Alain Resnais (1922-2014)

Publié le par dan29000

Alain Resnais

 

 

L'image qui me reste de lui est l'image d'un jeune gringalet, sautant de sa bicyclette, pinces aux pantalons. C'était au début des années cinquante, rue Yves Toudic à Paris, là où fonctionnait le Ciné-Club universitaire.

Il venait présenter trois courts métrages, "Van Gogh", "Gauguin" et "Guernica". Et il nous expliqua avec sérieux mais aussi avec un humour passablement british, que les films sur la peinture devaient être réalisés en noir et blanc. Car ce sont dans toutes les nuances de noir et de gris qu'on pouvait le mieux discerner la manière originale de l'artiste, le style du peintre.

Nous avions sympathisé. Il me fit découvrir "le groupe des Trente"* puis me proposa de faire un stage de réalisation et de montage pour un moyen métrage sur la colonisation et l'art nègre. Ce fut mon premier pas dans le cinéma avec "Les statues meurent aussi".

Il ne devait pas, malheureusement, y en avoir d'autres. Car Monsieur Guy Mollet m'expédia en Algérie afin de mater ces arabes qui prétendaient vouloir vivre dans un pays indépendant...

Pendant ces longs mois d'exil, je correspondis avec Alain Resnais. Je lui faisais part de ce que je vivais en Kabylie ; il me donnait des nouvelles de Paris et du cinéma**. Et il m'informait de la préparation avec Jean Cayrol, d'un petit film qu'il voulait faire sur la déportation : ce sera "Nuit et brouillard".

Il m'avait incité à me présenter au concours de l'IDHEC et je suivis son conseil. En 1960, je lui téléphonais pour lui présenter un manifeste contre la guerre d'Algérie, qu'il signa avec 121 autres personnalités de l'intelligentzia. Je ne devais le revoir qu'en 1967 pour l'opération collective "Loin du Vietnam" mais nous restâmes en contact les années suivantes. Il m'apporta son soutien moral lorsque la censure empêcha la sortie de mon film "Dreyfus ou l'intolérable vérité" en 1974 et m'encouragea à persévérer...

Sa disparition est pour moi celle d'un frère ainé, d'un exemple, et d'un maître. D'un maître de cinéma 100%  français.

Alain Resnais est probablement la synthèse entre Jean Renoir et René Clair, c'est à dire entre un cinéma de la joie de vivre et un cinéma de l'ironie. De plus, il a réussi à transcender la fiction en  "documentaire sur l'imaginaire". Il s'est même risqué dans le domaine de la métaphysique avec un film qui est ,pour moi, son chef d'oeuvre : "Providence".

"Je souhaite approcher par le film la complexité de la pensée, son mécanisme interne. Dès qu'on descend dans l'inconscient, l'émotion nait. Et le cinéma ne devrait être qu'un montage d'émotions."

Il y aurait tant à dire sur cette oeuvre multiforme, expérimentale, humaine...

Avec Alain Resnais disparait une certaine idée du cinéma.

Du cinéma en tant qu'art.

Jean A.Chérasse

* groupement de jeunes réalisateurs de courts métrage

** notamment de l'émergence de la "nouvelle vague", animée par "un foutriquet" (le mot est de Resnais), c'est à dire par François Truffaut


SOURCE/ MEDIAPART

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