Whiplash, un film surprenant de Damien Chazelle, en salles

Publié le par dan29000

Whiplash : Quatre boules de cuir pour un swing

 

 

Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs, Whiplash, second film du jeune réalisateur franco-américain Damien Chazelle – un nom à retenir -  est probablement l’œuvre cinématographique la plus jouissive de l’année et une des plus belles surprises du dernier Festival de Cannes. Conçu comme un duel ou un combat au corps à corps Whiplash swingue « comme une orange abîmée lancée très fort contre un mur par un gamin mal élevé » mais il est à noter que celui-ci est particulièrement doué.
C’est que Damien Chazelle tient avec Whiplash le rythme et le pari de faire s’affronter sur le ring d’une école de jazz New yorkaise, le jeune aspirant batteur Andrew et le professeur Terence Fletcher dans un face à face tendu, féroce et sans concessions, dans la quête mutuelle mais contrariée de l’excellence, sous les auspices de l’emblématique Charlie Parker.

Whiplash livre ainsi durant près de deux heures, le combat singulièrement haletant jusque dans son tempo, métronome en main et sueur comprise, de quatre boules de cuir entre un jeune puncheur et un vieux kid marin jusqu’au KO final. Jubilatoire!

 


Andrew (Miles Teller) a 19 ans et vient d’intégrer la prestigieuse école de Jazz de Manhattan dirigée par Terence Fletcher avec l’ambition d’intégrer l’orchestre que celui-ci dirige et qui réunit les meilleures recrues de l’école. Discipline de fer, rivalités savamment entretenues, petites vérités humiliantes distillées au compte-gouttes : au jeu des chaises tournantes Terence Fletcher (J.K. Simmons) est passé expert pour mener ses jeunes recrues dociles à la baguette. Andrew n’est en apparence ni plus ni moins doué que les autres, il se fait remarquer par sa relative absence de réactivité à la réprimande ou à la flagornerie, de quoi éveiller excitation, intérêt et jusqu’auboutisme de Fletcher, maître passé mentor à défaut d’être entré dans la postérité du jazz. S’engage ainsi entre le maître et l’élève, mise à l’épreuve et mise à l’écart, un véritable bras de fer à armes égales, l’un ayant le pouvoir de la séduction, l’autre celui de l’audace.
 


Mais Whiplash n’aurait pas ce timbre si particulier et envoûtant si le propos de Damien Chazelle se contentait- ce qui est déjà une gageure en soi- de livrer une performance d’acteurs doublée d’une performance musicale que l’on peut considérer comme le troisième personnage du film. La gueule de J.K Simmons, sa gestuelle, les tirades au vitriol sur la vocation et les affres de la création concourent à dresser un véritable personnage de cinéma. Assurément Whiplash offre à J. K Simmons un rôle qui le situe à la stature et dans la lignée d’un Nicholson ou d’un Kevin Spacey notamment dans Swimming with Sharks, mais la prouesse des deux acteurs dans ce duel musical doit autant à la qualité du scénario construit comme un huis clos sur scène qu’à la maîtrise de la réalisation et de la photographie. Ainsi, la tension tragi-comique de Whiplash, tient de l’économie des dialogues et d’une mise en scène saccadée par l’alternance de gros plans, plans simples brefs ou étirés, toujours maîtrisés, qui bannissent de la sorte tout discours ou démonstration sur les thèmes éculés de la création ou des vertus salvatrices de la souffrance.
 

 

Et pourtant c’est avec une certaine malice, par cet effet d’amplification et de loupe, que Damien Chazelle - lui même musicien - parvient à brasser sans poncifs tous ces thèmes sans jamais vouloir les traiter autrement qu’à l’aide du silence musical, élément entêtant, obsédant du fil narratif. Whiplash excelle ainsi à montrer le corps et l’être à l’œuvre dans le processus de création et d’apprentissage mais aussi de construction de soi et parvient avec brio à montrer bien plus qu’à démontrer.

Whiplash n’est donc ni une tragédie ni une comédie dramatique sur la création et pourtant à coups de baguettes sur une batterie, de mains ensanglantées, de renoncements, de crochets et d’esquives, il vibre aussi et ainsi comme une catharsis –ici en partie autobiographique- sur le travail de la création et plus encore sur l’obstination à se tenir debout en face d’un autre…. sur un ring!

 Laura Tuffery

 Sortie salles le 24 décembre 2014

 

SOURCE / MEDIAPART

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