Miss-Tic, femme de l'être, de Christophe Genin, Les Impressions Nouvelles

Publié le par dan29000

Le street art, en quelques années, est passé de la rue, de la marginalité, de l'illégalité, à la reconnaissance, aux galeries, aux musées. Et parfois même à la publicité, se laissant pénétrer par les institutions, le marketing et les charmes de la communication.

 

Au départ, au milieu des années 80, Miss.Tic manie le pochoir à la bombe, avec un support de choix, les murs ! Ses premiers autoportraits accompagnés d'épigrammes en forme de jeux de mots se laissent voir de Ménilmontant à Montmartre, en passant par le Marais. Au fil du temps et des recoins disponibles, elle raconte une partie de sa vie, tout en restant nettement en marge du microcosme artistique parisien. D'autant plus qu'à cette époque déjà lointaine, le tag, le pochoir ou le graff n'a aucune reconnaissance, sinon celle de la justice, sous forme de poursuites pour dégradations. Pourtant en 1986 et 87, elle efffectue déjà deux premières expositions à Paris et St Étienne, le début d'une très longue série jusqu'à nos jours, à Singapour, Berlin ou Barcelone...

 

Agrégé de philosophie, Christophe Genin travaille sur les cultures émergentes et populaires, en particulier le street art. Il a déjà publié Le street art au tournant (2013) et Kitsch dans l'âme (2010), sans oublier une première version de Miss.Tic, femme de l'être en 2008. C'est donc une nouvelle édition revue et augmentée qu'il nous a proposé fin 2014, ce qui permet de revenir sur les cinq dernières années de la carrière de cette artiste aussi atypique qu'attachante...

 

Il y a chez Miss.Tic une forme de résistance qui ne peut que nous plaire, une résistance en forme d'insoumission, en forme d'humour, , en forme de désirs, en forme de décalage... Ce qui fait sa grande force et son originalité d'artiste polymorphe, est une subtile alliance entre dessin et texte poétique. A l'opposé de tout vandalisme, elle offre aux regards des passants, une rupture désirable dans la grisaille habituelle des rues des grandes villes. Elle donne à penser, à rêver, à révéler, à partir ailleurs autrement, à sourire, à saisir...à s'évader. Magnifique enchantement proche de l'ensorcellement !

 

Puis elle s'évada du pochoir, pour les toiles ou les affiches, changeant au fil des années, passant de l'illégalité à une reconnaissance officielle, puis durant ces dernières années, à une institutionnalisation (commande du ministère de logement sous Christine Boutin, ou design d'une ligne de tramway à Montpellier).

 

Bien entendu Miss.Tic est une femme et une artiste libre de ses choix. Un auteur aussi, même si nous ne pouvons partager le point de vue de Christophe Genin parlant de préjugés ou de "reliquats de sexisme" quand certains s'offusquent lorsqu'un(e) artiste met son art au service de la communication d'entreprise  (loueur de véhicules ou marchand de vin rouge). Si faire une affiche pour l'excellent documentaire de JM Carré "Les travailleuses du sexe" ou des illustrations de l'ABC d'Albert Jacquard pour changer le monde, semblent bien en adéquation avec le parcours de Miss.Tic, la participation aux agressions publicitaires que nous subissons tous,  parait à l'opposé d'une certaine démarche artistique initiale. Bien entendu cela est aussi valable pour les graffeurs compromis avec l'industrie du luxe ! Malgré les errances d'Alexandre Kson dans "Art et communication : un mariage de raison" d'ailleurs préfacé par Séguéla (!), quand l'art envahit le commerce, tout ne devient pas art par magie ! Marketing et business dominent.

 

Il n'en demeure pas moins que cet essai est une belle réussite, notamment avec une mise en page aérée mettant bien en valeur les nombreuses illustrations, et un texte abordable par un large public, ce qui n'est pas toujours le cas dans de nombreux essais abordant l'art !

 

Un réel plaisir se fait jour au détour de chaque page de cette belle histoire de Miss.Tic. Créer c'est résister, résister c'est créer.

 

Dan29000

 

Miss.Tic, femme de l'être

Christophe Genin

Collection "Réflexions faites"

Éditions Les Impressions Nouvelles

Diffusion Harmonia Mundi

2014 / 208 p / 19 euros

 

 

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