Palestine : les sionistes, les vrais terroristes de la région

Publié le par dan29000

Palestine : il y avait plein d’arbres, il ne reste qu’un terrain vague

Franck

 

Les terre de la famille Nassar avant (DR)

 

Il était aux environs de 7 heures du matin quand ils sont arrivés, à peine 9 heures quand ils sont repartis, selon des témoignages des bergers de Nahalin, un village de Palestine situé au sud de Bethléem.

« Ils », ce sont des soldats de l’armée israélienne au volant de plusieurs bulldozers qui ont détruit lundi 19 mai près de 1 500 arbres fruitiers dans une vallée appartenant à la famille Nassar.

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Making of
L’auteur de ce témoignage, qui ne souhaite pas donner son nom pour éviter d’être retenu un jour à la frontière israélienne, est volontaire pour l’association Tent of Nations en Palestine. Il travaille actuellement dans une ferme pédagogique sur des terres situées en zone C et entourées de colonies israéliennes. La famille avait constamment peur d’une éventuelle confiscation. Il nous a écrit le lendemain des faits, dont nous avons vérifié l’authenticité. Rue89
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Ce matin-là, on s’est levés comme chaque jour aux alentours de 7 heures. Comme chaque jour, on est ensuite partis ramasser du blé dans un champ, avec les autres volontaires de la ferme.

Puis Daher Nassar, l’un des propriétaires, est arrivé comme chaque matin, nous a salués, avant de descendre dans la vallée : quelqu’un l’avait appelé et il était inquiet, des soldats israéliens avaient été vus dans ses champs.

Quelques minutes plus tard, il est revenu au pas de course. Ça n’est pas dans les habitudes de Daher de marcher au pas de course. La soixantaine, le pas traînant, il a le sourire permanent même s’il lui manque quelques dents. Il a observé avec désarroi ces dix dernières années son horizon changer avec l’installation de cinq colonies israéliennes autour de Nahalin. Pourtant, chaque jour, sans relâche, il arpente une partie de ses 40 hectares de terres, seul ou accompagné d’un groupe de touristes auxquels il conte avec enthousiasme l’histoire de la ferme familiale.

« Qui sont les terroristes, là, à votre avis ? »

Alors ce matin-là, quand Daher est arrivé en trombe en criant : « Ils ont tout coupé, ils ont tout coupé », on a compris que quelque chose d’important était arrivé. Nos appareils photo à l’épaule, on est descendus en van dans la vallée, avec une autre volontaire et la mère de Daher, Melada. Il y avait déjà du monde sur le chemin de terre que le van peinait à emprunter.

Puis on est arrivés dans son champ et on a vu. On a compris. Ils avaient tout coupé. Là où se trouvaient auparavant des centaines d’arbres déjà remplis de fruits mûrissant lentement, il n’y avait plus qu’un immense terrain vague de terre et de cailloux, sillonné de traces de pneus. Ils avaient fait d’immenses trous dans le sol, dans lesquels ils ont enfoui une partie des arbres déracinés. Après quoi les trous ont été rebouchés pour ne pas laisser de traces. En guise de vestiges, il y avait des troncs, quelques branches qui trainaient, des petites pommes écrasées tombées au sol.

Les terres de la famille Nassar après le passage des soldats israéliens (DR)

 

Daher et Melada se tenaient là, désemparés. Des hommes du village sont arrivés, des médias locaux, des associations. On se tenait tous là, silencieux. Un des hommes nous a lancé, en anglais :

« On dit de nous que nous sommes terroristes ! Mais qui sont les terroristes, là, à votre avis ? »

« Deux heures. Il leur a fallu deux heures pour ruiner des années de travail », a lancé l’avocat de la famille Nassar, déjà présent sur les lieux :

« Et quand nous, on demande quelque chose à l’Etat israélien, il faut parfois un an pour qu’on l’obtienne ! »

« Ces arbres, je les ai vus grandir »

On leur a demandé pourquoi, pourquoi on leur avait fait ça. Ils ne savaient pas. Personne ne savait. On ne sait jamais vraiment, ici. Ces choses-là arrivent, sans prévenir, sans que personne ne comprenne. Sans que personne ne puisse rien faire, que regarder Melada, une branche d’amandier entre les mains et les larmes aux yeux, lancer du haut de ses 80 ans face à la caméra d’une chaine de télévision locale :

« Mais c’est notre terre, ce sont nos arbres ! Pourquoi, pourquoi ont-ils fait ça ? »

Plus tard, Daher m’explique :

« On était là avant eux ! Israël est ici depuis 1967. Ma famille, elle, cultive ces terres depuis l’époque de mes grands-parents, en 1916. »

Treize ans de travail acharné dans cette vallée fertile qui permettait à la famille de récolter chaque année des raisins, des amandes, des olives, de produire de l’huile, de faire des confitures puis de vendre tout ça et d’en dégager un petit profit. « Il n’y aura pas de récolte cette année , » m’a dit Daher quelques jours plus tard, en secouant la tête :

« Pas de confitures, pas d’huile d’olive, rien ! Ces arbres, ils nous ont donné du travail, je les ai vus grandir. C’est ça qui me fait mal. S’ils veulent prendre la terre, qu’ils la prennent. Mais abattre des arbres comme ça… Ce qu’ils ont fait, c’est contraire à toutes les religions. »

En une semaine, l’équilibre de la petite ferme a été rompu, les journées tranquilles sont ponctuées de visites de journalistes et d’amis de la famille venus constater l’ampleur des dégâts et apporter leur soutien. Les téléphones sonnent en permanence, Daher est constamment sollicité, mais il faut continuer, continuer de s’occuper de la ferme et des arbres plantés récemment, qui remplaceront d’ici une dizaine d’années ceux perdus.

Les journées sont longues pour tout le monde, désormais. Parce que même si cette ferme n’est pas la nôtre, on ne peut pas baisser les bras, on ne peut pas les laisser comme ça.

 

 

Publié dans Monde arabe - Israël

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