On a grèvé, un film de Denis Gheerbrant, en salles

Publié le par dan29000

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20 septembre 2014 par Correspondant


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En mars 2012, les femmes de chambre des hôtels Campanile et Première Classe du Pont-de-Suresnes, en banlieue parisienne, se mettent en grève pour exiger de meilleures conditions de travail, et notamment la fin du travail à la tâche, qui leur impose des horaires extensibles sans contrepartie financières, horaires qui empêchent ces femmes de s’occuper correctement de leurs enfants et de mener une vie de famille à peu près normale.
 

A l’appel du syndicat CGT des Hôtels de prestige et économiques et du syndicat CNT du Nettoyage (qui devait quelques mois plus tard adhérer à la CNT Solidarité Ouvrière), c’est une grève de vingt-huit jours, finalement victorieuse, qui va se dérouler sous l’œil et la caméra de Denis Gheerbrant, célèbre réalisateur de films documentaires. Le résultat est à la mesure de ce que fut cette grève : un véritable succès.

Car Denis Gheerbrant, qui a suivi le conflit du premier au dernier jour, a réussi le double pari de donner à voir fidèlement le quotidien d’un piquet de grève et de réaliser un très beau film documentaire.

C’est qu’il sait y faire, le bougre ! S’installer au milieu des grévistes, discuter avec elles, avec les syndicalistes de la CGT et de la CNT, écouter, plaisanter, partager le plat de riz à la sauce rouge, puis, de temps à autre, sortir la caméra et capter un moment de joie, de danse, une altercation avec des jaunes ou la tête à claques d’un cadre engoncé dans son costume.

Denis Gheerbrant a tourné tout seul, sans équipe, sans ingénieur du son, ce qui lui a permis de se fondre dans le groupe, d’en capter les énergies, les sourires, les complicités et même, parfois, les inévitables moments de lassitude lorsque la grève s’éternise, que les fonds déjà maigres s’épuisent et que la direction ne veut toujours pas négocier.

Les scènes de vie collective alternent avec des entretiens personnels, toujours réalisés au milieu du groupe, refusant ainsi une séparation artificielle qui aurait autant nui à la cohésion des grévistes qu’à la qualité de la parole. Ces femmes de chambre évoquent leurs enfants (souvent nombreux), le départ du pays (« pour l’aventure »), les difficultés du logement, les salaires de misère, le racisme, la déconsidération au quotidien, sans que jamais la barrière de l’intime ne soit franchie, sans que jamais le spectateur ne se trouve mis en position de voyeur. Bien au contraire, à l’instar du réalisateur lui-même, il est entraîné à partager le quotidien de ce piquet de grève, saisi par la beauté de ces femmes, de leurs visages en gros plan, de leurs gestes, de leurs danses, de leur pudeur aussi. L’art du cinéaste nous enseigne qu’une lutte peut être victorieuse pour peu qu’elle soit bien préparée, bien organisée, et, plus encore, loin, bien loin de la désespérance individualiste, nous entraîne sur les chemins de la jubilation et de l’espoir collectif.

 

source / autrefutur.net

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