Résistons ensemble, bulletin numéro 136, décembre 2014

Publié le par dan29000

sommaire
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« Aucune faute professionnelle des gendarmes »

Ni oubli, ni pardon !

« Pour Rémi F, Zyed, Bouna, et tous les autres… »

  > [ C H R O N I Q U E D E L ’ A R B I T R A I R E ]
    Paris-Ferguson
    Attaques de postes de police et de gendarmerie
    Mort d’Ali Ziri : le procureur demande un supplément d’enquête
    Six mois de prison avec sursis et 60 000 € d’amende 

        pour les policiers qui ont tué Serge Partouche
    Aubervilliers : S. tabassé…
    Quand la possession d’un écrit politique vous fait hors-la-loi
    Des collégiens s’expriment

  > [A G I R ]
Procès en appel du DAL de Bordeaux

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RESISTONS ENSEMBLE / bulletin numéro 136 / Décembre 2014



    « Aucune faute professionnelle des gendarmes »
En lisant le rapport de l’enquête administrative de l’Inspection
générale de la gendarmerie nationale sur l’opération de « maintien de
l’ordre » qui a tué Rémi, on apprend – plutôt on nous fait croire – que
le général Pierre Renaud « ne dispose pas d’éléments permettant de
caractériser une faute professionnelle » du lanceur de la grenade
offensive meurtrière à Sivens. Bien qu’ils nous serinent qu’une enquête
judiciaire viendra déterminer les responsabilités dans cet acte criminel
étatique, nous ne sommes pas dupes : l’État et son bras armé mentent,
dissimulent, manipulent afin de faire passer leur épuration politique
pour du maintien de l’ordre. Face à cela, restons mobilisés, résistons
ensemble, pour faire éclore à la surface du monde l’horreur de cette
barbarie policière. Partout en France ont lieu des mobilisations, comme
cette journée anti-répression qui a rassemblé plusieurs centaines de
personnes le samedi 22 novembre place de la Réunion à Paris. Aux
États-Unis aussi, où règne un racisme policier qui mutile, assassine.
Mardi 2 décembre, un nouveau meurtre s’est produit à Phoenix (Arizona).
Après Michael Brown et Eric Garner cet été, Tamir Rice (12 ans) en
novembre, c’est Rumain Brisbon qui vient d’être tué alors qu’il tentait
d’échapper à une interpellation. Ici comme ailleurs, c’est la même
autorité illégitime qui nous encadre, nous enferme, nous emprisonne,
nous empêche de vivre comme nous le souhaitons. Et dans une impunité
presque totale. C’est l’existence même de l’institution policière, en
assurant la défense et la pérennité de nos gouvernant-e-s, si besoin par
la force armée, qui implique des violences allant jusqu’au meurtre. Dans
ce sens, uniquement, nous pouvons être d’accord avec l’enquête
administrative : il n’y a pas de « faute professionnelle » à Sivens
parce que leur sale boulot est de contenir toute velléité de révolte,
par tous les moyens. Lancer de grenade compris. Et comme toute armada
policière est hystérique et paranoïaque (les flics états-uniens se sont
justifiés en affirmant, à Cleveland comme à Phoenix, qu’ils pensaient à
tort que l’interpellé avait une arme !), leur violence se transforme
vite et souvent en meurtre. C’est dans ce contexte que les collectifs,
individus, bonnes volontés de tous horizons se rassemblent, manifestent,
crient leur colère et leur haine de toute violence policière. Au moment
où l’on se souvient de la mort de Malik Oussekine, tué le 6 décembre
1986 à Paris, la riposte s’organise encore et toujours contre l’État
policier, mais cette fois en dehors et en l’absence des organisations
traditionnelles et autres partis. C’est peut-être que, là, on peut enfin
espérer que la lutte ne sera pas rapidement et longuement étouffée dans
l’œuf.


    Ni oubli, ni pardon !
Le dimanche 26 octobre les gendarmes tuaient Rémi Fraisse d’un coup de
grenade. Le soir même des manifestations s’organisaient à Toulouse,
Nantes, Paris, Gaillac… Le début d’une mobilisation remarquable par son
ampleur, en hommage au jeune homme, mais aussi en protestation contre la
violence meurtrière de l’État (liste non exhaustive sur :
nantes.indymedia.org/articles/30340).
Une violence qui s’est déjà maintes fois exprimée par le passé… et la
liste des personnes tuées par la police s’allonge tous les mois,
non-Blancs, pauvres des quartiers populaires pour la grande majorité.
Morts dans un silence assourdissant. Les gouvernements successifs
travaillent à diviser. Mais malgré cette politique de cloisonnement, de
désinformation systématique relayée sans retenue par des médias à la
botte, les mobilisations ont su se multiplier, avec le souci de tisser
des liens entre les différentes cibles de la violence étatique.
Ainsi à Nantes, le 27 octobre, se rassemblaient plus de 1500 personnes.
« Des slogans contre la police et en mémoire de Rémi étaient hurlés par
la foule. […] Dès qu’une voiture de police apparaissait, des dizaines de
personnes couraient dans sa direction jusqu’à la voir repartir en
trombe. […] Ce 27 octobre cela fait exactement neuf ans que Zyed et
Bouna sont morts dans un transformateur à Clichy-sous-Bois. » Témoignage
: nantes.indymedia.org/articles/30351
Ou encore le 13 novembre à Paris. Au lendemain de l’enterrement de Rémi,
la police, à l’appel du syndicat Alliance, manifestait dans les rues
parisiennes. Devant l’indécence de la situation, des individus ont bravé
cette manifestation, déversant de la peinture rouge sur la chaussée,
symbolisant les marques de pas d’assassins potentiels, « pour rappeler
que la violence policière est rationnellement produite et depuis
toujours couverte par la justice ». www.youtube.com/watch?v=cCX0GWQ_Ln4
En face, le gouvernement répond par la répression. Toulouse, Rennes,
Paris… L’interdiction de manifester se banalise. Pressions,
intimidations – deux personnes qui ont déclaré la manifestation au final
interdite du 2 novembre à Paris-Stalingrad ont vu quelques jours avant
la police débarquer chez elles au petit matin. Deux colleurs ont été
arrêtés le 6 novembre, mis en garde-à-vue et accusés d’incitation
directe à la rébellion et de refus de signalétique. Les arrestations
préventives – à des kilomètres de l’événement – sont monnaie courante.
Un dispositif répressif massif, hélicoptères, charges à cheval… les
flics piègent, encerclent, arrêtent les manifestants, puis suivent les
gardes-à-vue, comparutions, condamnations, conseils de discipline… À
Lyon, suite à la manif du 6 novembre, un homme est condamné à six mois
fermes avec mandat de dépôt assortis de neuf mois de sursis. À Toulouse,
suite à la manif du 8 novembre, en comparution immédiate, deux personnes
sont condamnées à quatre mois fermes (l’une d’elles avec mandat de
dépôt), deux autres écopent de sursis avec amende…

    « Pour Rémi F, Zyed, Bouna, et tous les autres… »
C’est avec ces mots que les lycéens ont appelé à manifester à Paris les
13 et 14 novembre. Du Mans à Chalons et Nantes, en passant par Toulouse…
blocages et manifestations de dizaines de lycées ont parcouru la France.
En affrontant souvent la police et même des parents déchaînés, comme au
lycée Montaigne à Paris où un parent a frappé un élève de 16 ans avec un
extincteur. C’était aussi en solidarité avec des lycéens sans papiers,
notamment un jeune mauritanien mineur, Yero, placé en centre de
rétention et menacé d’expulsion.


> [ C H R O N I Q U E D E L ’ A R B I T R A I R E ]

    Paris-Ferguson
Un jeune de 12 ans abattu aux États-Unis, un autre étranglé, puis un
autre qui a eu droit à deux balles dans le torse le 4 décembre.
Assassinés par le racisme d’État. Des manifs se succèdent, mais ce sont
les manifestants qui sont arrêtés. Les victimes ont commis le crime
d’être Noirs et pauvres. Les médias français, les politiciens de gôche
pleurent. Oh les « méchants racistes américains », oh la justice US !…
Mme Taubira n’en peut plus, elle qui gère les prisons françaises avec
ses dizaines de suicides, souvent suspects, elle est étranglée par
l’indignation. Mais ici, chez nous, déjà sept victimes de policiers en
2014. (infos : http://atouteslesvictimes.samizdat.net/?page_id=692).
Ici aussi, son gouvernement commande les larbins de l’État, ce sont ses
tribunaux qui trouvent des excuses aux « bandes armées du grand capital
» (Marx) qui tirent des grenades offensives et balles réelles dans le
dos, éborgnent, étranglent. Ça se passe sous nos fenêtres. Soyons
solidaires de nos camarades des États-Unis, mais n’oublions jamais que «
l’ennemi principal est dans notre propre pays » (Karl Liebknecht).

    Attaques de postes de police et de gendarmerie
Dans la nuit du 17 au 18 novembre, toutes les vitres du commissariat
situé au 10 rue Camille Desmoulins (Paris XIe) ont été brisées, ainsi
que le pare-brise d’un camion Propreté de Paris.
Suite à l’appel de l’Assemblée populaire du plateau des Millevaches à «
bloquer la sortie des uniformes globalement inutiles, malfaisants et
régulièrement assassins qui peuplent les commissariats et les
gendarmeries », deux actions symboliques ont été menées le 21 novembre.
D’abord à Sautron (Loire-Atlantique) où 50 personnes ont participé au
cadenassage du portail d’entrée de la gendarmerie. Ensuite à Millau où
60 personnes ont bloqué celle de la gendarmerie en l’attachant à un
fourgon aux cris, notamment, d’« Ils sont bloqués, à nous la liberté ! »
et « Rémi ! Hommage ! Résistance et sabotage ! »

    Mort d’Ali Ziri : le procureur demande un supplément d’enquête
Le 11 juin 2009 mourait Ali Ziri, par suffocation, deux jours après son
interpellation par la police, jugée par la CNDS en mai 2010 comme «
inhumaine et dégradante »… Cinq ans et demi après, les proches et
soutiens n’ont toujours pas obtenu justice et vérité ! Après un non-lieu
prononcé le 15 octobre 2012, le procureur a demandé, le 19 novembre
dernier, l’infirmation du non-lieu et un supplément d’enquête. Le
parquet général a seulement pointé deux défauts de l’instruction : le
manque de transparence vis-à-vis des parties civiles et la non-enquête
sur la nécessité de l’emploi de la technique du pliage – bien
qu’interdite, trois policiers ont reconnu l’avoir utilisée lors du
transfert au commissariat. Une fois de plus, l’affaire traîne et la
Justice tente par tous les moyens de minimiser au maximum l’implication
policière dans ce meurtre qu’elle veut faire passer pour un accident.
http://collectif-ali-ziri.over-blog.com/

    Six mois de prison avec sursis et 60 000 € d’amende 
pour les policiers
qui ont tué Serge Partouche
En septembre 2011 à Marseille, cet homme de 48 ans, qui souffrait
d’autisme, est mort asphyxié suite à son interpellation devant chez lui
par une patrouille de trois flics, appelée par une voisine qui le
détestait et l’a accusé d’avoir un comportement « menaçant » (voir RE
101). Serge a été pris de panique à l’approche des policiers, car, comme
l’a expliqué son père à l’audience : « Les autistes ont peur qu’on les
touche, même moi, je ne pouvais pas le toucher. » C’est ce mouvement de
panique qui lui a valu d’être maintenu au sol pendant une dizaine de
minutes au moyen d’une clef d’étranglement. Il a perdu connaissance et
n’a pu être ranimé. Les policiers entendent faire appel, considérant
qu’on les avait rendus « coupables des conditions difficiles dans
lesquelles ils accomplissent leur mission ».

    Aubervilliers : S. tabassé…
… par deux flics qui sont intervenus le 23 novembre lors d’une supposée
dispute familiale. Il a eu l’arcade sourcilière ouverte, une fracture de
la main gauche, une perforation du tympan et trois côtes cassées.
Quarante-cinq jours d’interruption temporaire de travail (ITT) ! S. a
déposé plainte auprès de l’Inspection générale de la police nationale
(IGPN), la police des polices. « Comment ont-ils pu aller aussi loin ?
s’interroge-t-il. L’un des deux policiers avait même le sourire aux
lèvres... »

    Quand la possession d’un écrit politique vous fait hors-la-loi
Le 14 octobre, en fin de journée, la BAC contrôle un jeune homme dans
une camionnette. Elle y trouve quelques miettes de cannabis et un tract
de la Caisse de Solidarité
(http://rebellyon.info/Appel-a-participer-a-une-caisse-de.html). « Vous
êtes anti-flic ? » Les policiers l’embarquent direction le commissariat
de Villeurbanne. S’en suivent 36 heures de GAV d’un genre spécial :
aucun chef d’inculpation, le jeune homme est enfermé dans une salle au
sous-sol du commissariat, la lumière constamment allumée, pour un
interrogatoire soutenu, pas de PV d’audition, tout est noté sur des
feuilles de papier. La police se rend chez ses parents pour voir s’il
vit bien là, le domicile est perquisitionné. Le matin du troisième jour,
le jeune homme est relâché sans convocation, sans aucune trace de rien.
Ce n’est pas un cas exceptionnel, mais l’expression de méthodes
policières qui s’accommodent d’un droit à géométrie variable à des fins
de flicage politique.
À lire sur http://rebellyon.info/Police-secrete-secrets-de-la-police.html

    Des collégiens s’expriment
Au collège Y. Gagarine à Montigny (62), les élèves n’ont pas oublié
Lahoucine, tué à 26 ans, dans leur quartier, en mars 2013. De cinq
balles policières alors qu’il était « armé » d’une paire de ciseaux. En
mai et juin dernier, une cinquantaine d’élèves, au moins, est allée au
collège en portant le tee-shirt « Urgence notre police assassine ! ».
La direction a vigoureusement réagi : pour chacun, un sermon dans le
bureau du principal et l’obligation de porter, en classe, un blouson
au-dessus du tee-shirt, ou de porter le tee-shirt sur l’envers. Le
principal a même téléphoné à des parents pour qu’ils apportent un autre
vêtement afin que leur enfant se change.
En fait, quand quelques élèves arrêtaient de venir avec le tee-shirt,
d’autres commençaient.
Aucun adulte du collège n’a expliqué aux élèves pourquoi il ne faut pas,
selon lui, porter ce tee-shirt. Manqueraient-ils d’arguments ?
À la rentrée de septembre, le mouvement s’est arrêté : « Il fait trop
froid pour aller en tee-shirt », nous ont dit des élèves. Mais, au
printemps prochain ?...


> [A G I R ]
    Procès en appel du DAL de Bordeaux
Une centaine de personnes se sont rendues au rassemblement de soutien
aux prévenu-e-s du Droit au logement Gironde (D.A.L.33) lors de leur
procès en appel. Rappelons que les militant-e-s avaient été condamé-e-s
le 14 mai dernier à trois mois de prison et des amendes avec un sursis
qui court dans l’affaire dite « Rue Planterose ». Le procureur a requis
le double des peines de prison. Le délibéré aura lieu le jeudi 18
décembre 2014 à 14h - tribunal d’appel de Bordeaux - place de la
République. Solidarité !

   



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