Sanctuaire, un film signé Olivier Masset-Depasse

Publié le par dan29000

Présenté hier au FIPA de Biarritz, le film sur « la guerre sale » au Pays Basque, entre ETA, le GAL, Paris et Madrid, a fortement impressionné, et convaincu une salle pleine.

 

 

« C’est une fiction ! », a introduit le réalisateur franco-belge Olivier Masset-Depasse lors de la présentation de Sanctuaire hier mercredi devant une salle pleine du FIPA de Biarritz. La première preuve en est apportée par l’absence de pluie à l’image durant les 90 minutes de ce thriller politique situé en Pays Basque entre 1984 et 1986.

Une fiction, qui en possède les meilleures codes, dans son rythme, dans son esthétique et, avec les mêmes qualités, dans l’interprétation très juste de tous ses personnages, ceux qui la découvriront en mars prochain sur Canal+ l’apprécieront pour cela.

Mais c’est aussi bien plus que cela, quand Sanctuaire doit être considéré comme le premier film de fiction à aussi bien restituer la complexité d’une situation politique asphyxiante au Pays Basque, qui est désignée à juste titre comme celle de « la guerre sale ».

La France de Mitterrand fait face à la difficulté de refuser l’extradition vers l’Espagne de ceux qui, dans l’organisation armée ETA, ont combattu le franquisme. Geste politique impossible, pour une Gauche au pouvoir, fidèle à Jaurès, qui a proposé à ces combattants un « sanctuaire » du côté français des Pyrénées.

Les etarras tuent en Espagne depuis des années, dans une guerre ouverte contre cette jeune démocratie espagnole dont les têtes franquistes sont encore en place, comme l’admet une partie du cabinet élyséen.

Mais le sang coule à Bayonne, à Hendaye, du fait de l’action du GAL (Groupes antiterroristes de libération), mercenaires bas du front lancés par l’Espagne contre des militants basques sur le sol français.

« Si vous vous débarrassiez de l’ETA, vous n’auriez plus ce problème avec les GAL », persifle Madrid, qui envoie des listes de dizaines de personnes à extrader, sans avoir renoncé à la pratique systématique de la torture dans ses geôles.

 

 

C’est une fiction. Cela ne pourrait en être autrement. Car les principaux responsables de l’époque ne vivent plus, ou sont trop vieux, ou bien manient excellemment la langue de bois dans les palais présidentiels.

Alors il a fallu nourrir ce travail de restitution par de multiples témoignages. Les soupeser. Les relier. Et en compléter les lacunes. Et les silences qui persistent.

« On a besoin de la fiction pour raconter une histoire dont personne ne veut plus parler », a commenté le réalisateur devant le public, « c’est notre droit d’aller plus loin ».

A ses côtés, Xabi Molia a immédiatement réagi. « C’est notre devoir ».

Ce réalisateur bayonnais a puissamment enrichi le scénario, une première pour lui, et les dialogues écrits portent ses convictions, partagées avec la production et le réalisateur.

Car Sanctuaire est une oeuvre puissante, tellurique. Cela se voit à l’écran, et il fallait aussi que cela s’entende, en basque en particulier, cette langue d’ici bien trop absente du cinéma qui évoque son histoire.

sanctuaire-fipa-3Ce que raconte ce film, c’est l’histoire d’une poignée de main tendue par un conseiller de l’Elysée à l’ETA. Mettre fin au conflit. Renforcer ceux, comme le chef Txomin, envisage de négocier pour sortir de la violence des armes. Ou qui cherchent à en sortir, comme Yoyes.

Ce rendez-vous sera manqué. La faute aux complexités politiques dans tous les camps, les tenants d’une attitude radicale existant dans les maisons basques accueillant les etarras, mais aussi à Madrid et à Paris.

Le film est une fiction, certes. Mais elle frappe au sternum, au moment où est assumé l’idée que, en refusant le dialogue avec celui qu’on appelle un terroriste, sans aucun devoir d’humanisme et de compréhension, on commet une erreur historique que l’on continue de payer du sang qui continue de couler. Et qu’on laisse le problème entier entre les mains des plus sanguinaires. Dans tous les camps.

Sanctuaire efface enfin le souvenir cinématographico-nauséeux du GAL hollywoodien de Miguel Courtois.

Mais il nous laisse dans la bouche sa conclusion que Paris et Madrid, il y a 20 ans de cela, ont accompagné dans sa chute l’espoir de paix, qui sera définitivement enterré quelques mois plus tard par l’arrivée à Matignon de Jacques Chirac, puis de Charles Pasqua au Ministère de l’intérieur.

Au bout de ses 90 minutes, ici à Biarritz, Sanctuaire a été longuement applaudi. Et son cri déterminé résonnera encore longtemps au Pays Basque.

 

SOURCE / EKLEKTIKA.FR

Publié dans écrans

Commenter cet article