Pour l'interdiction de Exhibit B, exposition-spectacle raciste

Publié le par dan29000

Exhibit B au 104 : cette expo, un calvaire pour ceux qui subissent le racisme au quotidien

 

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LE PLUS. Brett Bailey est un blanc d'Afrique du Sud. Sa dernière exposition "Exhibit B" s'arrêtera en décembre au 104, à Paris. On y voit des noirs enfermés dans des cellules, enchaînés et humiliés. L'objectif ? "Dénoncer les actes commis pendant la période coloniale et aujourd'hui en Europe". Pour Claude Ribbe, écrivain et réalisateur, c'est avant tout une autre manifestation du racisme.

 

Édité par Henri Rouillier  Auteur parrainé par Louise Auvitu

 

L’exposition Exhibit B de Brett Bailey, annulée à Londres sous la pression des Afro-descendants et Africains britanniques, a fait son apparition à l’automne 2014 dans des théâtres français : d’abord à Poitiers, puis à Saint-Denis et enfin à Paris.

 

À l’instar de la communauté afro-britannique, 20 000 Afro-descendants et Africains de France ont signé une pétition pour demander l’annulation de ce spectacle. Mais, en face, des voix se sont élevées pour soutenir la performance de Brett Bailey : les uns alléguant qu’il s’agirait là d’un spectacle antiraciste, les autres se retranchant derrière la liberté d’expression.

 

Une prise de conscience antiraciste, sérieusement ?

 

Exhibit B est l’œuvre d’un artiste afrikaner, Brett Bailey, qui se dit antiraciste. Pour exprimer cette opinion, il met en scène des tableaux vivants montrant crûment et cruellement l’humiliation dont les Africains et les Afro-descendants furent l’objet de la part des Européens depuis le 15e siècle jusqu’à nos jours : on voit donc des hommes et des femmes dénudés, enchaînés, ligotés, entravés, mis en cage et passifs.

 

Ce spectacle est-il de nature à atteindre son objectif affiché, à savoir lutter contre le racisme ? Rien n’est moins sûr. Rien ne démontre que voir une Afro-descendante dans une situation d’humiliation et d’infériorité soit de nature à provoquer une prise de conscience antiraciste.

 

On peut se demander bien au contraire si une telle vision n’est pas de nature à renforcer, de manière malsaine, des préjugés liant par nature les Africains et les Afro-descendants aux situations les plus dégradantes dans lesquelles la France les confine encore aujourd’hui.

 

Chosification des Afro-descendants

 

Les choses seraient certainement différentes si les acteurs utilisés pour reproduire toutes ces situations d’humiliation étaient des Européens. Mais peut-être ne supporterait-on pas que des femmes et des hommes européens nus, entravés, inertes, soit ainsi livrés aux regards goguenards ou libidineux sous un prétexte esthétique.

 

En utilisant des figurants Afro-descendants chosifiés pour reproduire l’humiliation imposée aux Afro-descendants, Brett Bailey met ces figurants dans une situation d’humiliation et d’infériorité qui s’ajoute aux situations historiques ou contemporaines qui sont censées être dénoncées par ce spectacle.

 

Quand on sait que la majorité des spectateurs de la performance Exhibit B sont des Euro-descendants, que la majorité des défenseurs de cette performance le sont aussi, tout comme l’auteur, les organisateurs, et les élus des mairies qui financent ce spectacle, on se trouve dans une situation extrêmement problématique.

 

Pourquoi reconstituer des crimes ?

 

Sous le prétexte d’une œuvre d’art "engagée" destinée à faire prendre conscience aux Européens de leur racisme, un Européen, venu d’Afrique du Sud, "chosifie" une fois de plus des Afro-descendants et les met en situation de subir passivement le regard du spectateur européen. La différence est minime par rapport aux zoos humains du début du XXe siècle.

 

Les nostalgiques de l‘esclavage et de la colonisation ne seront pas interpellés par ce spectacle. Ils pourront même s’en délecter.

 

Quant aux antiracistes sincères, s’ils ne comprennent pas que cette performance puisse choquer les principaux intéressés, à savoir, les quatre millions d’Afro-descendants et Africains de France, ils peuvent certainement s’interroger sur la nature réelle de leur sentiment.

 

Pour ceux qui subissent le racisme au quotidien, Exhibit B, de toute évidence, est une nuisance. La mise à nu sur scène, en utilisant exclusivement des comédiens afro-descendants ou africains, de leur calvaire, c’est un insupportable électrochoc. Et pour les plus jeunes, la goutte d’eau, peut-être, qui fera déborder le vase.

 

La bonne façon de procéder aurait été d’utiliser des comédiens afro-descendants pour exalter les héros de la communauté, pas pour une reconstitution des crimes.

 

Le racisme est un délit, pas une opinion

 

La liberté, nous dit l’article 4 de la Déclaration des droits de l’homme, "consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui." La liberté politique en général , et la liberté d’expression en particulier, ont donc des bornes.

 

Si quatre millions d’Afro-Français sont choqués par un spectacle qu’ils estiment raciste à leur endroit, suffira-t-il que des Euro-descendants, fussent-ils élus ou responsables d’associations reconnues, viennent leur expliquer d’un ton paternaliste ce qui est raciste et qui ne l’est pas ?

 

Celles et ceux qui, en France, fin 2014, ont soutenu Exhibit B au nom de la liberté d’expression et du refus de la censure, avaient une position bien différente, au début de cette même année 2014, sur les spectacles de Dieudonné.

 

Ils semblent oublier que le racisme, qu’il soit volontaire ou involontaire, n’est pas une opinion, mais un délit, et que la censure du racisme n’est pas seulement un droit de la part de ceux qui le subissent, mais aussi un devoir.

 

SOURCE / nouvelobs.com

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