Manifestation de Nantes : Un journaliste de RennesTV, blessé, porte plainte contre X pour "violence volontaire avec arme"

Publié le par dan29000

 

Lors de la manifestation contre l’aéroport de Notre Dame des Landes, à Nantes, un de nos journalistes a été blessé par l’explosion d’une grenade lancée par la police. Cet épisode témoigne de l’utilisation fréquente des armes anti-émeutes hors du cadre légal, ce qui provoque des blessures graves. Après avoir relaté d’autres évènements où de telles blessures avait été constatées sur des manifestants, et alors que l’un d’entre eux a perdu un oeil pendant la manifestation ; il a fallut qu’un membre de notre équipe y passe également pour pouvoir vous le raconter aujourd’hui … Et nous avons finalement décidé de porter plainte.
 

En analysant image par image la séquence de l’explosion, on se rend compte que l’engin qui explose au pied du journaliste n’est pas une grenade assourdissante, mais une grenade de « désencerclement » (autrement appelée « Dispositif Balistique de Dispersion » ou DBD). C’est une grenade explosive qui contient 12 à 18 fragments de plastique dur, en plus de sa douille en métal, projetés dans un rayon de 15m autour de l’explosion (des fragments qui sont encore capables de briser une vitre à cette distance). Le problème c’est que cette « arme de guerre » n’est pas censée être utilisée « offensivement », mais uniquement dans des situations « d’encerclement » qui nécessitent un acte « défensif » de la part de la police. En l’occurrence, les CRS étaient ici en ligne à plus de 20m, protégés par un canon à eau : il n’étaient donc absolument pas encerclés, et encore moins au contact des manifestants. Normalement, si la police avait respecté la procédure légale : de telles grenades n’auraient jamais dû être employées pendant toute la durée de la manifestation.
 
 

 
 
En regardant attentivement la vidéo, image par image, on peux détailler toute la séquence. En un seul mouvement des CRS, une première grenade assourdissante est envoyée, suivie une seconde plus tard de deux DBD ainsi que d’une CM6 (la cartouche qui libère 6 pastille de gaz lacrymogène CS), le tout pendant une manoeuvre fixe (les policiers gardent leur positions : ils ne chargent pas à l’issue des explosions). Il faut savoir que je porte un casque rouge identifié « PRESSE », tout en tenant ma caméra. Il me semble vraiment impossible de dire que la police ne m’a pas vu, car cela faisait plusieurs dizaines de minutes que des journalistes (dont moi-même) étions fixés à cette position. Je n’étais d’ailleurs pas le seul journaliste dans le périmètre de l’explosion, à ce moment précis. 
 
 



 
L’onde de choc m’a arraché la peau au niveau des deux chevilles sur une surface de plusieurs cm2, presque symétriquement, tout en causant des brûlures au 2e et 3e degrés. Plus de 72h après l’explosion, ces plaies ne sont toujours pas cicatrisées, la chair y est encore à vif quand elle n’est pas carbonisée. L’explosion a par ailleurs projeté 3 fragments sur mes deux jambes : celui qui a atteint ma cuisse est clairement identité comme une balle de plastique rond (on dirait l’impact d’une bille). La blessure sur ma jambe droite, par sa forme beaucoup plus grande et son hématome plus large (ainsi que la douleur plus forte), fait plutôt penser qu’il s’agit de l’impact de la douille en métal. Un dernier fragment a ricoché contre l’articulation de mon genoux droit, provoquant un hématome de plusieurs dizaines de centimètres carrés sans perforation. Et il faut savoir que j’ai eu de la chance : les fragments n’ont pas pénétré sous la peau comme cela se voit souvent lors de l’explosion de ces grenades, et ce pour un bonne raison : je portais deux pantalons pour m’en protéger. Les fragments ont percés le premier, mais pas le deuxième. Sinon, il aurait probablement fallut m’opérer pour retirer des éclats sous-cutanés.

 


















 


Immédiatement après l’explosion, j’ai remonté la manifestation pour m’éloigner de la ligne de front et constater mes blessures. Alors que je commençais à désinfecter mes plaies sur le trottoir, les CRS ont chargé le cortège, m’obligeant à reculer encore d’avantage pendant que j’avais du sang sur les mains, sur mes fringues, et que j’étais au milieu d’autres blessés. J’ai finalement été évacué par deux manifestantes vers les urgences du CHU tout proche, ou j’ai été pris en charge en moins de 30 minutes. Une fois remis sur pieds je suis retourné couvrir la manifestation, et finir mon travail. 



Revoir notre reportage sur la manifestation du 22 février à Nantes : 

 
 



 
Voici la plainte adressée au Procureur de la République de Rennes :
 
 
" Lettre recommandée avec accusé de reception.
 
Monsieur le Procureur de la République,
 
 
Bonjour,
 
 
Je m’appelle Gaspard GLANZ, ma profession est journaliste, je suis le co-fondateur du média en ligne RennesTV.fr, et gérant de l’entreprise Taranis (RCS de Rennes) propriétaire de la marque RennesTV. J’étais Journaliste Reporter d’Images (JRI) pour RennesTV ainsi que plusieurs autres médias, dans l’exercice de mes fonctions, lors de la manifestation contre l’aéroport Notre Dame des Landes, à Nantes, le 22 février 2014. 
 
 
À cette occasion, j’ai subit l’explosion d’une grenade de type « désencerclement » ou « Dipositif Balistique de Dispersion » (DBD) entre les jambes, hors du cadre d’utilisation légal de cette arme par les forces de l’ordre déployés. Il était 16h38 exactement. 

 
Cette explosion a projeté trois éclats, dont la douille en métal de la grenade, contre mes jambes. En plus des déchirures de la peau entrainés par l’onde de choc de l’explosion, provoquant des blessures importantes et ouvertes, ces éclats ont entrainés des brûlures au deuxième et troisième degrés, qui ne sont toujours pas cicatrisés 72h après les faits. Ces blessures ont nécessités une prise en charge immédiate par le service des urgences du CHU de Nantes. 
 
 
Je souhaite par la présente vous solliciter à ouvrir une enquête sur ces faits, en la confiant si possible à des juges d’instruction indépendants.
 
 
Je souhaite par la présente déposer plainte contre X pour «  violence volontaire avec arme », « complicité de violence volontaire », avec la triple circonstance aggravante qu’elle a été commise par « un ou des fonctionnaires en charge de l’autorité publique », dans « l’intention de provoquer une mutilation permanente », passible de la Cour d’Assises, et en « groupe organisé » pour effectuer le délit.
 
 
Je souhaite recommander, à titre provisoire et afin de prévenir toute destruction, dissimulation ou altération des preuves nécessaires à la justice :
 
- que soit saisit les PV de tir censés avoir été rédigés par la police (ou autre corps de force de l’ordre déployé : Gendarmerie, CDI, BAC, CRS, etc…)
 
- que soit saisit les traces photos et vidéo des forces de l’ordre
 
- que soit saisit les documents comptables (entrées-sorties) en munitions des armureries concernés, les dotations, les habilitations à tirer, les formations suivies, etc …
 
- que soit ordonné une visite chez un médecin légiste pour faire constater mes blessures
 
- mettre à votre disposition (image par image) la vidéo que j’ai moi même tourné avec ma caméra, et qui permet d’identifier le tireur de la grenade, ainsi que la section à laquelle il appartient.
 
 
 
Veuillez accepter, Monsieur, mes salutations distinguées.
 
 
Cordialement,
 
Gaspard GLANZ "
 
 
RennesTV - 25 février 2014 - Nantes

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