Cowspiracy, un film qui dénonce les ravages de l'élevage industriel

Publié le par dan29000

Un film contre les ravages de l’élevage industriel

Marie Astier (Reporterre)

mardi 9 décembre 2014

Le documentaire Cowspiracy enquête sur le silence qui pèse sur l’élevage industriel. Celui-ci est pourtant une des principales causes de la destruction de l’environnement. Pourquoi les grandes ONG écologiques le ménagent-elles autant ?


Quelle est l’activité humaine qui a le plus d’impact sur l’environnement ? Ce ne sont pas les transports, pas l’industrie… Mais l’élevage industriel. C’est l’idée choc avancée par le documentaire Cowspiracy : The sustainability secret La conspiration des vaches »).

- Voir la bande annonce : http://www.youtube.com/watch?v=N4VvyiSrNO0

Le réalisateur Kip Andersen, filmé par Keegan Kuhn, se met en scène, en tant qu’apprenti écolo d’abord bouleversé par le film An Inconvenient truth d’Al Gore. Il cherche quel peut être le geste le plus écologique à faire au quotidien. Il se renseigne donc sur les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre… et découvre à sa grande surprise que ce ne sont pas les transports ou l’industrie… mais l’élevage ! Une constatation appuyée à grand renfort de chiffres résumés ici.

De là commence une enquête auprès des principales ONG environnementales des États-Unis. Il sollicite des rendez-vous, leur demande s’ils savent que l’élevage est le premier responsable du réchauffement climatique, s’ils ont des programmes liés à la question. La plupart des interviews montrent des responsables associatifs sans réponse, ou tentant de se raccrocher aux branches basses pour expliquer pourquoi leurs priorités sont les énergies fossiles, mais pas l’élevage.

Agrobusiness, attention danger

Alors pourquoi ne s’intéressent-elles pas au sujet ? Kip Andersen poursuit sa quête. Première hypothèse, ces ONG sont dépendantes des dons… Et dénoncer les méchants géants du pétrole est bien plus efficace pour mobiliser le citoyen lambda que de nous expliquer qu’il va falloir abandonner la viande et le fromage au profit d’un régime exclusivement végétal.

Deuxième hypothèse : parler de ces sujets est dangereux, très dangereux… C’est ce que confie une représentante de l’ONG Amazon Watch au réalisateur : ceux qui se risquent à affirmer que les géants de l’agrobusiness sont les principaux responsables de la déforestation sont tués.

Kip Andersen lui-même explique qu’à cause de ses questions trop poussées sur le sujet, son producteur se retire. Voilà pourquoi Kip Andersen et Keegan Kuhn deviennent les deux coproducteurs.

Le documentaire est diffusé via les réseaux sociaux et militants. En France, il n’a été pour l’instant projeté qu’une fois à Paris.

C’est sans doute ce qu’il y a de plus choquant dans ce documentaire. De réaliser qu’il y a une sorte d’omerta sur le sujet de l’impact écologique de l’élevage. Certes, on en parle, sans doute plus en Europe qu’aux États-Unis, mais jamais on ne présente cette activité humaine comme la principale responsable de la catastrophe écologique qui s’annonce. Plus grave, on réalise à quel point les ONG censées lutter pour la protection de l’environnement se trompent de combat. Le réalisateur sollicite d’ailleurs plusieurs fois Greenpeace pour une interview mais l’ONG rejette toutes ses demandes.

Une enquête implacable

Kip Andersen va même jusqu’à exclure la possibilité d’un élevage durable : quelles que soient les conditions, il consomme plus de terres, plus d’eau et produit plus de pollution (lisiers) ou de gaz à effet de serre que la culture de végétaux.

L’enquête paraît implacable. Elle est fouillée, riche en chiffres, en infographies, en comparaisons, en interviews. Mais au fur et à mesure que le film avance, le réalisateur fait quelques détours.

Par exemple, il digresse sur la pêche, qui est en train d’épuiser les stocks de poissons : là aussi, selon lui le sujet serait tabou. Peut-être aux États-Unis, mais en Europe les excès de la pêche sont largement dénoncés.

On assiste aussi à l’exécution d’un canard. Le sujet de l’abattage des animaux est tout à fait légitime, mais il pose des questions éthiques qui méritent plus que cette courte scène. Et là, quel est le rapport avec l’écologie ?

Manifeste pro-vegan

D’une enquête sur l’élevage et la crise écologique, le film devient petit à petit le récit du cheminement qui a amené son réalisateur à devenir vegan.

A la fin, on se sent un peu manipulé. Comme si le but de cette belle enquête était uniquement de nous convaincre que devenir vegan est la seule solution à la crise écologique. Sauf que jamais il n’explique clairement ce qu’est le veganisme, que plus qu’un régime alimentaire, c’est aussi un courant de pensée qui n’impacte pas que le contenu de notre assiette.

Enfin dernière réflexion que peut susciter ce film pour un public européen : si les chiffres sont mondiaux, toute l’enquête est réalisée aux Etats-Unis. Sur le vieux continent, est-on aussi aveugle ? Un peu moins, espère-t-on. De nombreuses associations et paysans tentent de mettre en pratique une agriculture moins productiviste. En France, l’exemple des porcheries bretonnes montre que l’élevage est déjà identifié auprès du grand public comme une problématique écologique majeure.

En revanche, il semble qu’effectivement aucune organisation environnementale ne fasse de l’élevage son axe de campagne prioritaire. Quant aux associations qui dénoncent l’élevage industriel, leur principal angle d’attaque est celui de l’éthique animale, les questions écologiques restant secondaires. L’organisation qui saura porter ces deux problématiques reste, effectivement, peut-être à créer.


- Cowspiracy : The sustainibility secret, réalisation : Kep Andersen, image : Keegan Kuhn.


Source : Marie Astier pour Reporterre.

Première mise en ligne le 5 décembre 2014.

Images : Cowspiracy.

Lire aussi : Lancement d’une campagne contre l’élevage industriel.


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Publié dans environnement

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