A Rennes, la cantine de la Maison de la grève a besoin de sous

Publié le par dan29000

La cantine de la Maison de la Grève

 

La cantine de la Maison de la grève est née à Rennes il y a cinq ans lors du mouvement contre la réforme des retraites en 2010. Sur les piquets de grève puis dans des locaux occupés, la cantine devient un moment de rencontre et de partage du quotidien. Lorsque la grève s'est terminée, nous avons décidé de ne pas rentrer chez nous, mais au contraire de faire perdurer ces pratiques. Depuis trois ans, la cantine est hébergée au 37 rue legraverend. Elle diffuse une idée de l'autonomie au cœur même de la ville. On y vient pour manger, conspirer, s'organiser.

Cette expérience pose des questions très pratiques : Comment ne pas laisser l'argent étrangler nos vies ? Comment se rencontrer quand tout pousse à la méfiance ? Comment se nourrir tout se rendant peu à peu indépendant du système marchand ?

La cantine façonne un espace commun permettant de trouver des réponses à la fois matérielles et éthiques. Matérielle, puisqu'il s'agit de se doter d'un outil pour manger à nombreux tout en se posant la question de l'argent collectivement (le prix est libre, chacun donne ce qu’il veut/peut). Éthique parce que bien sûr manger ensemble est un prétexte pour se rencontrer, discuter, tisser des liens. Ici il ne sera jamais question de gagner de l'argent, on ne doit rien à qui que ce soit : tout prend une saveur différente quand personne ne travaille ou n'est un client.

 

Régulièrement, la cantine se déplace hors des murs de la Maison de la grève, pour prendre part à des luttes. Par exemple elle s'est récemment installée en face du tribunal de Rennes, lors de la semaine du procès de deux policiers impliqués dans la mort de Zyed et Bouna à Clichy sous Bois en 2005, pour apporter son soutien aux familles. Elle devient alors un point de rencontre ouvert, qui diffuse des informations, des rendez-vous et permet une solidarité financière.

 

Que ce soit en exil ou dans ses locaux, à la cantine de la Maison de la grève, on mange toujours bien et on tient à ce que cuisinier pour nombreux soit un plaisir. Cela implique de changer ses habitudes. Nous avons appris à transmettre des techniques, des recettes, des savoir-faire, à accueillir de nouveaux cuistots ou en inviter d'autres plus expérimentés. De cette manière, la frontière entre manger et faire à manger s'estompe.

Les infrastructures de la cantine sont aussi le lieu d'un apprentissage permanent. Depuis trois ans, les réaménagements se succèdent et rendent l'espace de plus en plus agréable et fonctionnel. Nous avons déjà équipé la cuisine d'un grand évier double-bac, d'un four professionnel, de grands plans de travail. Pour la salle à mange nous avons fabriqué des tables en chêne pliables. Et la construction d'un four à pain vient de s'achever. Tous ces travaux sont aussi l'occasion de chantiers collectifs.

Pratiquement, comment ça marche ?

 

Les cantines ont lieu les mardis, mercredis et jeudis midi. Elles sont ouvertes à toutes et à tous, que ce soit pour venir manger ou pour cuisiner. Chaque repas est assuré par une équipe de deux à cinq personnes. Entre cinquante et soixante-dix couverts y sont servis chaque midi. Le financement est assuré par une participation libre.

Nous accordons une place importante à l'approvisionnement. D'une part, nous organisons une tournée de producteurs locaux pour récupérer leurs invendus : légumes, œufs, pains, etc. On recherche d'ailleurs activement des paysans proches de Rennes qui ont envie de soutenir l’initiative. D'autre part, la cantine nous a amené à nous préoccuper de la question agricole. Depuis le printemps 2013, nous prenons part à « sème ta ZAD » à Notre-Dame-des-Landes : l'année dernière nous avons récolté trois tonnes d'oignons et plusieurs tonnes de patates qui ont été partagés entre différents lieux dont la Maison de la Grève. Cette année, nous avons eu le plaisir de goûter le pain préparé à partir du blé récolté et transformé sur les terres de Saint-Jean du Tertre (ouest-ZAD).

Les équipes élaborent leur menu à partir des stocks du garde-manger et achètent ce qu'il manque selon les besoins des recettes. Pour qu'il soit complet, des courses de fond sont réalisées chaque mois.

 

A quoi va servir le financement ?

Avec maintenant bientôt 3 ans d’existence sous sa forme sédentaire, la cantine a un fonctionnement bien rôdé. Si le prix libre couvre bon an mal an les frais engagés au quotidien, il ne permet malheureusement pas d’« investir » dans l’acquisition ou le renouvellement de matériel, ce dont nous commençons à avoir grandement besoin si on veut tenir sur le long terme sans trop s’épuiser. On a donc dressé une liste de ce qu’on aimerait bien pouvoir acheter pour gagner un peu en confort pour les équipes qui se relaient en cuisine, et pour la salle aussi :

- un lave-vaisselle professionnel : 1200 €

- des bancs (les amis qui ont déjà fabriqué les tables ont proposé de faire aussi les bancs, mais il faut acheter les matières premières) : 300 €

- un congélateur : 400 €

- 2 grandes gamelles supplémentaires : 150 €

- un grand thermos pour le café : 90 €

- de la vaisselle (bols, verres, assiettes) : 100 €

 

Soit un budget de 2 240 € (2 420 € en ajoutant les 8 % de frais de collecte).

Et, si on récolte plus, on pourra financer les travaux d’aménagement de l’espace cuisine (à 4000 €, on pourra remplacer le plexiglas par de vraies fenêtres, et avoir moins froid l'hiver), voire penser à changer notre vieux four qui donne des signes de faiblesse !

A propos du porteur de projet

La maison de la grève

 

Hébergée dans les locaux d'une ancienne boulangerie, la Maison de la grève est en mouvement permanent. Les espaces se définissent au fur et à mesure que s'y dessinent les envies et les besoins. Elle est à la fois un lieu de circulation de pensée, de diffusion de pratiques et de partage d'imaginaires. On y organise des lectures, des discussions, des séminaires, des ateliers BD, des projections, des concerts, etc. On y invite aussi ceux qui luttent à des centaines de kilomètres de là parce que les différentes situations se font échos : des camarades qui se battent contre la construction d'un TGV dans la vallée de Susa en Italie, à ceux qui ont connu les débuts du soulèvement de la place Maïdan à Kiev, de ceux qui ont participé à la révolution tunisienne à ceux qui étaient présents lors d'Occupy Wall-Street. Son ambition est de construire au fil des années une communauté ouverte, bigarrée (et hautement improductive) qui tente de tenir ensemble les différentes dimensions de la lutte et de la sécession au sein des métropoles.

 

Un programme est publié chaque mois et toute l’actualité du lieu est disponible sur son site internet : maisondelagreve.boum.org

La cantine est la colonne vertébrale de la Maison de la grève. Elle rend possible de se retrouver quotidiennement, de se rencontrer simplement et de se poser les questions pratiquement. Elle permet à toutes ces dynamiques à contre-courant d'exister et de grandir.

Pour nous suivre :

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Petite précision pratico-pratique pour finir : c'est l'association APRIL qui met à disposition ses moyens (notamment les locaux) auprès des collectifs qui animent la maison de la grève. C'est donc à elle que les dons sont adressés.

 

Pour participer sur ULULE, voir ici

 

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