Médecine du travail : un appel pour la reconnaissance du burn out

Publié le par dan29000

Appel des médecins du travail pour la reconnaissance du burn out

 

Tours, le 17 novembre 2014

 

Madame la ministre de la Santé, Monsieur le ministre du Travail, Mesdames et Messieurs les députés,

 

Nous sommes médecins du travail. A ce titre, nous savons les difficultés du monde économique, les contraintes diverses qui pèsent sur les entreprises et les difficultés de tous les acteurs du monde du travail. C’est aussi notre quotidien.

Médecins du travail nous voyons émerger depuis plusieurs années une nouvelle pathologie chez les salariés que nous recevons en consultation, mais aussi chez certains employeurs, chez les managers et les cadres dans différents domaines d’activités. Cette pathologie, c’est l’épuisement professionnel. On l’appelle plus communément « burn out ». Nous enregistrons l’augmentation constante de ces cas d’effondrements soudains de personnes arrivées au bout de leurs ressources et de leur capacité de résistance.

Chargés de la préservation de la santé des salariés dont on nous a confié le suivi, nous constatons que le travail constitue la principale cause de cet épuisement. Cette pathologie met en jeu des mécanismes complexes, mais on retrouve une caractéristique constante dans tous les cas : le surinvestissement de ces personnes dans leur activité jusqu’à l’épuisement.

Nous, médecins du travail, accueillons ces personnes, après parfois plusieurs semaines voire plusieurs mois d’arrêt maladie, avec des tableaux cliniques encore souvent douloureux. Beaucoup de ces salariés sont traités contre l’anxiété, la dépression, les troubles du sommeil. Ils rencontrent de gros problèmes pour leur retour dans le monde professionnel ; nombreux sont ceux qui ne veulent plus réintégrer leur entreprise. Combien de ces burn out se terminent-ils par un acte suicidaire ? Combien par un accident de voiture inexplicable ? Combien par une maladie générale ou des troubles musculo-tendineux ? A-t-on jamais réussi à en évaluer le coût spécifique pour la collectivité ?

Actuellement, l’absence de tableaux de maladie professionnelle rend ces affections psychiques très difficilement reconnues par la Sécurité sociale. Pourtant, nous serions puissamment aidés dans nos missions de prévention par une classification spécifique de ces cas de burn out. Celle-ci permettrait des avancées significatives dans la lutte contre cette pathologie comme :

  • La mise en lumière du rôle du travail dans la survenue du burn out et non pas la seule responsabilité des salariés ;
  • La prise en charge des coûts au titre des Accidents du travail et des Maladies professionnelles et non pas par le seul régime général ;
  • L’affirmation du rôle primordial de la prévention et de l’analyse des conditions de travail amenant à l’épuisement ;
  • La possibilité du Comité d’Hygiène et de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT) ou des délégués du personnel de jouer leur rôle dans la recherche de solutions et dans le reclassement du salarié touché ;
  • Et ne pas ajouter l’injustice à la maladie en redonnant toutes ses chances au salarié inapte de reprendre son travail dans son entreprise.

D’autres pays européens reconnaissent le burn out comme maladie du travail ; une pétition circule en ce moment sur Internet, signée par près de 8000 noms d’intervenants en entreprises. La reconnaissance nous parait être autant une mesure de justice à l’égard des salariés touchés, qu’une aide indispensable à leur prise en charge curative, à leur suivi professionnel et à la prévention ultérieure du burn out dans leur entreprise.

Nous, médecins du travail, réaffirmons qu’un des outils importants dans la prévention du burn out est la régularité des visites des salariés. Les modifications envisagées récemment concernant les acteurs médicaux de la prévention ne permettront pas à des confrères non formés, non prévenus, ne connaissant pas les milieux de travail de dépister à temps des signes avant-coureurs de surinvestissement et d’épuisement professionnel.

Par conséquent, les signataires de cet appel, professionnels de la médecine du travail et de la santé mentale, nous demandons que l’épuisement professionnel soit reconnu au tableau des maladies professionnelles.

Nous vous remercions, Madame la Ministre de la Santé, Monsieur le Ministre du travail, Mesdames et Messieurs les Députés, de votre attention et de votre diligence à examiner favorablement cette proposition.

 

 

Publié dans environnement

Commenter cet article