Un témoignage sur les violences policières à Nantes

Publié le par dan29000

Eux, c'est nous

 

 

On peut penser que les victimes des violences policières, c'est eux...jusqu'au jour où l'on se retrouve face au flashball et dans un nuage de gaz avec la gorge et les yeux qui brûlent. Récit d'un samedi 22 novembre peu ordinaire à Nantes.

 

Il y a eu l'expulsion violente des réfugiés de la rue de Crucy par les forces de police le 6 mai dernier, il y a régulièrement des invasions policières et des brutalités dans la zone d'habitation alternative et créative de Notre-Dame des Landes. Les réfugiés de la rue de Crucy qui avaient trouvé refuge dans l'ancien entrepôt des Restos du cœur dans la rue des stocks ont, en plein été, à nouveau été expulsés de leur lieu de vie par les forces de police accompagnées cette fois de bulldozers qui ont rasé leur habitation. Ce ne sont plus seulement des bottes noires qui ont piétiné leurs affaires personnelles mais des machines qui les ont broyées et ensevelies sous les gravats jusqu'à ne plus laisser aucune trace d'eux. Et puis la scandaleuse mort de Rémi Fraisse que la propagande étatique veut réécrire. Peut-on rester indifférent à la transformation de nos lieux de vie et de résistance en champs de grenades ?

Témoin de l'expulsion de la rue de Crucy il y a quelques mois, j'étais hier au rassemblement contre toutes les formes de violence policière à Nantes et ce matin, les paroles d'Ingrid ne me quittent plus « la violence contre les mouvements écologistes alternatifs et la violence quotidienne que subissent les étrangers lors de leurs interpellations, c'est la même ». Il n 'y a pas de frontière entre eux et nous, la violence qui s'exerce contre eux peut à tout moment se retourner contre nous. J'en ai fait l'expérience hier et je n'en démordrai pas.

Hier, au rassemblement contre les violences policières devant le palais de justice de Nantes, onze fourgonnettes étaient stationnées sous le palais et devant elles, les forces du désordre dûment armées brandissaient leur bouclier en direction de la foule. Sur le parvis, des hommes, des femmes, des enfants affluaient, s'embrassaient, s'étreignaient, riaient, discutaient, et leurs voix se mêlaient à celle d'une chorale chaudement applaudie à chaque ritournelle militante. Il faisait doux et le ciel de cette belle journée de novembre était gris et haut. Un policier parmi les autres filmait. A un moment, un ordre a dû être donné, tous les policiers avaient baissé leur visière. Or dans la foule, rien n'avait changé.

Puis la foule s'est mise en marche et a franchi la Loire. Au milieu de la passerelle Victor Schoelcher, stupeur : sur le boulevard très passant du quai de la Fosse plus aucune voiture ne circulait en ce samedi après-midi, le parking de la petite Hollande avait été déblayé de tout véhicule pour laisser place à ….une trentaine de véhicules de police rangés les uns à côté des autres! Plusieurs hommes étaient sur le toit de la piscine avec des engins. Toute la zone était déserte : plus aucune voiture, plus aucun tramway, plus aucun passant ne circulait. Face au massif barrage policier à droite, le cortège n'a pas eu d'autre choix que de bifurquer à gauche le long des voies de tram, puis lorsqu'il a été possible de tourner pour rejoindre la ville, le cortège a tourné mais à chaque rue à gauche, se tenait un barrage de policiers, parfois plusieurs fourgons. Si bien que les manifestants ont fait le tour d'un barrage armé, côtoyant et contournant à chaque carrefour ces forces de soit -disant défense de la ville. Ceux qui étaient à l'intérieur se rendaient-ils compte que nous étions si proches, mais invisibilisés, tenus à l'écart, ostracisés, criminalisés par un gigantesque dispositif policier. Peut -être ont-il même crû en voyant ce dispositif policier que nous étions des milliers, armés nous aussi ?Non, nous étions de simples citoyens alarmés de la violence dont s'empare l'Etat pour faire taire diverses formes de résistance et transformer des innocents en criminels. Devant l'ancien palais de justice transformé en hôtel de luxe, ce sont des véhicules surmontés de canons à eau qui nous attendaient au bord d'un couloir prédéfini et là à nouveau, un homme de police filmait scrupuleusement le cortège. A chaque carrefour, un barrage policier. C'est ainsi que la police a conduit le cortège devant la préfecture. Là encore, tous les boulevards avaient été coupés à la circulation, nous avancions dans des espaces quasi déserts le long de lignes tracées par des boucliers. Au cours des 50 otages, le cortège était cerné : à gauche des policiers, à droite des policiers et des chars à eau et en face, des chars à eau et un cordon armé de policiers. Parmi eux, l'un tenait son flashball de ses deux mains et le pointait sur une partie de la foule. Puis le barrage policier de la rue de Strasbourg a reculé, ainsi que les véhicules. Allaient-ils laisser les manifestants faire le tour de la ville par le sud ? Non, pas du tout. A peine leurs manœuvres terminées, les chars à eau à droite ont chargé la foule rassemblée mains levées pour témoigner de son pacifisme et comme si la charge n'était pas suffisante, une décharge énorme de gaz lacrymogène a été lancée à bout portant et sans aucun délai supplémentaire sur la foule aspergée qui n'a eu d'autre réaction possible que de fuir pour échapper aux brûlures.

Que s'est -il passé hier à Nantes ? Quelques centaines de citoyens ont défilé pacifiquement contre les violences policières et ont été violemment réprimés par les forces de l'ordre. La propagande officielle a beau jeu de dire que les manifestants étaient violents, elle les a rendus invisibles. D'où ce témoignage et cet appel à ne pas se laisser étrangler. La voix du peuple, une et unie, doit encore résonner. La frontière entre eux et nous est entièrement fabriquée symboliquement par de nombreux discours publics et sur le terrain par des forces de l'ordre qui isolent, encerclent et criminalisent les indignés. 

 

 

SOURCE / MEDIAPART

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