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Des milliers de signatures en faveur de l'égalité, du genre et de la liberté (Collectif Genre, Recherche, éducation : la bonne rencontre)

Publié le par dan29000

TRIBUNE

 

Par des membres du collectif Genre, Recherche, éducation : la bonne rencontre

La rumeur court depuis plus d’un mois, les contre-vérités circulent, les prises de parole s’enchaînent, se reprennent, se contredisent, s’oublient. Certains récupèrent ces mouvements d’opinion, d’autres menacent, d’autres encore retrouvent avec nostalgie leurs livres d’enfance et les stéréotypes de leur jeunesse. On brocarde, sans les connaître, des ouvrages de la littérature enfantine, on lance des anathèmes, on ricane quand le mot «genre» est prononcé, on manipule à coup d’affirmations les plus choquantes et les moins fondées. Pendant ce temps, d’autres font pression sur les bibliothécaires, d’autres encore sur les professeurs des écoles, les enseignants des collèges et des lycées, les chercheurs, les parents d’élèves.

Aujourd’hui, Mesdames et Monsieur les ministres Najat Vallaud-Belkacem, Geneviève Fioraso, Valérie Fourneyron et M. Vincent Peillon, chargés respectivement des Droits des femmes, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, de la Jeunesse et de l’Education populaire, de l’Education nationale, c’est avec l’élan de 12 000 signatures recueillies en une semaine par la pétition publique, les Etudes de genre, la Recherche et l’Education : la bonne rencontre, que nous nous tournons vers vous. C’est avec la franchise de ces 12 000 voix, relayées par une trentaine de comités universitaires et par de nombreuses associations et institutions reconnues par vos ministères, que nous vous adressons cette lettre ouverte, pour vous dire solennellement et publiquement : avançons !

«Avançons», cela signifie, tout d’abord : cessons de reculer ! Refusons les concessions ou la fuite face à des personnes et à des groupes non identifiés et, s’ils le sont, minoritaires. Cessons d’accorder du crédit à des exigences venues de milieux dont les attaques sur le genre ne sont que l’arbre d’une forêt de revendications multiples, haineuses et contradictoires.

«Avançons», Mesdames et Monsieur les ministres, cela implique, pour vous, de vous adresser clairement et d’une seule voix à vos concitoyens, les assurer de votre soutien dans les domaines qui sont de votre responsabilité : défendre les travaux scientifiques sur le genre, lutter contre le sexisme, l’homophobie, la transphobie, poursuivre le combat pour l’égalité de tous, des femmes et des hommes, des filles et des garçons, d’où qu’ils viennent et quel que soit leur nom, leur origine, leur quartier d’habitation ; c’est poursuivre votre lutte contre les discriminations de toute nature, qui conduisent trop souvent à exclure aussi bien au nom du sexe et de la sexualité qu’au nom de l’âge, de la couleur de peau ou du handicap ; c’est poursuivre sans relâche le combat pour faire vivre une école moderne, laïque ouverte à toutes et à tous. C’est, enfin, affirmer avec force la liberté de la pensée et de la recherche.

Cette égalité, ces libertés, Mesdames et Monsieur les ministres, sont menacées. Les cris, les diffamations, les rumeurs et le mépris sont autant de pression sur les étudiants, sur les chercheurs, sur les enseignants isolés par l’absence de soutien audible de votre part (et que dire quand ces chercheurs, ces étudiants, ces parents sont eux-mêmes personnellement concernés par ces attaques ?) Laisser ces voix minoritaires répandre leurs injonctions sans les démentir, c’est une façon de laisser dire. C’est laisser s’installer le doute dans les esprits et l’autocensure dans les pratiques : l’enseignement, la recherche, les relations humaines. C’est laisser le régime de la peur dessiner un nouveau paysage dans notre société.

Défendre cette égalité et ces libertés, Mesdames et Monsieur les ministres, c’est, dans un front commun entre vos quatre ministères, redonner leur sens aux mots, c’est refuser de laisser à certains le pouvoir de changer la langue. Ces libertés, aujourd’hui, passent par l’usage d’un mot, celui qui désigne un outil de la recherche actuelle, depuis plus de quarante ans, dans des champs aussi variés que les humanités, les sciences sociales, les sciences de la vie - ce mot, c’est celui de «genre».

Le genre est une question et non une réponse. C’est un concept que les scientifiques du monde entier utilisent pour étudier les sociétés et analyser la manière dont elles fabriquent la distinction entre les hommes et les femmes et créent, dans les différents champs des pratiques humaines (travail, éducation, santé, sexualité, loisirs, soin aux autres, etc.), des hiérarchies, des inégalités, des injustices. En tant que telle, cette méthode d’investigation n’impose rien, elle ouvre de nouvelles perspectives d’analyse. Parce que le genre est un outil scientifique, sa remise en question, sous l’effet de certaines pressions, n’est pas admissible. Si demain les créationnistes descendent dans la rue, allez-vous proscrire l’usage du terme d’«évolution» dans les manuels scolaires et à l’université ?

Nous attendons de votre part non seulement une position ferme de soutien à la liberté de l’enseignement et de la recherche ainsi qu’un engagement réaffirmé dans la lutte contre les discriminations, mais nous attendons aussi des propositions et des avancées : l’usage assumé par vos services du terme de «genre», de réels moyens pour une meilleure formation des enseignants et des personnels en charge de l’éducation sur les questions de l’égalité, du genre et des sexualités, l’intégration de cours de sensibilisation durant la première année de tous les cursus universitaires (comme cela se fait déjà dans certaines facultés), la création d’une mission égalité au sein de chaque établissement d’éducation, le choix de manuels scolaires où la place des femmes n’est pas minorée et où la diversité des familles et des parcours de vie n’est pas taboue et, avant tout, une condamnation ferme de toutes les intimidations contre les enseignants et les chercheurs.

Mesdames et Monsieur les ministres, aujourd’hui, nous attendons des actes.

(1) La pétition, les Etudes de genre, la Recherche et l’Education : la bonne rencontre, a été ouverte sur le site Petitionpublique.fr le 5 février, après une première tribune relayée par «l’Alsace», le 29 janvier, et plusieurs tribunes universitaires. La pétition nationale est ouverte à toutes et à tous.

Sandra BOEHRINGER Maîtresse de conférences, université de Strasbourg, Estelle FERRARESE Professeure, université de Strasbourg, Sylvie MONCHATRE Maîtresse de conférences, université de Strasbourg , Laurie LAUFER Professeure, université de Paris-VII, Cécile OTTOGALLI Maîtresse de conférences, université de Lyon-I et Muriel SALLE Maîtresse de conférences, université de Lyon-I

 

SOURCE / LIBERATION

Publié dans actualités

Commenter cet article

nivat 01/03/2014 07:16

pourquoi vouloir à tout prix que le genre soit une notion scientifique?
comme si la science mettait à l'abri des dérives idéologiques et des manipulations!