Mon fils est mort en prison et je ne sais pas comment...

Publié le par dan29000

Mon fils est mort en prison et je ne sais pas comment

 

Photo de la Vérité

Depuis plus d’un an, je me bats pour avoir accès au dossier d’autopsie de mon fils, Nicolas, mort emprisonné.

Le 12 juin 2013, j’ai perdu mon fils, alors emprisonné pour des faits mineurs. Lorsque la sous-directrice de la prison nous a appris le drame, à ma femme et à moi, elle n’a pas donné la cause du décès. Depuis, je multiplie les démarches pour en savoir plus, mais on me refuse encore et toujours l’accès au dossier d’autopsie.
 
Avant tout, j’aimerais présenter Nicolas. Trop souvent, lorsque je poste notre histoire sur Internet, je me rends compte que les gens ont un jugement hâtif sur lui. Ils disent que, s’il était en prison, c’est qu’il l’avait cherché. Ils ne se rendent pas compte de la vie qu’il a eue auparavant.
 
Une petite enfance marquée par l’abandon
 
Nicolas était mon fils adoptif. Il est arrivé chez nous à l’âge de neuf ans et demi, avec déjà un lourd passé derrière lui. Les deux premières années de sa vie, sa mère l’a brutalisé. Il lui a été retiré puis a été placé dans une famille d’accueil, non loin de sa mère, pour tenter de maintenir les liens. Elle est allée le voir deux ou trois fois, puis plus du tout. Nicolas est resté quatre ans dans cette famille, qu’il considérait comme la sienne, avant qu’elle ne s’en sépare à son tour, le jugeant trop turbulent. Il a alors été transféré dans une structure spécialisée et y est resté quatre autres années. Puis nous l’avons adopté.
 
Dès le départ, il était très turbulent. Le maire de notre ville l’a exclu de toutes les écoles. Nicolas n’étais pas méchant, mais il ne pouvait pas rester assis plus d’un quart d’heure. A neuf ans, il avait déjà un gros retard scolaire et allait en classe avec des enfants de six ou sept ans, ce qui ne facilitait pas les choses. Grâce à une pétition, je l’ai fait admettre dans une plus petite classe et j’ai commencé à travailler de nuit pour m’occuper de lui le midi. Mais, bientôt, l’instituteur n’en a plus voulu non plus. Finalement, il est passé par deux autres établissements et il a fini par être scolarisé dans un centre plus technique, en Belgique, qui l’a gardé jusqu’à ses 18 ans.
 
Condamné pour des bêtises
 
Nicolas ne s’est jamais remis du traumatisme de son enfance. Il ne se souvenait pas de sa mère mais il gardait la sensation de l’abandon. Et le deuxième abandon, par la famille qu’il considérait comme la sienne, a fini de le détruire. A l’adolescence, il a rapidement fréquenté des personnes qui n’étaient pas biens pour lui : des garçons qui prenaient de la drogue, de l’alcool. Parfois, le centre où il étudiait nous appelait pour nous dire qu’il n’était « pas bien ». Il sortait par la fenêtre. Ma femme n’en pouvait plus. Parfois, on l’empêchait de rentrer lorsqu’il était trop saoul. Ce que nous n’avions pas compris, c’est qu’il était complètement dépendant de l’alcool.
 
Il a vécu quelques temps avec une fille, il a été incarcéré une première fois et il est revenu vivre avec nous. L’ambiance était difficile : on essayait de le reprendre mais il nous arrivait aussi de le mettre dehors. Au moment où il a été arrêté, il avait 29 ans. Il faisait un stage en maçonnerie : ça fonctionnait plutôt bien mais le juge n’en a pas tenu compte. Au final, tout ce que Nicolas a fait, c’est des petites bêtises. Pour vous donner une idée, sa plus grosse bêtise, c’est quand il est parti se réfugier dans une maison abandonnée, après que je l’aie mis à la porte. Il a pris une boîte de chocolats et un petit poste de radio. Rien que pour ça, il a pris quatre mois. C’était que des petites choses comme ça, mais le juge en a eu marre et il lui a mis 18 mois.
 
Mort en prison
 
Nicolas a été incarcéré le 1er juin 2013. Le 12 juin, ma femme a reçu un coup de téléphone de la sous-directrice de la prison pour lui annoncer, de façon brutale, qu’il était décédé et que son corps allait être transféré à Lille pour l’autopsie. Elle n’a pas donné la cause du décès. J’ai appris la nouvelle une demi-heure plus tard. J’ai demandé si on pouvait le voir, ils ont refusé.
 
C’est seulement huit jours plus tard qu’on nous l’a autorisé. Je suis allé à Lille. On m’a dit que j’avais cinq minutes avant que les gendarmes ne ferment le cercueil. J’ai seulement vu son visage. Je n’ai pas osé lever le drap pour voir son corps. Sur le coup, j’étais choqué… Mais je regrette de ne pas l’avoir fait : est-ce que j’aurais vu des traces de coups ? On peut tout imaginer.
 
On est retournés chez nous et on s’en est remis aux pompes funèbres. Quelques jours plus tard, on a enterré Nicolas, sans savoir de quoi il était mort. Depuis, on me promet qu’on va me donner les rapports d’autopsie, mais ce n’est jamais arrivé. La dernière fois, la juge d’instruction m’a dit que je pourrai consulter le dossier (sans en faire de copie) mais le rendez-vous a été annulé et aucune nouvelle date ne m’a été donnée.
 
Mes démarches pour connaître la vérité
 
Peu de temps après l’enterrement de mon fils, j’ai demandé un rendez-vous au directeur de la prison : il a dit qu’il ne pouvait rien me dire à cause du secret de l’instruction. J’ai demandé des parloirs avec des codétenus de mon fils qui m’ont également été refusés – mais j’ai appris par la suite que c’était normal, que ça ne se faisait pas. Environ deux mois après le drame, j’ai porté plainte contre X pour non-assistance à personne en danger. Rien n’a été fait depuis. J’ai demandé un rendez-vous avez la juge d’instruction, pour lui faire part de mes doutes, mais elle ne veut communiquer que par courrier recommandé.
 
J’ai moi-même retrouvé l’un des codétenus de mon fils, arrivé en prison un jour avant lui et libéré depuis. Tout ce qu’il a vu, c’est que Nicolas a pris des cachets pour dormir. Le lendemain, quand il s’est réveillé, il a tapoté l’épaule de Nicolas qui a réagi. Puis il est parti se doucher. Lorsqu’il est revenu, mon fils était décédé. Il ne peut pas m’en dire plus et ne veut pas qu’on se rencontre : on ne s’est parlé que par téléphone. Un autre codétenu de Nicolas, qui le connaissait avant leur incarcération, voudrait aussi parler. Mais, pour le moment, il est en cure de désintoxication et n’a pas le droit de téléphoner.
 
On ne me dit rien, on repousse toujours. Je peux tout m’imaginer : moins on m’en dit, plus j’imagine des choses. Est-ce qu’on l’a brutalisé ? J’ai hâte qu’on me dise vraiment ce qui s’est passé ou, au moins, qu’on me donne les résultats de l’autopsie, que je voie ou ça cloche ou non. Cette situation n’est pas normale : ils m’ont pris mon gamin, ils l’ont enfermé et ils l’ont fait mourir. Et, aujourd’hui, c’est moi qui dois leur demander pourquoi il est mort ! Ils devraient me l’avoir dit, c’est affreux !
 
Le soutien associatif et mon nouvel avocat
 
L’association Robin des Lois menée par François Korber, spécialiste sur les problématiques de prison, m'a depuis apporté son soutien pour m’aider dans mes démarches et me donner les armes pour combattre efficacement J’ai révoqué mon précédent avocat qui ne souhaitait manifestement pas faire de vagues. Je suis maintenant assisté de Maître Emmanuel Riglaire à Lille qui est bien plus déterminé. Avec lui, j’espère obtenir des réponses sérieuses de la Justice.
 
Je le fais aussi car nous ne sommes pas les seuls dans cette situation. Une personne meurt tous les trois jours en prison. On fait ça aussi pour faire changer les mentalités, pour faire comprendre aux gens qu’on va parfois en prison pour des conneries. J’aimerais réunir d’autres cas comme le mien : plus on est nombreux, mieux on se défend. J’ai découvert un cas qui n’est toujours pas réglé, depuis dix ans. Mais, moi, j’ai 70 ans, je ne peux pas attendre dix ans pour savoir la vérité sur la mort de mon fils.
 
Je lance donc une pétition pour que cette enquête avance et pour que ma femme et moi sachions enfin pour quelles raisons mon fils est décédé.
 
Propos recueillis par Marine Périn

 

SOURCE / maveritésur.com

 

 

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