Dérive financière aristocratique à la CGT pour Thierry Lepaon logé à Vincennes

Publié le par dan29000

Gros scandale ces jours-ci avec la révélation du Canard Enchaîné, puis la publication intégrale du devis par les Echos (voir ICI) de la location d’un appartement de fonction de 120m2 à Vincennes pour Thierry Lepaon, 2000€ de loyer mensuel, plus 130 000 € de frais de remise en état.

 

Alors bien sûr on a tout vu pour profiter de l’occasion de salir notre syndicat. Les journalistes qui « oublient » soigneusement de dire qu’il s’agit d’un logement de fonction puisque le Secrétaire général habite Caen. Ou que les salaires à la confédé sont plafonnés à 2300 €. Tout a été bon pour tenter d’assimiler cette location aux turpitudes des grands patrons du CAC 40 ou aux magouilles politiciennes, style Cahuzac ou Balkany.
Du coup, on a eu droit au communiqué officiel confédéral (voir ci-contre), dans la plus belle langue de bois, pour resserrer les rangs, tous unis pour défendre le secrétaire de la CGT.

 

Voilà pour le cinéma médiatique, de part et d’autre…
Rares ont été les petites voix qui ont fait entendre une autre musique pour parler syndicalisme de classe, à l’instar de ce plutôt bon commentaire trouvé sur Bellaciao (ICI)

Alors, résumons les (vraies) questions qui fâchent :

  • Un appartement de fonction (ce que nous ne contestons pas), c’est en plus de la résidence habituelle. C’est « fonctionnel », modeste, utilitaire, quoique personnalisé, parce que vivre toute la semaine à l’hôtel ou au dernier étage du siège de Montreuil ça devient insupportable, ça on peut le comprendre. Donc, si la Conf" demande, nous on trouve à Thierry Lepaon un trois pièces agréable à Montreuil, pas très loin (jogging pour venir à pied) pour en gros 1200 €. Le scandale c’est les 120m2 à Vincennes, face au bois, commune hyper bourgeoise – et oui, c’est pas Aubervilliers ou Clichy. De ce point de vue, 2000 € de loyer + 130 000 € de travaux, vu là où c’est situé, c’est même pas cher !!! Le problème, ce n’est pas le prix, c’est le choix d’habiter là-bas. Et c’est une question de classe, c’est clair, Lepaon va habiter chez nos exploiteurs. Comme le rappelle le commentateur ci-dessus par un lien, les non-cadres gagnent 1541 € en moyenne…
  • Thierry Lepaon est un aristocrate ouvrier (voir « Mais d’où sort toute cette bureaucratie ? »), ouvrier homme qualifié dans des usines de femmes OS (Moulinex), où il n’a pas brillé par sa combattivité et sa radicalité. C’est un aristocrate ouvrier, qui a appris à fricoter avec les patrons, qui a été désigné au Conseil Economique et Social, qui a copiné avec Raymond Soubie, le conseiller de Sarkozy, et qui a singé ses maîtres pour « en croquer ». Et oui, quand on a perdu tous ses repères de classe, on se compromet avec les bourgeois et les politiciens, on prend goût au luxe de la bourgeoisie… L’appartement chicos à Vincennes, c’est ça. Et c’est ça que nous devons critiquer. L’aristocrate ouvrier, c’est le lieutenant ouvrier du capital, il singe ses maîtres, prend ses goûts, perd ses repères de classe, sans-dents et illettrés…
  • Un appartement à Vincennes de 120m2 face au bois, c’est peut-être 4000 € de loyer. Ca veut donc dire que pour « rentabiliser » les travaux, il va falloir rester 65 mois (130 000 / (4000 – 2000)). C’est donc bien que le bougre a l’intention de faire un deuxième mandat ?
  • L’affaire est sortie par le Canard Enchaîné qui a reçu le document, comme d’autres (Les Echos par exemple, qui eux sont « prudemment » restés silencieux, finalement aux Echos on aime bien la CGT réformiste…). Ce document a été diffusé par une source interne, ce qui a motivé une plainte de la Confédé… Et ben, elle est belle la CGT ! Nous voilà avec les mêmes embrouilles, les mêmes coups fourrés qu’au PS ou à l’UMP, avec des factions, des clans qui se donnent des coups de couteau dans le dos, de moins en moins de désaccords idéologiques et politiques et donc de plus en plus l’envie d’être calife à la place du calife.
  • Voilà des mois que nous disons qu’en ce moment, les contradictions internes à la CGT ne reflètent pas des contradictions de classe comme le rêvent certains, mais des querelles de factions pour avoir les postes et pour en croquer (« Conférence sociale : la CGT ne doit (évidemment) pas participer ! ») . Car le système politique et social français est basé sur la multiplication jusqu’à l’écœurement des institutions dites paritaires (mutuelles, formation professionnelle, conseils économiques et sociaux…) qui en plus se démultiplient avec les lois de décentralisation ! Et là, débats courtois, fauteuils confortables, défraiements copieux, bien loin de la lutte des classes on copine avec l’ennemi. C’est cela qui se développe en ce moment dans la CGT, et ce n’est que l’aboutissement de l’abandon, depuis bien longtemps, des références de classe de notre confédération. On est passé au syndicalisme « d’accompagnement conflictuel » (il faut bien se différencier de la CFDT, quelque part…), au rituel de la rodomontade qui ne fait qu’accompagner l’impuissance et le laisser faire.
  • Cette dérive d’accompagnement, ces turpitudes, provoquent la colère dans nos rangs. Pourtant, la confédération sait très bien s’y prendre pour neutraliser l’opposition, en maniant la menace et le bâton. Le bâton, ce sont les exclusions, les désaffiliations, les licenciements (comme au Conseil Général du Nord, ou dans le Commerce, voir « La lutte dans la Fédération Commerce et Services » ou ailleurs). La menace, qui marche très bien, c’est la défense de la CGT en tant que tel, « le seul instrument qui reste aux travailleurs » en ces temps difficiles. Donc on resserre les rangs, on fait front et on tait nos problèmes internes même en grinçant des dents, quitte à y revenir plus tard, c’est un peu la position de l’UD des Bouches du Rhône (voir ci-contre). On ne peut qu’être sidéré de l’absence de prise de positions des structures dites oppositionnelles !

Le problème, c’est qu’en s’imaginant préserver la CGT telle qu’elle est, on permet sa décomposition interne dans la collaboration de classe. La seule possibilité, nous le répétons depuis l’origine, c’est de « mettre le caca sur la table », de nettoyer les écuries, et cela commence, non pas par des querelles de personnes ou de structures (Thierry Lepaon n’est qu’un symbole même pas terrible), mais par la redéfinition d’un syndicalisme de classe, par la rupture, franche, claire et nette avec le capitalisme, l’exploitation, un mode de production destructeur de l’homme et de la nature, par la reprise d’un projet révolutionnaire anticapitaliste !

 

SOURCE / OU VA LA CGT

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