Michel Platini, l'autre nom de l'arrogance, du mépris et de l'obscénité !

Publié le par dan29000

Michel Platini demande aux Brésiliens de se calmer : des propos arrogants et méprisants

 

LE PLUS. Vendredi 25 avril, Michel Platini le président de l'UEFA, a appelé les Brésiliens à attendre la fin de la Coupe du monde pour laisser éclater leur colère. Entre corruption et pauvreté, le pays connaît une crise sociale bien éloignée des fastes de la Coupe du monde. Comment Michel Platini a pu tenir de tels propos ? Est-il complètement déconnecté de la réalité ? Notre contributeur Giuseppe Di Bella s'insurge.

Édité par Mathilde Fenestraz 

 

Alors que la prochaine Coupe du monde de football doit se dérouler au Brésil, du 12 juin au 13 juillet, le pays est le théâtre de nombreux mouvements sociaux de grande envergure. Ils risqueraient bien de troubler la grande fête du ballon rond tant attendus par des millions d’afficionados

 

Le football, une religion

 

Le président de l’UEFA (Union des associations européennes de football), Michel Platini, s’est illustré, vendredi, par une hallucinante sortie médiatique, arrogante et méprisante, qui suscite de vives critiques :

 

"Le Brésil, faites un effort pendant un mois, calmez-vous ! Rendez hommage à cette belle Coupe du monde. On a été au Brésil pour leur faire plaisir. C’est comme si les musulmans allaient à la Mecque, les chrétiens à Rome et les juifs à Jérusalem. C’est exactement ça d’aller à la Coupe du monde au Brésil et c’est pour ça que tout le monde s’en fait une joie.

 

Eh bien les Brésiliens, il faut qu’ils se mettent dans l’idée de recevoir les touristes du monde entier et que pendant un mois, ils fassent une trêve. Pas des confiseurs, mais qu’ils fassent une trêve. Il faut dire aux Brésiliens qu’ils ont la Coupe du monde et qu’ils sont là pour montrer la beauté de leur pays et leur passion pour leur football. S’ils peuvent attendre au moins un mois avant de faire des éclats sociaux, ça serait bien pour l’ensemble du Brésil et la planète football."

 

Pour le "Dieu" Platini, le football est donc une religion et la Coupe du monde est son pèlerinage que rien ne doit venir troubler. Pour le bien-être de ses fidèles les plus fortunés.

 

Le peuple peut attendre

 

Il semble être complètement déconnecté de la réalité. De nombreux Brésiliens vivent dans des conditions extrêmement difficiles : chômage, précarité, inflation, baisse du pouvoir d’achat. Cela n’a aucune importance pour lui. Après tout, le peuple peut bien attendre. Ils veulent du pain ? Qu’on leur donne des jeux !

 

Les Brésiliens n’ont plus le cœur à faire la fête depuis longtemps. D’ailleurs, la plupart suivront la Coupe du monde à la télévision, comme le reste de la planète. Seuls quelques privilégiés et les étrangers ont les moyens financiers d’assister aux matches dans les stades.

 

Leur demander d’attendre la fin de la Coupe du monde pour manifester leur mécontentement, c’est complètement ridicule et indécent. Sans compter qu’ils en ont gros sur le cœur car elle leur coûte déjà très chère cette fameuse fête mondiale du football : plus de dix milliards d’euros. Et la facture risque encore de s’alourdir.

 

Platini n'est plus ce footballeur adulé

 

C’est justement pendant un tel évènement qu’ils doivent multiplier leurs actions et montrer au monde la triste réalité qui se cache derrière un décor en carton-pâte destiné à cacher la véritable misère de tout un pays.

 

Michel Platini est devenu un homme de pouvoir. Il est bien loin le souvenir du footballeur adulé qui a tant fait rêver le monde entier, qui a tant fait vibrer les Français. Il n’a plus les pieds sur terre.

 

Son rêve est de devenir le maître tout puissant de la Fifa et de diriger le football au niveau mondial. L’Europe ne lui suffit plus. Il lui en faut plus. Il a la folie des grandeurs. Et il est prêt à tout pour y parvenir. Quel constat amer…

 

SOURCE / leplus.nouvelobs.com

 

========================================================

Platini recommande aux Brésiliens d’augmenter les doses d’opium

La référence au football comme nouvel "opium du peuple" ou illustration de l'antique "Du pain et des jeux" n'a rien de nouveau, et elle a malheureusement conduit de nombreux intellectuels à expédier la question de ce sport, en tant que culture populaire recelant richesses et complexité, sous ce seul prisme idéologique. Pour autant, l'évidence est bien que c'est ainsi qu'il a été constamment instrumentalisé par les différents pouvoirs politiques tout au long de son histoire, réunissant dans cette exploitation toutes sortes de régimes, des plus démocratiques aux moins fréquentables. Il l'a aussi été, parallèlement et pas de manière anodine, par les pouvoirs sportifs eux-mêmes, associés aux premiers. L'histoire des Coupes du monde illustre particulièrement cette association, depuis l'édition mussolinienne de 1934 jusqu'à celles prévues en 2018 en Russie et en 2022 au Qatar (lire "La Coupe du monde au plus offrant"), en passant par celle de 1978 dans l'Argentine de la junte militaire.

Le paradoxe est que les organes du football international se dédouanent de tels choix en arguant du caractère non politique du sport, qui devrait en quelque sorte être protégé, sanctuarisé… non pas contre les déterminants de ces choix, qui sont évidemment politiques au sens où ils relèvent de stratégies d'expansion et d'alliances très réfléchies, mais contre les critiques disqualifiées comme "idéologiques" et contre toute tentative d'intrusion des problématiques sociales et politiques dans l'enceinte sportive (sur la prohibition du politique, lire la dernière partie de cet article).

Bande-annonce de beIN Sport pour la Coupe du monde 2014

Bande-annonce de beIN Sport pour la Coupe du monde 2014

"LE BRÉSIL, FAITES UN EFFORT PENDANT UN MOIS, CALMEZ-VOUS !"

Élevées au rang de superpuissances géopolitiques, mais aussi économiques, peu contrôlées et fort peu démocratiques, les confédérations du football ont adopté des comportements autocratiques, quand elles ne sont pas, comme la FIFA, des foyers de corruption où les affaires éclatent sans faire tomber leurs hauts dirigeants. Ponctuellement, ces derniers trahissent leur vision du monde quand, malgré tout, les critiques se font plus pressantes ou quand le social fait irruption, à l'image des mouvements sociaux de l'an dernier au Brésil dans la perspective de la Coupe du monde, qui se sont prolongés jusqu'à aujourd'hui au travers d'autres manifestations ou d'émeutes. La compétition approchant et les protestations ne s'apaisant pas, menaçant de "ternir la fête", Michel Platini, président de l'UEFA et candidat à la présidence de la FIFA, s'est fendue d'une déclaration aussi consternante que possible:

"Le Brésil, faites un effort pendant un mois, calmez-vous ! Rendez hommage à cette belle Coupe du monde. On a été au Brésil pour leur faire plaisir. J’avais dit la dernière fois, on va au Brésil, c’est comme si les Musulmans allaient à la Mecque, les Chrétiens à Rome et les Juifs à Jérusalem. C’est exactement ça, d’aller à la Coupe du monde au Brésil. C’est pour ça que tout le monde se fait une joie d’aller à la Coupe du monde au Brésil. Eh bien les Brésiliens, il faut qu’ils se mettent dans l’idée de recevoir les touristes du monde entier et que pendant un mois, ils fassent la trêve. Pas des confiseurs, mais qu’ils fassent une trêve. Il faut dire aux Brésiliens qu’ils ont la Coupe du monde et qu’ils sont là pour montrer la beauté de leur pays et leur passion pour leur football."

L'OBSCÉNITÉ D'UNE COUPE DU MONDE

Mélange d'inconscience, de condescendance et de cynisme dans des proportions respectives difficiles à déterminer, cette déclaration – qui mérite à peine d'être interprétée tant elle est parlante – traduit l'irritation d'un cacique qui se demande ce qu'il faudrait de plus au peuple brésilien, cet ingrat, pour rentrer dans le rang et être conforme aux clichés auxquels on l'assigne (la fête et le football), ou au moins pour attendre que la caravane soit passée pour exprimer ses revendications. Ces paroles disent ainsi l'indifférence des gouvernants du football pour le sort des populations concernées, et leur volonté de ne pas les entendre exprimer l'obscénité que peut représenter le coût de l'organisation d'une Coupe du monde dans un pays où la pauvreté et les inégalités déchirent déjà le tissu social.

Aussi n'est-il pas étonnant de les voir exprimer leur préférence pour des nations dans lesquelles la contestation a moins de chances de les contrarier. Jérôme Valcke, secrétaire général de la FIFA avait en avril 2013 justifié ainsi l’attribution de la Coupe du monde 2018 à la Russie de Vladimir Poutine: "Un moindre niveau de démocratie est parfois préférable pour organiser une Coupe du monde". Son président Sepp Blatter, probable candidat à un cinquième mandat en 2015, avait pour sa part estimé que le Mundial 1978 avait marqué "une forme de réconciliation du public, du peuple argentin, avec le système politique, qui était à l’époque un système militaire". Voilà qui résumait assez bien les affinités entre la gouvernance de la confédération mondiale et les gouvernements totalitaires.

LE FOOTBALL NE FAIT PLUS ILLUSION

Les bienfaits moraux et les bénéfices économiques présumés de l'organisation des grands événements sportifs font de plus en plus doute, tout comme la priorité accordée par les États à des investissements somptuaires dans des infrastructures qui creusent les déficits publics (lire "Le Portugal, pas encore sorti de l'Euro"). Transformées en gigantesques Barnum, en machines à profits par ceux qui en délèguent l'organisation, ces compétitions mondiales aggravent la contradiction entre l'humanisme de leurs discours – proclamé dans de grandes campagnes de communication creuses – et la réalité d'une exploitation mercantile qui démontre régulièrement son intolérance pour les expressions démocratiques.

Le football peut encore faire efficacement diversion, mais il fait de moins en moins illusion. Quel que soit son pouvoir narcoleptique, au-delà d'un certain seuil il ne suffit pas à anesthésier les souffrances et les injustices au milieu desquelles il plante son chapiteau, ni à masquer le caractère de plus en plus obscène de sa propre prospérité. Peut-être qu'en juin prochain, tout "rentrera dans l'ordre" au Brésil, conformément aux vœux de Michel Platini, des sponsors et des diffuseurs. Mais il n'est pas encore exclu que cette Coupe du monde devienne l'occasion, sinon d'une révolte sociale et politique décisive pour le Brésil, au moins d'une profonde remise en cause de ce qu'est devenu cet événement planétaire. Le football gagnerait, au prix d'une décroissance qui n'appauvrirait personne, à redevenir le jeu qu'il prétend être.

 

SOURCE / latta.blog.lemonde.fr

Publié dans actualités

Commenter cet article