Fixer le ciel au mur, de Tieri Briet, aux éditions du Rouergue

Publié le par dan29000

Il y a des livres épais qui nous donnent une impression de vide à la fin de la lecture. Trop de pages pour rien. Une sorte de vacuité littéraire. Et d'autres, qui sont brefs, peu de pages mais beaucoup d'idées, d'impressions, de lumières, de portraits, de situations, d'espoirs et de rêves, beaucoup de sensibilité et d'humanité...

 

Fixer le ciel au mur, de Tieri Briet, est de cette catégorie rare...

 

Rien que le titre.

 

Déjà accrochant nos yeux et notre esprit avant d'accrocher notre cœur.

 

Avouons-le, je ne connaissais pas cet auteur et pourtant, en tant qu'ancien libraire, et actuellement bibliothécaire, c'est mon métier de connaître des auteurs. Tieri Briet était juste un de mes amis sur Facebook. Nous avions en commun une cause, à distance, celle de la défense des Roms. C'est ainsi que j'appris la parution de son livre.

 

Avant de créer sa maison d'édition de livres pour la jeunesse où il publia deux titres, il fut peintre, scénariste ou encore scaphandrier et veilleur de nuit... Il est aussi l'auteur d'un premier récit Primitifs en position d'entraver en 2007.

 

Le livre s'ouvre sur un premier chapitre-chanson : Nino Ferrer, peut-être sa plus belle : Le sud. On est en été, entre Arles et Nîmes, direction l'hôpital. Où le narrateur accompagne sa fille Leàn, anorexique. Et le récit commence, récit de deux vies. Le père qui ne peut rendre visite à sa fille. Qui donc lui écrit des lettres, qui parle d'elle, de son enfance. Il lui raconte des histoires, des histoires qui font reculer la maladie et donc la mort. Avec une rare puissance évocatrice, le narrateur nous parle aussi de deux grandes figures de femmes écrivaines, l'une célèbre, Hanna Arendt, l'autre presque inconnue, Musine Kokalari, emprisonnée durant quinze ans sous la dictature albanaise. Deux femmes, deux destins, deux voix de la littérature de résistance.

 

En quatorze mouvements-chansons (de Miossec à Noir Désir, de Camille à Ridan, en passant par Arno ou Tricky) Tieri Briet nous offre un livre magique, plein de paysages et de figures, évoquant avec pudeur et justesse sa vie d'homme, d'homme qui aime, d'homme qui lutte, pour les Roms (préparant un "Livre noir des persécutions"). En dessinant avec brio, le portrait de Leàn, il dessine aussi son portrait, portraits de poésie et de vent, de littérature et de musiques, d'évocations aussi. De Valérie Valère décédée à 21 ans, ou de la fameuse histoire portée à l'écran par un cinéaste magique nommé Truffaut, celle de Victor, l'enfant-sauvage de l'Aveyron.

 

Dans une sorte de poème voyageur, l'auteur nous propose des mots, ceux des SMS ou des lettres, des petits carnets, des écrivains ou ceux des chansons populaires, comme ceux de l'immense Billie Holiday "I'm a fool to want you", de ces mots qui ouvrent les portes, des mots qui soignent, qui réconfortent, qui évadent, qui élèvent... Puissance magique du verbe...

 

Difficile de ne pas lire d'une traite ce récit fascinant.

Un livre en état d'apesanteur qui envoute le lecteur dès la première page.

Un livre enraciné dans la vie, dans la littérature, un livre qui nous touche au plus profond, et durablement. Tout le contraire d'une certaine littérature actuelle.

 

Lire Fixer le ciel au mur est salutaire.

Un tel livre est rare... Et pourtant nous en lisons beaucoup, et depuis longtemps...

 

Dan29000

 

Fixer le ciel au mur

Tieri Briet

la brune au rouergue

Editions du Rouergue

2014 / 144 p / 15,30 euros

 

 

 

Publié dans lectures

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ROSEN 30/05/2014 11:33

merci pour ce commentaire où les mots justes nous donnent la main.J'ai lu le livre toute une nuit avec tendresse et gourmandise, je le relierai en chansons..RoseNmari Fontvieille