Préservons la planète et les ourangs-outans, pas le Nutella !

Publié le par dan29000

Après avoir été évoquée puis retoquée l’an dernier, la taxe Nutella revient dans les tuyaux parlementaires en cette rentrée 2013. Même si Jean-Marc Ayrault a indiqué lors d’un déplacement en Malaisie qu’il ne comptait pas taxer l’huile de palme, le groupe écologiste au Sénat compte bien revenir à la charge sur le sujet. Si la mesure ne figure pas déjà dans le projet qui lui sera soumis, il amendera le texte d’une nouvelle taxe Nutella.

 

Souvenez-vous. En janvier 2013, la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale avait rejeté  l’amendement destiné à augmenter de 300 % les taxes sur l’huile de palme. Une bonne opération pour les firmes indonésiennes et malaises telles que Sime Derby, si elle réjouit les géants de l’agroalimentaire comme Ferrero, c’est une catastrophe pour les forêts de Bornéo. Des forêts rasées et brûlées par les industriels qui les remplacent par leurs plantations de palmiers à huile. Les graines de ces palmiers donnent une huile végétale bon marché, utilisée dans un tiers de nos produits de consommation courante : du Nutella (d’où le surnom donné à cette taxe) aux biscuits en passant par les chips, nombre de plats préparés et même la mousse à raser. En surtaxant cette huile comme le prévoyait l’amendement, on aurait pu espérer un petit ralentissement de l’invasion de cette huile dans les listes d’ingrédients des recettes agroalimentaires. Et donc un ralentissement de cette déforestation.

La survie gravement menacée

A Bornéo, une parcelle de forêt de la taille d’un terrain de foot disparaît toutes les 15 minutes. Et sur les terres envahies de bulldozers, les animaux qui ne sont pas morts asphyxiés sont tués, capturés pour être revendus sur les marchés ou placés dans des réserves et des zoos de fortune. Ce sont des orangs-outans et des éléphants qui n’ont pas toujours pu aller se réfugier dans d’autres territoires. Sur les nouvelles plantations de palmiers, ils ne pourraient pas survivre, faute d’arbres à fruits et à feuilles comestibles. Et quand ils osent s’aventurent sur leurs anciennes terres, ils sont rapidement capturés ou éliminés. Comme l’explique notre planète info, un orang outan a été récemment retrouvé avec 104 plombs dans le corps. Alors qu’il s’agit d’un animal protégé. Selon de nombreuses organisations comme WWF, cette déforestation massive menace gravement la survie de cette espèce de grands singes, qui ne vivent qu’en Malaisie et en Indonésie. Il n’en resterait plus que 5.000 à l’heure actuelle.

L’huile de palme moins taxée que l’huile d’olive

L’amendement du sénateur socialiste Yves Daudigny visait à augmenter les taxes portées sur l’huile de palme. Le mode actuel de taxation des huiles est très ancien et pénalise notamment l’huile d’olive. Une huile presque deux fois plus taxée que les autres. Or, l’huile de palme n’est pas un cadeau pour nos artères. Elle contient 50% d’acides gras saturés, responsables du cholestérol (presque autant que le beurre). Elle est donc beaucoup plus nocive que l’huile d’olive. Et comme c’est l’huile végétale la moins chère du marché, les industriels en mettent un peu partout. Par exemple, entre 25 et 33 % d’un pot de Nutella est fait d’huile de palme. Une expérience simplissime en vidéo permet de le constater. Avec 300 € de taxe par tonne, comme prévu par l’amendement, le Nutella aurait pris 6 centimes d’euros… par kilo ! De quoi, en effet, faire pousser des cris d’orfraie à son fabricant (sic). L’Italien Ferrero qui s’est empressé de multiplier les communiqués vantant la recette Nutella. En omettant d’indiquer que l’huile de palme a remplacé le beurre de cacao dans les pâtes chocolatées parce que c’est très bon … pour les marges.

Les industriels affirment que l’on ne peut se passer de cette huile car ses caractéristiques physiques sont très pratiques pour leurs petites tambouilles (elle se fige à température ambiante et supporte bien la chaleur). Et ceux qui rétorquent qu’elle pourrait être remplacée par du beurre se heurtent à un argument typiquement industriel et difficile à discuter : une tonne d’huile de palme coûte 592 € alors que celle de beurre émarge à plus de 3.300 €.

Le lobby de la palme

Pendant les quelques semaines qui ont suivi l’adoption de l’amendement du Sénat, les défenseurs de la palme n’ont pas désarmé. Ferrero s’est offert chez Google toutes les entrées de recherche sur « huile de palme » avec une pub. Et s’est payé quelques pages explicatives sur l’importance de l’huile low cost dans le Nutella. Les gouvernements malais et indonésien – dont les industriels livrent 126.000 tonnes de cette huile aux Français chaque année – sont aussi montés au créneau. Les industriels de l’agroalimentaire, ainsi que quelques scientifiques dont l’implication dans le débat laisse songeur, ont affirmé que cette l’huile de palme était indispensable et sans danger pour la santé. En oubliant un peu vite que l’on a fait sans elle durant des décennies : la recette initiale de tas de produits alimentaires n’en contenait vraiment pas (barres chocolatées, céréales, pâtisseries, etc.). L’ajout de cette huile a été fait dans un but commercial et pour gagner plus de fric. En 2011, un jeune étudiant en sciences de Strasbourg s’est mis au défi de vivre un an sans huile de palme comme le raconte Rue 89. Le résultat est frappant. Aujourd’hui, on peut même trouver sur le Net le guide vert d’une consommation sans cette huile.

Mais au-delà de la nocivité de l’huile elle-même, le vrai et grand problème est la déforestation sans contrôle qu’elle engendre et qui menace l’environnement. Pour les grands singes roux et calmes des forêts de Bornéo, ce type d’initiative pour freiner l’utilisation de l’huile de palme est essentiel. Il symbolise le pouvoir des consommateurs à ne pas laisser les industriels leur faire manger et surtout accepter n’importe quoi. Un pouvoir qu’il faut utiliser.

Quant à l’amendement Nutella, il reste à espérer qu’il revienne dans une autre loi, comme l’a promis le parlementaire Gérard Bapt (PS), évoquant un futur projet de loi de santé publique pour traiter des lipides de manière générale. A moins que, soudain pris d’un accès de courage et de lucidité, ses collègues députés ne décident en définitive de le voter d’ici la fin de l’année.

 

SOURCE / unzoodanslatete.fr

Publié dans environnement

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