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Sivens, le fossé entre une démocratie de façade et la démocratie réelle

Publié le par dan29000

TRIBUNE

 

La mort de Rémi Fraisse marque un tournant dans le mouvement écologiste mais souligne surtout le fossé de plus en plus béant entre une démocratie de façade et la démocratie réelle.

 

La mort violente du botaniste Rémi Fraisse, lors de la manifestation contre la construction du barrage de Sivens, marque un tournant dans le mouvement écologiste. Celui-ci semble d’ailleurs s’éloigner chaque jour davantage des institutions de la politique écologique, d’EELV au projet ministériel d’une transition énergétique de surface. L’écologisme contemporain s’en prend directement aux projets d’un Etat qui, droite et gauche libérale confondues, ne reconnaît même pas à la fameuse «société civile» le droit de manifester son opinion quant aux projets d’aménagement du territoire. En opposant les mouvements violents et non-violents, en condamnant, souvent arbitrairement, les «désobéissants», en multipliant des déclarations musclées et inefficaces, le gouvernement tente de déplacer l’attention du public sur les fractures sociales.

En l’occurrence, ce n’est pas de cela dont il s’agit, mais plutôt du fossé de plus en plus béant entre une démocratie de façade et la démocratie réelle que les opposants aux GP2I (1) semblent appeler de leurs vœux. Si la loi du 13 juillet 1983 relative à la démocratisation des enquêtes publiques et à la protection de l’environnement ne confère à l’Etat qu’une obligation d’information du public quant aux projets d’aménagement d’envergure, et à l’enquête une valeur consultative, d’autres mesures juridiques, plus récentes, parmi lesquelles la loi SRU (Solidarité et renouvellement urbains) du 13 décembre 2000 visant entre autre à renforcer les mesures de «démocratie participative» ou la réforme du Grenelle II, datant du 12 juillet 2012 et relative à «l’engagement national pour l’environnement», se sont succédées dans cette direction.

Il semblerait pourtant qu’un nombre toujours croissant de personnes ne se reconnaisse pas dans ces définitions de la démocratie ou de la participation. Au-delà du cadre des mouvements contre les GP2I, l’actualité récente des mobilisations – mouvement du 15 mai espagnol, parc Gezi à Istanbul, Occupy Wall Street – montre que, en France comme ailleurs, les modalités de participation mise à disposition de la population sont au mieux obsolètes, au pire une mascarade et que seule une réforme en profondeur du droit à l’engagement permettra réellement de parler de démocratie.

 (1) GP2I est le sigle utilisé par les opposants aux Grands Projets Inutiles et Imposés.

Anahita GRISONI Sociologue, urbaniste

 

SOURCE / LIBERATION.FR

Publié dans environnement

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