces et elles sont apparues avec cette orientation.

Q) Au cours d’une précédente entrevue du mois de janvier dernier, réalisée avec toi par la publication Murassiloun, tu as dit qu’on ne pouvait éviter le recours à la force militaire pour renverser le régime, alors que beaucoup en Syrie, avec à leur tête, le Comité de Coordination, ont appelé à repousser la solution militaire, et misent seulement sur la lutte pacifique pour se débarrasser du régime en question. Comment expliques-tu ton point de vue ?

R) Depuis la fin des années soixante-dix et le début des années quatre-vingt du siècle passé, le combat entre le régime et les forces religieuses s’est transformé en lutte armée. Ces forces nommées alors l’Avant-garde combattante des Frères Musulmans ont représenté la pointe avancée de la lutte contre le régime. Les transformations survenues dans la structure du régime à la fin des années soixante-dix ont pris des dimensions qualitatives, notamment avec la création d’appareils sécuritaires dans l’institution de l’armée et celle de la Sureté, à caractère confessionnel. Ces transformations nous ont convaincus, au sein du Parti d’Action communiste, auquel j’appartenais alors, que le renversement de ce régime ne serait pas pacifique – et ce indépendamment de la force du mouvement de masse qui œuvrerait à s’en débarrasser sans recourir à l’action militaire – et qu’il prendrait la forme de désertions dans l’armée qui seraient le facteur principal pour affronter la violence du régime, et ces appareils confessionnels, plus proches de milices que d’unités militaires.

Aussi, plusieurs mois après le déclenchement de la révolution et de toute la violence qui l’a accompagnée – qui est inégalée face à un mouvement pacifique –, avec le début des départs au sein des unités de l’armée s’est confirmé ce que je pensais à savoir que le régime ne partirait pas avec des méthodes pacifiques. La réflexion est devenue : comment diminuer le nombre des victimes dans cet affrontement ? Mais le caractère de la militarisation de la révolution – et dont j’ai parlé dans ma première réponse – a démenti toutes les prédictions. Au lieu de renforcer les forces militaires de la révolution, nous nous sommes trouvés en face de forces qui combattaient le régime et constituaient des forces contre-révolutionnaires, avant leur victoire. C’est pourquoi cela n’a plus aucun sens de demander si on était pour ou contre la militarisation. Le renversement du régime est l’unique voie pour se débarrasser du conflit en cours aujourd’hui et constitue le premier pas pour se débarrasser des forces armées contre-révolutionnaires. Le maintien du régime signifie la poursuite de la guerre civile pour les cent ans à venir.

Q) Certains analystes estiment que le facteur principal qui a catalysé le mouvement populaire depuis le début, était la revendication de la liberté et de la dignité humaines dans l’affrontement avec ce régime dictatorial répugnant, tandis que d’autres s’accordent sur le facteur socio-économique, et en font l’élément déterminant dans ce processus. Comment voyez-vous cette question ?

R) Il n’y a pas de doute que la dernière décennie en Syrie a vu des changements socio économiques substantiels qui ont commencé à la fin des années quatre-vingt dix du siècle passé et que la fin des années quatre-vingt a constitué le plus grand pas dans ces transformations dont la base est la victoire remportée par le régime dans sa confrontation avec l’opposition syrienne. Après la défaite des forces islamistes armées, le régime s’est employé à détruire toutes les sensibilités de l’opposition qu’il s’agisse des forces démocratiques ou de gauche, et un climat de peur et de terreur s’est instauré dans toute la société. On peut dire que la Syrie à la fin des années quatre-vingt était devenue une grande prison et un épouvantail pour son peuple.

Les vainqueurs, qu’il s’agisse de la bureaucratie gouvernante, ou des civils, ou des militaires, ont considéré qu’ils se devaient d’être rétribués pour leur victoire. La corruption s’est étendue de façon inédite, des richesses ont été accumulées et des nouveaux riches sont apparus qui exhibaient les milliards amassés et menaient une vie luxueuse provocante pour la masse du peuple qui a vu sa vie se détériorer rapidement. La classe moyenne dont les fonctionnaires des appareils d’Etat représentaient l’essentiel, s’est éclipsée.

De même les nouvelles transformations libérales, par l’ouverture des marchés et l’abandon par l’Etat de la garantie de débouchés pour les diplômés des universités et des instituts, la promulgation de loi instituant l’économie de marché, tout cela a porté des coups à la classe moyenne, les artisans et les petits industriels.

Le rapport du développement humain en Syrie pour 2005 publié en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le Développement a mis en évidence que la pauvreté s’étendait au point que près du tiers des habitants de la Syrie vivaient au niveau du seuil de pauvreté et que près de trois millions vivaient en deçà. Il est notoire que la majorité d’entre eux se concentrent dans les campagnes, notamment septentrionales.

Les transformations socio économiques en Syrie ont constitué un facteur important pour le déclenchement de la révolution, mais à mon avis, ce n’était pas le facteur principal. La répression aveugle et sauvage, les violations des moindres formes de liberté et de dignité humaine qui a atteint son apogée dans la décennie quatre-vingt du siècle passé, la peur qui s’est installée dans la société, les discriminations confessionnelles entre citoyens, sont des facteurs essentiels du déclenchement de la révolution. Et les révolutions arabes en Tunisie, Egypte, Yémen et Bahreïn ont ouvert grand les portes aux militants pour briser le mur de la peur édifié par le régime pendant quatre décennies. Ainsi le slogan de la révolution pour la liberté et la dignité était l’expression la plus conforme aux vœux des révolutionnaires.

Q) Les éléments dissidents de l’armée régulière, et surtout les officiers, ont été mis à l’écart dans les brigades et unités combattantes, que ce soit au sein de ce qu’on appelle l’armée libre, ou au niveau des brigades ou des autres unités. Comment comprendre ce phénomène – et jusqu’où est-il juste de faire le lien avec un cours régional – de façon plus précise, pour que la différenciation confessionnelle domine la nature de la lutte ?

R) Ce qui était flagrant dans les premiers mois de la révolution, à savoir le trait le plus largement répandu chez les activistes pacifiques, c’était qu’il n’y avait pas d’appartenance à une force politique ou à des partis antérieurs à la révolution. La plupart des militaires qui avaient déserté l’armée au début de la militarisation de la révolution n’appartenaient pas non plus à un courant politique, même en tant que sympathisants, à l’exception du parti du Baath auquel tout militaire volontaire était tenu d’adhérer s’il voulait rester dans l’armée et avoir une promotion. Cette expérience les a dissuadés de s’enrôler de quelconque forme que ce soit au niveau politique et organisationnel.

Pour cette raison, les forces islamiques soutenues par des forces régionales se sont employées à créer leurs formations militaires cautionnées, et que l’on peut considérer comme les plus influentes et hégémoniques sur la révolution. Nous avons assisté à la formation de centaines d’unités et de brigades dotées d’un caractère idéologique islamique. Le régime de son côté a libéré des centaines de salafistes arrêtés dans les premiers mois de la révolution (dont beaucoup sont devenus des chefs d’unités et de brigades salafistes), et en même temps il arrêtait des milliers de jeunes activistes pacifiques.

Le régime a prétendu dès les premiers mois de la révolution qu’il combattait des forces et des organisations militaires confessionnelles et takfiries. Ces forces régionales et locales lui ont fourni ce qui n’existait pas dans la réalité. Et elles ont contribué à marginaliser les unités et les brigades créées par les militaires déserteurs, et dans certains cas à liquider physiquement ces derniers, lorsque qu’ils ont affiché leur refus de pratiques bien éloignées des objectifs et de la morale de la révolution.

Q) Comment expliques-tu l’absence de gauche effective à la direction du mouvement, surtout après sa militarisation ? Quelle est son influence dans le cours général pris par le processus actuel de la lutte ?

R) Ce n’est un secret pour personne que l’influence de la gauche en Syrie était faible avant la révolution et ce, en raison de deux facteurs essentiellement. Le premier est particulier : il est le fruit de la répression qui a frappé la gauche pendant les décennies passées. Le second est général et est relatif à l’état de la gauche au niveau mondial, après l’effondrement du « bloc socialiste » dans les années quatre-vingt dix du siècle passé.

L’intensité de la répression contre le mouvement populaire, qui l’a obligé de passer du pacifisme et de lutte civile à la militarisation, a fermé la porte à tout ce qui restait de forces de gauche pour une présence et une influence dans la révolution. Je crois que la gauche ne pourra jouer de rôle effectif en Syrie et revenir sur la scène de l’action démocratique pacifique qu’après la chute du régime. La société syrienne, même si elle semble, vue de loin, submergée par des forces de droite, garde en réserve à mon avis, une somme de forces capables de faire avancer la société en avant, dans la direction de l’édification d’un Etat civil démocratique moderne, et retisser la société délitée.

Q) Crois-tu encore, comme tu l’as dit dans le passé, que des scénarios de division auxquels participe l’Iran, pourraient se fixer l’établissement d’un micro Etat alaouite, si le régime actuel perdait toute possibilité de se maintenir ? Quelles sont les chances d’une partition ?

R) Pour être précis, voilà ce que j’ai dit lors de l’entrevue précitée à ce sujet : « La chute du régime est une issue obligatoire et la situation ouvre toutes les possibilités, la pire étant la partition qui est envisageable car elle arrange des forces régionales, l’Iran en tête, qui souhaite l’établissement d’un Etat alaouite allié. Mais les chances de partition ne sont pas grandes car une grande partie des raisons d’une intervention de forces régionales ou internationales dans la situation syrienne est une tentative d’affaiblir l’Iran en Syrie et de l’effacer définitivement de la région »

Aujourd’hui, après les développements survenus en Syrie, notamment le rôle attribué aux forces jihadistes extrémistes et le rôle assumé par les forces internationales, les risques de partition sont beaucoup plus faibles qu’auparavant. Cette éventualité minime, si elle se réalise, ne déboucherait pas sur un Etat alaouite, mais sur des cantons pour les forces armées dont le canton alaouite ne serait qu’un parmi d’autres.

Q) Dans l’entrevue dont il est question, tu as dit que tu avais soutenu, au début, même si de façon critique, le Conseil national syrien. Est-ce toujours ta position maintenant avec l’apparition de la « Coalition Nationale » qui n’a pas, semble-t-il, la confiance d’une partie non négligeable du peuple syrien, ni la reconnaissance générale des unités et brigades combattantes, d’après ce qu’elles ont publié dernièrement ? Considères-tu qu’il y ait un besoin urgent de cristalliser une structure de direction différente qui représenterait réellement les intérêts du peuple syrien, qui parvienne à le polariser, à organiser sa lutte, à unifier ses rangs, et qui pourrait alors le conduire à la victoire ? Et si c’est à l’ordre du jour, quelles sont, selon toi, les conditions pour y parvenir ?

R) Pour être plus clair, après la constitution du Conseil national et du Comité de coordination, j’ai annoncé lors d’une conférence que le Conseil ne me représentait pas, mais que je le soutenais avec force. La position critique est souhaitée, y compris dans une organisation à laquelle j’appartiens. C’est une chose différente que de soutenir une partie politique que les circonstances t’obligent à soutenir pour affronter l’autre partie dont tu souhaites te débarrasser. C’est ce qui se passe actuellement, que ce soit pour le Conseil ou la Coalition, en l’absence ou l’impossibilité de constituer une direction alternative de la lutte pour se débarrasser de ce régime dans les circonstances actuelles. J’étais persuadé alors qu’une activité politique des forces démocratiques, à l’ombre du conflit armé en cours, n’aurait pas de valeur effective, ce qu’ont confirmé les développements survenus après le début de l’année 2013 dans le conflit en Syrie. L’activité démocratique pacifique dans les zones dites libérées (les zones sous domination des armes) a pâti des mêmes difficultés que dans les zones sous domination du régime, si ce n’est plus. Tant qu’on ne s’est pas débarrassé du régime et qu’on n’a pas désarmé les milices, toute action démocratique restera limitée.

Q) Penses-tu qu’il y ait une chance de faire réussir la tenue de Genève 2, pour laquelle font pression les Russes – surtout après les développements relatifs aux armes chimiques auxquelles le régime a eu recours l’été dernier et qui ont affaibli sa position dans le conflit – pour pousser les forces en conflit à s’y investir ? Sachant que cette faiblesse du coté du régime est concomitante de l’aiguisement des contradictions chez ses adversaires ? Quel est ton avis quant à la proposition de certains au sein de l’opposition syrienne, quant au besoin selon eux d’un accord de Taief syrien ?

R) Genève se tiendra tôt ou tard, mais le concept de réussite ou d’échec on ne peut pas le donner. Genève est suspendu aux parties participantes. Alors que les forces de la révolution œuvrent à faire que Genève dissolve le régime en place, établisse l’Etat démocratique pluraliste et construise un Etat civil moderne pour tous ses citoyens sans discrimination ou exclusive, les forces internationales actives (Russes et Américains) en font un premier pas pour se débarrasser des armes chimiques, en tant qu’élément de menaces pour « l’Etat » d’Israël, indépendamment de l’Etat en place en Syrie aujourd’hui ou dans le futur, et pour affronter les forces islamistes extrémistes. Or cela implique le maintien d’Assad pour eux à cette étape à condition que cela implique par la suite de se débarrasser d’Assad tout en gardant son régime.

Quant à parler de, ou de comparer Genève à Taief, pour mettre fin au conflit en Syrie, ce n’est pas acceptable. Le « maronisme » politique, au Liban, en dépit de ses défauts est moins pire que le régime en place en Syrie depuis des décennies. Le régime qui a gouverné les Libanais après l’indépendance a vu la plus grande marge de libertés politiques, si on le compare à tous les régimes de la région arabe, et le « maronisme politique » reposait sur la domination sur les ressorts de l’Etat, si on considère qu’il s’agissait d’un Etat dont les institutions étaient réparties du point de vue confessionnel. En Syrie, c’est bien différent, les institutions de l’Etat sont des structures de pacotille, quel sens a un premier ministre ou un président du Parlement ? La révolution est venue, non pas pour partager le pouvoir, mais pour éradiquer un régime dictatorial dont la pire des réalisations a été de briser le tissu social. Un « Taief syrien » ne restituerait pas la cohésion brisée par le régime, mais la consacrerait sous des formes diverses. Ce serait pire que la partition à mon sens.

Q) En dépit de tous les brouillages du soulèvement du peuple syrien, il a été question précédemment de ses multiples formes et manifestations, de leurs responsables, que ce soit au plan des pratiques du régime en place ou des pratiques des groupes qui l’affrontent, sur le terrain. Tu reprends dans tes réponses des expressions telles que « révolution » ou « forces de la révolution ». Peux-tu préciser avec force détails qui sont les « forces de la révolution » exactement dont tu parles ? Par ailleurs, que penses-tu des formes, même embryonnaires et entravées, d’auto organisation, dans les régions hors du contrôle du régime ? Y a-t-il selon toi une possibilité de les développer, au service du processus révolutionnaire en Syrie ?

R) Je crois que le point principal, sur lequel se sont accordés les Syriens depuis le début de leur mouvement en mars 2011 jusqu’à la fin de cette année (avant la formation des diverses brigades islamiques) est que tout ce qui exigeait la chute du régime et l’édification de l’Etat de la liberté et de la dignité, un Etat sans discrimination entre ses citoyens, était une force de la révolution. Ces forces englobaient toutes les couches, classes sociales et franges de la société ainsi que ses forces politiques à des degrés divers.

En ce qui concerne la possibilité de construire une auto-organisation dans les régions hors du contrôle du régime, j’ai dit, lors d’une conférence à laquelle j’ai participé en mai de cette année, que parler de « zones libérées », surtout celles dont les forces du régime ont été évacuées, eh bien la période récente prouve que l’expression ne colle pas à la réalité de ces zones. Il serait plus adéquat de parler de « zones sous le contrôle de l’opposition armée ». L’hégémonie des armes sur ces zones, à côté des structures légitimes, fait de la question des droits de l’homme quelque chose dont la réalisation est difficile. Alors si le respect des droits de l’homme est difficile à concrétiser, comment une auto-organisation des forces de la révolution serait-elle possible ? Les expériences sur le terrain, faites par des activistes à Raqqa, dans la banlieue d’Alep, d’Idleb, de la Ghouta de Damas, ont mis en exergue qu’un tel projet était quasi irréalisable en présence de la domination des forces armées.


Notes

[1] Les peuples lors de leur lutte pour le changement empruntent ce qu’ils croient être des pages honorables de leur histoire, et en reviennent aux symboles de cette période et même à ses événements, ils vont même jusqu’à emprunter les vêtements de la période.

* Source : la révolution permanente, n°4, décembre-janvier 2014.

* Traduction de l’arabe, Luiza Toscane.

Mis en ligne le 7 janvier 2014
SOURCE / ESSF

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