Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Nous sommes un manifeste, par les salariés de Libération

Publié le par dan29000

NOUS SOMMES UN JOURNAL

 

A la veille d’un changement d’actionnariat, les salariés réaffirment les valeurs, les ambitions et la raison d’être de «Libération».

 

Sur le fil, dans l’urgence et en plein foutoir, c’est le rythme de Libération depuis sa naissance. Le fil, c’est celui sur lequel nous oscillons depuis 1973 : un coup on penche à gauche, un coup on mollit ; un coup un éclair nous porte vers des unes éclatantes, un coup il nous aveugle. L’urgence, c’est celle du quotidien, d’une équipe possédée mais qui s’est parfois laissé déposséder. Le foutoir, c’est celui qui agite chaque jour Libération et qui aboutit chaque jour comme par miracle à la publication du journal en ligne, en kiosques et dans les boîtes aux lettres. Et, depuis six mois, Libération revit ses quarante premières années en accéléré : le fil s’est brusquement détendu, l’urgence est au bout du mois, au bout de la semaine, au bout de la journée ; bref, le foutoir. A la veille de se lancer dans une autre histoire, Libération doit se faire entendre. Dire ce qu’il veut, ce qu’il se rêve, ce qu’il doit s’attacher à devenir, et proclamer ses idéaux qui ne sont pas satisfaits aujourd’hui. Nous sommes un journal. Nous n’avons plus rien à perdre que Libération et ça, ce n’est pas négociable.

 

Nous sommes «une embuscade dans la jungle de l’information»

Ainsi s’achevait le manifeste de 1973 signant la naissance de Libération. Quarante ans plus tard, au temps de l’infobésité, de l’info instantanée qui émiette et dissout, de l’infotainment, de la communication, du marketing partout et tout le temps, nous devons plus que jamais être une embuscade : l’étonnant, le détonnant, l’aiguillon, le piquant, l’ironique, le moqueur, l’empêcheur de tourner en rond, le grain de sable qui grippe la machine médiatique. Nous devons être une embuscade et être en embuscade partout, dans le monde, dans les régions avec nos correspondants, et dans toutes nos éditions : qu’elles soient de papier, numériques, vidéo, réseaux sociaux, forums, livres, lieux de rencontres avec nos lecteurs. Nous devons être en embuscade et débusquer l’information qui ne passe pas les digues médiatiques, la réalité derrière l’information majoritaire, l’alternative derrière l’idéologie du réalisme, car non, ce n’est pas «comme ça», et si, on a le choix.

 

Nous sommes des journalistes

Nous sommes des journalistes et nous sommes, reprenant la notion du fondateur de Libération, Jean-Paul Sartre, «engagés». Nous sommes des journalistes et nous devons tout remettre en question, à commencer par notre travail et le cadre dans lequel nous l’exerçons. Nous sommes des journalistes et nous pouvons nous tromper, alors nous devons l’écrire. Nous sommes des journalistes et nous avons des règles professionnelles, nous devons à nos lecteurs la transparence sur les conditions de production des articles, des reportages et des enquêtes, conformément à la charte déontologique de Libération. Tout article, photo, vidéo, chat, forum, livre publié sous notre logo - et toute déclinaison de celui-ci - ne doit jamais être motivé par autre chose que la nécessité d’informer justement et avec un regard critique, que son sujet soit futile ou crucial. Il ne doit jamais servir, même indirectement, les intérêts d’une marque ou d’une institution.

 

Nous sommes de gauche

Nous ne croyons pas que tous les problèmes puissent être résolus par la compétition libre et le marché, sous l’horizon de la loi du plus fort. Nous ne nous résignons pas au raisonnable. Parce que nous nous indignons des inégalités, du chômage, des injustices, des abus de pouvoir, des baronnies petites et grandes, des violations du droit et des violences, nous n’avons de cesse de les révéler. En ce sens, nous sommes attentifs à tout ce qui advient dans la société réelle, nous voulons interroger et écrire la vie telle qu’elle est. Notre rédaction doit incarner la diversité et le pluralisme des valeurs liées au journal. Nous croyons à l’apport social et politique de l’éducation, de la création, de l’imagination, de l’humour et de la culture. Contre la réaction, les conservatismes, nous resterons fidèles à notre nom : Libération.

 

Nous sommes nos lecteurs

Nous vivons par et pour nos lecteurs : nous en recueillons et publions régulièrement la parole, les critiques, les contributions. Ils sont une fenêtre ouverte sur la vie réelle. La Société des lecteurs doit participer activement à l’élaboration de notre modèle éditorial et économique actuel et à venir. Notre principale source de revenus doit être le financement direct, individuel ou collectif, des lecteurs. D’autres (publicitaires, sponsoring, diversification commerciale, etc.) peuvent la compléter, mais elles ne peuvent jamais ni dominer ni orienter nos choix éditoriaux.

 

Nous sommes indépendants

Nous ne sommes inféodés à aucun parti, aucune puissance idéologique, économique, culturelle ou religieuse. Nous devons nous affranchir des sources institutionnelles, des agendas et des stratégies de communication, des éléments de langage. Nous ne les ignorons pas : nous démontons leurs ressorts et leurs finalités. De même, nous sommes indépendants de nos actionnaires. Tout au long de l’histoire de Libération, il y a eu un compagnonnage en bonne intelligence entre rédaction et actionnaires. Ce compagnonnage est garanti par une représentation des salariés dans les plus hautes instances de décision de Libération, par la transparence à deux sens entre salariés et actionnaires, notamment sur leur identité et la nature de leur apport à Libération, par le droit spécifique accordé aux salariés de pouvoir voter sur le nom de son (sa) directeur(trice) de la rédaction. Parce que nous sommes un journal.

Par Les salariés de «Libération»

 

SOURCE / LIBERATION.FR

Publié dans lectures

Commenter cet article