A Haubourdin, l'abjection d'un maire déversant de la boue devant un camp de familles roumaines

Publié le par dan29000

 

 
Par Erwan Manac’h - Suivre sur twitter - 17 avril 2015
 

Une mairie déverse de la boue devant un bidonville

Une municipalité du Nord a fait déverser de la boue devant un campement où vivent 3 familles roumaines.

 

Des camions affrétés par la municipalité d’Haubourdin (Nord) ont déversé jeudi matin de la boue devant un bidonville où vivent 5 familles roumaines. Deux véhicules ont vidé leur chargement en présence de la police et d’une vingtaine de personnes, apprend-on de la presse locale. Des riverains ont tenté de s’opposer aux manœuvres et ont réussi à stopper un troisième véhicule avant qu’il ne déverse sa boue.

Selon le témoignage d’un des habitants du campement relayé par les associations, ce troisième véhicule est revenu sur place ce vendredi à 5 h du matin, accompagné d’une voiture de police municipale, pour finir son déchargement. Il a finalement renoncé.

Les 18 résidents de ce campement de fortune, dont 12 enfants, sont arrivés sur la commune il y a un an, après plusieurs expulsions d’autres communes du département. Ils étaient sous le coup d’une expulsion depuis le 9 avril et s’étaient d’ailleurs déplacés de quelques mètres pour sortir d’une parcelle appartenant à la métropole de Lille.

Le conseil départemental a porté plainte et le maire divers droite, lui, continue de durcir le ton :

« S’ils ne partent pas demain, je trouverais d’autres solutions, je veux les voir partir ! Je ne peux pas les accueillir à Haubourdin », claironnait Bernard Delaby jeudi dans La Voix du Nord.

Une attitude irresponsable et inquiétante pour les associations qui accompagnent les trois familles roumaines. « Des voisins ont proféré des menaces de mort et le maire les soutient par ces actes, s’inquiète Anne Dhalluin, du collectif Roms loossois, jointe ce vendredi par téléphone. C’est angoissant pour les familles. Elles ne dorment plus. »

 

 

Après leur arrivée à Haubourdin, les trois familles ont rapidement scolarisé leurs enfants dans deux écoles primaires et un collège de Lille. « Leur scolarité se passe très bien », indique-t-on dans une des deux écoles primaires où 4 enfants sont scolarisés.

« À défaut d’obtenir leur accueil sur la commune, nous demandions au moins au maire que les enfants puissent finir l’année scolaire. Il a toujours refusé. », raconte Anne Dhalluin. Elle indique aussi qu’une analyse de la terre va être menée, « car elle ne ressemble pas du tout à de la terre agricole ».

« Que les gens expriment leur dégoût d’un tel acte ! »

Des réactions ont commencé à se faire entendre vendredi au-delà de la commune :

« Un élu de la République vient de commettre un acte d’une abjection sans nom », s’indignait jeudi la fédération du Nord de la Ligue des droits de l’Homme.

« Nous sommes dans un processus, progressif, de refus d’existence pour les personnes qui habitent ces bidonvilles, réagit Saimir Mile, de l’association La voix des Rroms, contacté vendredi. La forme que cela prend est nouvelle et je ne sais pas où cela va nous mener. Je souhaiterais que la mairie d’Haubourdin soit inondée de mails, de courriers et d’appels. Que les gens expriment leur dégoût d’un tel acte ! »

« Cet acte d’une profonde indignité est d’autant plus violent qu’il a été orchestré par la municipalité et son maire Bernard Delaby, s’indigne ce vendredi EE-LV dans un communiqué. Cette action du maire, si elle est avérée, relève d’un comportement contraire à l’éthique républicaine et appelle des sanctions de la part du préfet »

Le maire élu l’an passé semble de son côté faire cas personnel de cette affaire : « On se moque de moi, de mon autorité en tant que maire », déclarait-il jeudi à La Voix du Nord. « En déplacement », il n’a pas donné suite à notre demande d’entretien.

Des précédents dans le département

De telles méthodes ne sont pas complètement nouvelles. Un procédé similaire a été utilisé le 3 février dans la commune de Loos, en banlieue de Lille. Cette fois, de la terre a été déversée entre les cabanes où vivaient des familles de Monténégrins. Une dizaine de camions, sous protection policière, ont ainsi séparé les caravanes des cabanes servant à préparer les repas. Le bois de chauffage avait également été enseveli, rapportait alors La Voix du Nord.

 

 

À 20 km de là, le maire divers droite de la commune d’Erquinghem-Lys, Alain Bézirard, a aussi menacé d’agir de la même façon il y a quelques mois, sans toutefois passer à l’acte jusqu’à présent.

- Ajout, vendredi 17 avril à 16 h 40 : La mairie d’Haubourdin a répondu ce vendredi à nos questions par l’intermédiaire de sa directrice de cabinet, Hélène Desramault. Elle évoque « les riverains qui subissent des nuisances, les tapages, les violations de la salubrité publique, les rats qui courent », et tient à préciser les termes :

« Il ne s’agit pas de boue ou de lisier, mais de terre et elle a été déversée sur le pourtour d’une partie du campement pour éviter qu’il s’étende. Le bruit qui court affirmant que cette terre serait polluée est absurde. »

Elle ajoute avoir été surprise par l’ampleur que prend l’affaire :

« Nous ne voulions pas faire le buzz. Il ne s’agit pas d’un geste à portée symbolique, mais du respect d’une procédure. Nous appliquons une décision de justice », ajoute l’employée de mairie, évoquant l’ordre d’expulsion rendu en décembre par le tribunal de grande instance de Lille contre ce campement.

Aucune procédure ne prévoit pourtant de telles actions et les mairies n’ont pas le pouvoir de recourir à la force publique, qui doit être octroyée par la préfecture de police.

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