Réforme territoriale et Bretagne, une lettre d'Alan Stivell aux députés bretons

Publié le par dan29000

Réforme territoriale : « Qu’ont fait les Breton-ne-s pour être condamnés » Alan Stivell

 

 

L e 27 novembre 2014, lettre d’Alan Stivell aux députés bretons suite au vote en deuxième lecture du projet de loi relatif à la délimitation des régions par l’Assemblée nationale :

 

« Mesdames, Messieurs,

 

Aujourd’hui, vous confirmez ou non ce qu’une majorité de l’Assemblée a discuté et apparemment approuvé.

Je n’ignore pas que vous avez la légitimité d’avoir été élus.

Pour celles-ceux qui s’apprêtent à confirmer votre vote, contre une Bretagne revenue à ses dimensions d’avant le maréchal Pétain, vous ne mesurez certainement pas la gravité de votre décision.
Je n’ose croire que vous soyez de purs machiavéliques, authentiques ennemis de la Bretagne, de son développement économique, créatif et culturel, ennemis de l’humanité, qui a besoin de tous ses potentiels, et dont pas le moindre ne peut être gâché et mis à la poubelle.
Ce que je ressens, c’est que, plutôt (j’espère), vous ramenez cette question de limites régionales (concernant la Bretagne et autres minorités nationales) au bien-fondé de telle ou telle découpe de canton ou de bassin d’emploi.

Or.

Vous savez très bien, pourtant, que la Loire Atlantique, séparée du reste de la Bretagne, a déjà perdu beaucoup de sa personnalité bretonne (auparavant même plus forte que celle de l’Ille et Vilaine). C’était ce que promettait, sans le moindre doute, un Grand Ouest aux autres départements bretons.
Une Bretagne réduite aux quatre départements, c’est l’assurance que toute dynamique est fortement entravée.
Si le monde tournait très rond, si la crise n’était pas là, on pourrait croire qu’une Bretagne réduite s’en sortirait bon an-mal an. Dans le contexte, un fort affaiblissement de cette dynamique sur tous les plans signifie une condamnation.

Qu’ont fait les breton-ne-s pour être condamnés ?

Je circule beaucoup dans le monde, et d’ailleurs, beaucoup de bretons le font.
Si votre choix négatif est fait, soyez sûrs qu’on saura partout, aujourd’hui et dans le futur, le sort qui est réservé par la France (et des responsables bretons) à la Bretagne, cet héritage, cette créativité, qui n’appartient avant tout ni à la Bretagne, ni à tout l’hexagone, mais à l’humanité.

Vous n’avez pas le mandat pour en aliéner le monde. Au moins aussi grave que la destruction de mausolées ou de bouddhas.
Bizarrement, on n’entend plus parler de « région à dimension européenne » concernant Breizh.
Je suis quelqu’un de tempérament plus optimiste que la moyenne. Je suis à 200% certain qu’une Bretagne à 4 (comme l’autre projet de se noyer dans la Loire), c’est une pente qui ne sera plus inversée.

L’image de la France, déjà très écornée, va être totalement détériorée. Plus jamais ses représentants pourront se targuer de défendre droits des peuples et des personnes.
Le combat de la France contre l’esprit (éradication progressive de toute sensibilité et pensée différente de celle de la communauté franco-francienne et son arrogance) est une barbarie à visage humain.

Elle perd toute crédibilité jusque dans ses combats, pourtant indispensables, contre les barbaries sanguinaires.

Une dernière fois, pensez à la honte de vos descendants, si, par malheur, votre choix a été de condamner les espoirs d’une grande majorité de breton-ne-s.

Sauvez au moins la possibilité pour les habitants de Loire-Atlantique de choisir sans entrave.

Ne restera, sinon, plus que l’espoir relatif d’un changement de majorité. Attention au désespoir.

Cordialement (pour le moment) / A galon (‘vit ar mare) »

Alan STIVELL

 

 

SOURCE / 7SEIZH.INFO

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