Prisonniers politiques basques : l'acharnement de l'Etat français

Publié le par dan29000

27/2/2014 Info Solidarité Basque

28 février 2014, 07:00

Infos solidarité basque Lille 27 février 2014 – csblille@aol.com

 

Bonjour,

Ce communiqué, reçu ce jour, confirme la poursuite de l'acharnement répressif de l'Etat français à l'encontre des prisonniers politiques basques, rien ne change pour eux, pas plus en Espagne que de ce côté ..."l'ordre démocratique règne" !

 

 

1/ Pour rappel aussi voilà un extrait du communiqué du 6 février pour la « visite » de Mme Taubira à Bayonne le 15 février, une manifestation de 800 personnes solidaires des prisonniers politiques basques s’est déroulée ce jour là à Bayonne.

 

2/Nous n’oublions pas notre camarade Ibon Fernandez Iradi gravement malade emprisonné à Lannemezan. A ce sujet vous trouverez çi joint une interview d’Ibon ainsi que des extraits d’un article du journal Sud Ouest.

Vous pouvez signer une pétition en suivant ce lien Merci !

 

http://www.petitionpublique.fr/?pi=2014ibon

 

Nous, familles et amis de prisonniers basques, sommes porteurs du témoignage direct de ce qu'ils vivent, et de ce que nous vivons. Notre travail est de diffuser ce témoignage le plus largement possible. 

 

Il y a aujourd'hui 523 prisonniers politiques basques, dont 113 en France. Parmi eux, un certain nombre sont très gravement malades, comme Ibon Fernandez Iradi à la prison de Lannemezan. D'autres condamnés à la perpétuité, comme Jakes Esnal, Jon Kepa Parot, Frederik Haranburu et Mikel Karrera, eux aussi dans des prisons françaises. Et tous sont dispersés, avec toutes les graves conséquences que comporte cette mesure :

·         les morts sur les routes (16 depuis la mise en place de la dispersion !) et les centaines d'accidents

·         les énormes dégâts économiques, physiques et moraux pour les familles

·         les morts en prison (encore trois en moins d'un an avec la mort hier du prisonnier Arkaitz Bellón !)

·         les agressions envers les familles lors des visites à des prisons très éloignées d'Euskal Herria

·         les agressions en prison : situations d'isolement, mauvais traitements, sanctions arbitraires, suivi médical impossible, doit à la défense piétiné, etc…

 

1/ ETXERAT communiqué 27 février 2014

etxerat.ipar.eh@gmail.com

00 33 621 925 748

 

Le prisonnier politique basque Raul Aduna a été agressé au Palais de Justice de Paris et le prisonnier politique basque Ander Mujika est au mitard de la prison de Bourg-en-Bresse depuis 5 semaines

 

·         Dans la confusion de l'agression, il ne se rappelle pas s'il a perdu connaissance ou pas

·         Le prisonnier politique basque Ander Mugika Andonegi se trouve au mitard de la prison de Bourg-en-Bresse depuis 5 semaines

 

HERNANI. Etxerat a appris hier que le prisonnier politique basque de Gasteiz Raul Aduna a été agressé au Palais de Justice de Paris le 8 janvier dernier. Nous souhaitons souligner l'extrême gravité de ces faits. Le récit de Raul Aduna montre une fois encore que les violations de droits sont quotidiennes et le niveau de violence indique clairement la tension que Raul Aduna a dû vivre.

 

D'autre part, Ander Mujika Andonegi "Puxi", originaire de Gros (Donostia) se trouve au mitard de la prison de Bourg-en-Bresse depuis 5 semaines pour protester contre sa situation d'isolement des autres prisonniers politiques basques. Nous rappelons que le mitard est l'un des régimes les plus durs, avec isolement total et des restrictions maximales, une prison dans la prison.

 

Ander Mujika Andonegi se trouve depuis plus d'un an à la prison de Bourg-en-Bresse où il est le seul prisonnier basque. En plus d'être isolé de ses camarades, il se trouve à plus de 900 km d'Euskal Herria. Bien qu'il ait demandé son transfert depuis longtemps, il n'a reçu aucune réponse. Son frère Julen étant également prisonnier en France (Seysses), ils pourraient être placés à proximité.

 

Témoignage de Raul Aduna :

 

Pour aller de la prison de la Santé au Tribunal, il a été placé dans la petite cellule d'un fourgon avec un prisonnier de droit commun. En chemin, il a expliqué à ce dernier que ce n'était pas contre lui mais qu'une fois au Tribunal il refuserait de partager une cellule avec lui. Les surveillants les ont fait sortir du fourgon et, comme il s'y attendait, lui ont ordonné d'entrer dans une cellule avec le prisonnier avec qui il avait fait le voyage. Il a refusé de partager une cellule, et a été placé dans celle d'à côté.

 

Quand la première cellule a été pleine, ils ont ouvert la porte de la cellule de Raul dans l'intention d'y placer un autre prisonnier de droit commun. Raul a commencé à sortir, mais le surveillant a tenté de l'en empêcher en utilisant le prisonnier qu'il tenait devant lui pour le repousser. Il n'a pas réussi et Raul s'est retrouvé dans le couloir. Il a déclaré qu'il refusait de partager sa cellule, que ces cages n'étaient pas faites pour deux personnes, ajoutant qu'ils n'étaient pas des animaux.

 

Le surveillant lui a ordonné de rentrer, ce que Raul a refusé. Ce surveillant montrait depuis le début une attitude agressive et violente. Raul a demandé à parler au chef des surveillants mais l'autre lui a répondu qu'il s'en foutait du "Marseillais" (le chef). Il lui répétait sans cesse qu'il rentrerait dans la cellule qu'il le veuille ou non.

 

Raul ne s'est à aucun moment montré agressif. Il s'est alors assis sur le sol. De la simple résistance passive.

 

Alors qu'il se trouvait par terre, ils lui ont donné quelques coups à la tête et ont fait le geste de lui donner des coups de genou. Un autre surveillant leur a dit de faire attention, qu'il y avait une caméra. La suite est très confuse et Raul a beaucoup de mal à se rappeler le déroulement des événements.

 

À un moment, ils l'ont pris par les jambes et l'ont traîné dans le couloir, dans le sens opposé de celui de la cellule. Il ne sait pas s'ils l'ont attrapé par le cou en le relevant ou si cela s'est produit avant. En tout cas, il a été emmené, tenu par le cou et traîné comme un pantin dans un recoin de ce couloir, en arrière, les bras tirés et la tête cachée entre les épaules, alors qu'ils faisaient le geste de lui donner des coups de poing avec l'autre main. Finalement, il s'est retrouvé immobilisé au sol sans trop savoir comment. Dans cette position, il s'est rendu compte qu'ils l'étouffaient avec la main ou un tissu. Il a aussi reçu au moins deux gros coups à l'arrière de la tête. Il ne se rappelle pas s'il a perdu connaissance, il se rappelle seulement avoir vu le visage du Marseillais et avoir vu ses lèvres bouger mais sans pouvoir comprendre ce qu'il lui disait.

 

Il a été ramené dans la cellule et le chef est venu le voir, lui disant que le surveillant avait des marques de coups donnés par Raul. Celui-ci n'a frappé personne à aucun moment.

 

Par la suite, il a eu une commission disciplinaire en prison et a été condamné à 20 jours de mitard mais avec sursis.

 

2/  INTERVIEW DE IBON FERNANDEZ IRADI

KAZETA.INFO ET GARA

COMMENT ALLEZ-VOUS ? QUELLE EST VOTRE ÉTAT DE SANTÉ ?

 

Comme vous devez le savoir, une sclérose en plaques m’a été diagnostiquée, et en ce moment, je subis les conséquences de cette maladie.

 

Je ne vais pas nier que pâtir de cette situation en prison est difficile, surtout en raison des symptômes de cette maladie, mais aucune maladie n’est facile à soigner en prison. La prison n’est pas un lieu approprié pour une guérison. Pour moi et mon entourage, ce n’est pas une situation facile, elle génère une grande impuissance.

Depuis que cette maladie s’est déclarée (janvier 2011), j’ai eu trois grosses crises. Dans mon cas, la maladie s’est déclarée de manière très violente, lors de deux de ces crises, je me suis retrouvé en fauteuil roulant, impossible de me déplacer.

 

Aujourd’hui, la maladie se développe de différentesmanières, et du coup les symptômes dont je souffre sont différents. Pour résumé, je ressens de très fortes douleurs sur tout le côté gauche de mon corps, et puis je ne sens plus mes deux jambes, ainsi que certaines parties de mon visage. J’ai des fourmillements.

J’ai d’autres symptômes, des acouphènes qui m’empêchent de dormir correctement, des tremblements intérieurs à mon corps…

 

Pour finir, je ressens une très grande fatigue physique, alors que je ne fais rien de la journée, je termine celle-ci exténué. Et bien sûr, tout cela est accompagné pour une fatigue psychologique et d’un grand stress.

 

QUEL SORTE DE TRAITEMENT MÉDICAL RECEVEZ-VOUS EN PRISON ? COMMENT ÊTES-VOUS TRAITÉ ?

 

Comme je l’ai déjà souligné, la prison n’offre en aucun cas, les conditions nécessaires pour se soigner correctement. Pour vous donner un exemple, une personne qui souffre de sclérose en plaques comme moi, est censée voir, consulter un neurologue tous les 6 mois. En revanche, moi, cela fait plus d’un an que je n’ai pu voir un neurologue ; et encore la dernière fois que nous nous sommes parlés, cela s’est fait pas vidéo conférence, et il n’a donc pas eu l’occasion de m’ausculter directement. La prochaine fois, cela se passera de la même manière. Voilà l’une des conséquences du fait d’être malade en prison

De plus, dans mon cas, la sclérose en plaques est liée à mon appareil digestif (les crises apparaissent après avoir contracté des gastro-entérites), et il est évident que la nourriture de la prison n’est absolument pas appropriée. Les prisons sont généralement des nids à microbes, et à infections. Comme je viens de le dire, ma sclérose en plaques fait suite à une gastro-entérite que de nombreux prisonniers avaient attrapée.

Pour bien soigner cette maladie, il faut pouvoir consulter de façon régulière différents spécialistes, de suivre un programme de rééducation de façon suivie…mais en prison tout cela est impossible.

Pour ce qui est du traitement, je reçois un traitement ordinaire en cas de sclérose en plaques (Interféron), mais en prison tout est plus compliqué, tout est plus difficile, et ce traitement que j’aurais du commencé de manière immédiate, a démarré que 6 mois après le diagnostic.

Il faut souligner, que la sclérose en plaques est une maladie incurable, et que le traitement ne guérit pas la maladie, il en limite les effets.

 

Où EN EST VOTRE DOSSIER DE LIBÉRATION EN RAISON DE VOTRE ÉTAT DE SANTÉ ? Où EN EST LA PROCÉDURE ?

 

La demande de suspension de condamnation (donc ma libération) a été faite l’année dernière au mois de mars. Il semble donc que nous nous trouvons devant une longue procédure. Lors de la première phase de cette procédure, 2 experts médicaux sont venus me rendre visite, pour décider si ma situation était compatible avec mon incarcération.

Ces 2 experts sont passés, le premier a remis son rapport, mais je suis toujours en attente du rapport du second.

 

COMMENT VOUS DÉFINIRIEZ L’ATTITUDE DU GOUVERNEMENT FRANçAIS PAR RAPPORT AUX PRISONNIERS MALADES ?

 

Jusqu’à maintenant, son attitude a été négative, le gouvernement ne nous a pas aidé, au contraire, ils ont rendu les choses plus difficiles encore.

Pour nous, les prisonniers politiques basques, l’administration pénitentiaire nous a collé l’étiquette DPS (“détenu particulièrement surveillé”). Et nous sommes traités de cette manière, cela est une décision purement politique.

En raison de cette qualification, ils déploient de très grandes mesures de sécurité, vraiment incroyables, soit pour nous amener consulter à l’hôpital, soit pour qu’une médecin vienne nous voir.

Ainsi, lorsque nous nous rendons à une consultation extérieure, nous sommes accompagné par une armée de policiers armés jusqu’aux dents, les mains et les pieds entravés. Dans ces conditions, les médecins qui nous reçoivent n’ont qu’une seule envie : en finir le plus vite possible. C’est d’ailleurs pour cela, que dans mon cas, les consultations se font par vidéo conférence, plutôt que de m’emmener à une consultation.

Ce statut dont nous inflige le gouvernement (DPS), empêche vraiment avoir une consultation médicale digne de ce nom.

Donc la prise en charge médicale des prisonniers malades est donc entravée de façon claire et ce par une décision du gouvernement.

LA MARCHE VERS LANNEMEZAN A ÉTÉ FAITE EN SOLIDARITÉ DES PRISONNIERS POLITIQUES BASQUES INCARCÉRÉS DANS CETTE PRISON, ET SURTOUT EN SOUTIEN À FRÉDÉRICK HARANBURU ET ENVERS VOUS. COMME AVEZ-VOUS VECU CETTE MOBILISATION ?

Nous étions plein d’illusion, ce genre de mobilisation sont des bouffées d’air frais pour nous qui sommes dedans. Toute la journée, nous sommes restés attentifs à tous les bruits qui venaient de l’extérieur, car nous voulions entendre tous les cris et sons. Il est évident nous nous sommes réjouis de savoir que cette marche s’était très bien déroulée, qu’elle avait connu un large succès. Merci et gros musu à tous ceux qui sont venus ici ce jour-là.

 

 

Extrait d’un article du journal Sud Ouest du 13 février 2014 :

Deux experts estiment son état de santé incompatible avec une incarcération.

 

La loi « Kouchner »

C'est à cette date, (en 2010) alors qu'il était provisoirement incarcéré en Espagne, que les premiers symptômes de la maladie sont apparus. Mais la sclérose en plaque n'a formellement été diagnostiquée qu'un an plus tard. Depuis, l'état de santé du prisonnier, âgé de 42 ans, ne cesse de se dégrader avec, parfois, des périodes d'amélioration.

« Susper », emprisonné depuis 2003, purge actuellement la période de vingt années de sûreté pendant laquelle il ne peut légalement obtenir de remise de peine. C'est donc vers l'application de la loi « Kouchner » qui prévoit, dans les cas extrême de pathologie grave, une suspension de la peine, que l'ancien etarra et son conseiller, Me Paulus-Basurco, ont décidé de se tourner. Les démarches ont été entreprises il y a un an.

 

C'est dans ce cadre que deux médecins experts ont examiné le prisonnier à la demande du juge d'application des peines. Ils ont conclu à une incompatibilité entre l'état de santé de « Susper » et la poursuite de son emprisonnement.

 

Cette suspension de peine - une décision provisoire réévaluée tous les six mois - devrait être débattue dans les prochaines semaines devant le tribunal d'application des peines.

Etxera, le collectif des familles de prisonniers, et 75 membres du corps médical, ont lancé un appel pour l'application de la suspension de peine. Pour eux, elle serait, « à n'en pas douter, une mesure de justice respectueuse de l'esprit dans lequel la loi de mars 2002 a été votée par le Parlement, ainsi qu'un acte en accord avec la séquence historique que vit le Pays basque ». Allusion au processus de paix. Une pétition en ligne a également été lancée..

 

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