Entretien avec Umberto Santino sur l'actualité de la mafia

Publié le par dan29000

Où en est la mafia ?

 

 

En 1977, avec sa femme Anna Puglisi, Umberto Santino a fondé le premier centre d’études sur la mafia, ensuite baptisé du nom de Peppino Impastato, militant tué par la mafia à Cinisi, près de Palerme.  

Devenu une Onlus (Organisation non lucrative d’utilité sociale), le centre Peppino Impastato (1) fait un travail extraordinaire de recueil systématique de toute sorte de documentation utile à la recherche sur la mafia. Il accueille tous ceux qui étudient les mafias et en particulier étudiants, chercheurs, journalistes… Le Centre est autofinancé, parce qu’il est opposé aux pratiques clientélistes dont souvent profitent ceux que Sciascia appelait les «professionnels de l’antimafia». En effet, la mission du Centre est de tenir à tout prix la barre de la rigueur et de l’intégrité, qualité extrêmement cruciale car l’histoire de la mafia montre que celle-ci est capable de phagocyter toutes les institutions et parfois mêmes celles qui semblent s’y opposer.

Umberto Santino, auteur de nombreux ouvrages, est considéré comme l’auteur le plus qualifié et rigoureux sur l’histoire de la mafia, de la lutte contre ce phénomène et aussi des différents aspects des mafias d’aujourd’hui (voir sur le site du Centre la liste de ses publications). Il écrit régulièrement dans plusieurs journaux, hebdomadaires et revues scientifiques et il est souvent invité à intervenir dans des colloques, écoles, universités et débats publics. 

Voici les questions qu’on lui a posées en guise de réflexion sur les changements dans les mafias et sur les développements des recherches et des savoirs dans ce domaine, pour comprendre, donc, qu’en est-il de la mafia ?

 

 

Partons de la situation actuelle: quelle est actuellement l’état de la mafia à Palerme, en Sicile, en Italie, en Europe et à l’échelle mondiale ?

Après l’assassinat du général/préfet Dalla Chiesa en 1982, puis les bombes de Capaci et de via D’Amelio en 1992 (assassinats des magistrats Falcone, Morvillo, Borsellino et des policiers qui les protégeaient), l’organisation dénommée Cosa nostra a subi des coups. Avec l’adoption de la loi antimafia, dix jours après l’homicide de Dalla Chiesa et de sa femme, le maxi procès de 1986 se termina avec les condamnations des boss et de leurs comparses; les textes de 1992 prévoient aussi une détention spéciale pour les mafieux.

Ensuite, ont eu lieu les procès des liens entre mafia et politique, comme celui d’Andreotti, maintes fois chef du gouvernement et l’un des hommes les plus puissants de la soi disant “première République”, procès terminé “à l’italienne”: reconnu coupable d’association criminelle jusqu’à 1980, ce délit est prescrit et il est acquitté pour la période qui suit. L’un des fondateurs de Forza Italia avec Berlusconi, Marcello Dell’Utri, a été condamné pour complicité avec la mafia; l’ex-président de la région sicilienne, Totò Cuffaro, est actuellement en prison pour faveurs à la mafia.

On peut donc dire que la mafia à Palerme et en Sicile a payé ce que j’appelle le “délire d’omnipotence criminelle” (les grands délits et attentats, l’amenant à la Une et déclenchant la réaction de l’Etat). Cependant, il me semble risqué parler de défaite de la mafia sicilienne. Certes, elle est en crise, a perdu le rôle hégémonique dans le trafic international des drogues, parce qu’il y a des autres acteurs qui ont occupé le terrain; elle doit agir dans un contexte plus complexe que celui des années précédentes. Elle a perdu le rôle joué après 1945; en Sicile, la guerre se termine en 1943 et la mafia déclenche tout de suite sa guerre contre les luttes paysannes et les communistes, alors dirigés par Li Causi; elle était le rempart armé des dominants contre l’opposition sociale et politique et aussi un gage, voire une hypothèque atlantiste sur l’Italie postfasciste et enfin un formidable bras armé du parti-Etat (la Démocratie Chrétienne). Depuis 1990, elle a trouvé ses nouveaux interlocuteurs parmi les néo-parvenus au pouvoir: Forza Italia, le parti créé par Berlusconi, remplaçant la Démocratie Chrétienne, qui depuis un demi-siècle monopolisait le pouvoir à l’échelle locale, régionale et nationale. 

A l’échelle nationale italienne opèrent les mafias historiques : la mafia sicilienne, la ’ndrangheta calabraise, la camorra de la région de Naples, la plus jeune «Sacra couronne unie» des Pouilles. Selon la définition de la loi antimafia de 1982, on a des organisations mafieuses qui opèrent avec un certaine continuité, emploient les menaces et la violence pour s’imposer sur les concurrents, ont des rapports avec des secteurs de l’administration publique, de la politique et des institutions. Un exemple significatif est la “Mafia capitale” (de Rome), depuis 2014 objet d’une importante enquête judicaire. On peut donc dire que le modèle mafieux, dont la mafia sicilienne a donné l’exemple, a fait école puisque il combine l’association de malfaiteurs avec le système de rapports économiques, sociaux et politiques, la violence et l’illégalité, et le processus d’accumulation, de formation de la domination et de gestion du pouvoir, s’accaparant des contrats et de l’argent public (2). 

Il existe des documents prouvant la présence des mafias historiques dans les régions de l’Italie du Centre et du Nord. La ’ndrangheta a conquit un poids particulièrement important à travers l’accumulation illégale obtenue par son rôle hégémonique dans le trafic de drogues, en particulier de cocaïne; dans toutes les grandes villes et en particulier à Milan, cette drogue a un grand marché dominé par cette mafia calabraise grâce à son rapport privilégié avec les cartels latino-américains. Cela explique son rôle dans les petits et grands chantiers en Lombardie et dans les autres régions, où des réseaux parentaux calabrais se sont installés. Parmi les émigrés-immigrés calabrais, se trouvent des affiliés des ’ndrine des villages d’origine qui alimentent le réseau avec des gens déguisés comme migrants “génériques”.  Il est important souligner que la direction reste dans les villages d’origine: en 2008, Carmelo Novella a été tué parce qu’il a cherché à former une ’ndrangheta lombarde autonome. On a donc un “mix” d’archaïque (les maisons-mères des ’ndrine, les structures de base de la ’ndrangheta, demeurent dans des petits communes, tels San Luca et Platì, parce que «isolés et protégés» par les montagnes de l’Aspromonte) et de postmoderne, ce qui prouve la compatibilité de pratiques ancestrales, comme les rites d’affiliation, qui reprennent et renforcent les racines identitaires, avec les actuelles formes d’accumulation liées aux trafics internationaux.

En Europe

Même si, en 2012, l’Union européenne a institué une Commission antimafia, on ne peut pas dire que la prolifération des groupes criminels de type mafieux et l’expansion de l’accumulation illégale ait fait l’objet de l’attention sérieuse qu’ils méritent. L’Allemagne semble avoir découvert la ’ndrangheta avec les assassinats à Duisburg le 15 août 2007 (la continuation d’une faida à l’intérieur de l’organisation calabraise – pluri-vendetta entre deux clans ou familles). Or, le problème n’est pas les restaurants et les pizzerias gérés par des mafiosi italiens, mais l’hospitalité offerte aux capitaux illégaux par le système financier en Allemagne comme dans bien d’autres pays. Aujourd’hui plus que jamais, on peut constater qu’en Europe et ailleurs, le pouvoir réel est dans le système financier qui dirige et conditionne un cadre institutionnel complice ou subalterne.

A l’échelle mondiale 

A cette échelle aussi, on a des groupes historiques, comme les triades chinoises, la yakuza japonaise et de récente formation, les cartels latino-américains, les mafias russes, nigériennes etc. L’image la plus courante est celle de la pieuvre; en réalité il n’y a pas de commandement unitaire superposé aux diverses organisations criminelles. Leur prolifération s’explique per l’effet de la globalisation capitaliste qui a des conséquences criminogènes à deux niveaux: l’accroissement des déséquilibres territoriaux et sociaux et la financiarisation de l’économie. La globalisation est un supermarché de super-consommation pour peu de gens, 20% de la population mondiale, et une fabrique de marginalisation et d’appauvrissement pour tout le reste de la population. Dans ce cadre, le recours aux activités illégales dans des formes professionnelles, plus ou moins directement inspirées par le modèle mafieux, est l’unique ressource, ou la plus adaptée, pour les habitants des périphéries toujours plus étendues. L’économie contemporaine est toujours moins productive et toujours plus financiarisée; dans le marché financier, structurellement opaque à cause du secret bancaire, les diverses formes d’innovation financière, les paradis fiscaux, il est devenu toujours plus difficile distinguer les flux de capitaux illégaux et légaux. De telle sorte que les mafias s’enracinent soit dans les périphéries marginalisées, soit dans les centres des pouvoirs mondiaux. 

Peut-on dire: 

1) qu’on est en face d’une sorte de période de «pax mafieuse» déguisée par la «globalisation» de toutes les mafias, voir par le fait que le soi disant développement néo-libéral a permis aux organisations criminelles de type mafieux un nouveau grand succès transnational qui profite du relatif affaiblissement des Etats ?

2) que la mafia sicilienne et les autres mafias européennes ont adopté la pratique de l’outsourcing, c’est-à-dire la sous-traitance du «sale boulot» aux organisation criminelles ou «mercenaires» (tout comme les multinationales sous-traitent leurs productions) ?

 3) que les mafias telles que celle siciliennes ou la mafia russe jouent de préférence sur le terrain financiers et des grands trafics (capitaux, armes et drogues) laissant les activités criminelles habituelles aux aspirants mafieux ?

Nous vivons une période de transition, avec le passage des pouvoirs réels à des sujets transnationaux, comme la Banque mondiale, le FMI, l’OMC; on a une cession de souveraineté de la part des Etats nationaux à des organismes internationaux, surtout à ceux qui gouvernent l’économie mondiale et en particulier le système financier. Mais on ne peut pas dire que les Etats nationaux aient disparus. Encore aujourd’hui, même limités dans leur super puissance, avec une énorme dette en grande partie aux mains des Chinois, les Etats-Unis sont le siège des plus gros centres financiers et pas par hasard, le lieu des gardiens du capital et des agences de rating (Standard & Poors. Moody’s, Fitch). Bauman parle d’un pouvoir qui de l’Etat a transmigré vers le marché, Beck de déterritorialisation du pouvoir désormais coïncidant avec la planète entière; ce sont des tendances en cours, pas encore des réalités pleinement accomplies. Or, les mafias aussi sont devenues acteurs à l’échelle globale, mais elles n’ont pas perdu l’enracinement dans le territoire.

Le passage des activités les «plus exposées» à de nouveaux sujets a été expérimenté déjà depuis plusieurs années aux Etats-Unis, une économie ouverte dans laquelle le crime a servi de moteur pour l’accumulation de capitaux et l’acquisition de savoir-faire de la part de groupes ethniques late comers qui dans le melting pot américain réussissaient à acquérir un rôle à travers des activités illégales pour ensuite passer à celles formellement légales (3).

Aujourd’hui on peut dire que la mafia, les mafias, vivent une phase qu’on peut définir comme “financière”, par l’importance acquise par l’accumulation illégale liée aux trafics internationaux (4). Le développement des associations criminelles, tout comme d’autres acteurs qui ont une certaine durée dans le temps, mêle continuité et transformation. Par exemple, la “seigneurie territoriale”, dont la forme la plus connue a été la pratique historique de l’extorsion comme fiscalité parallèle, cohabite sans problème avec les trafics internationaux qui se sont développés au cours de dernières années. Par exemple : dans les années 1970-début 1980, en Sicile les raffineries d’héroïne ont été créées sur les terrains autour de l’aéroport de Palerme, où le boss Gaetano Badalamenti exerçait sa “seigneurie territoriale”, aéroport inclus. Ainsi, avec la complicité des employés de l’aéroport, l’héroïne produite in loco était envoyée aux Etats Unis, alors le principal marché de la drogue.

S’agit-il d’une émigration-immigration de ces mafias dans ces nouveaux territoires ? Ou bien du même phénomène connu aux Etats-Unis, c’est-à-dire la création d’organisations criminelles destinées à fournir des prestations nécessaires à l’assise économique de ce pays, et en particulier à la rentabilisation économique et politique de la violence et de la menace de mort (affaires commerciales, corruption, contrôle de la main d’œuvre immigrée ) – ce qui expliquerait les mafias «ethniques» ? Ces mafieux, au Nord de l’Italie et ailleurs, sont-ils des mafieux émigrés ou bien des gens bien intégrés dans des cercles sociaux de la société locale d’immigration, qui comprends des autochtones bien disposés à passer à des activités criminelles sous l’influence de l’idéologie néo-libérale ? (notamment des gens de la finance qui misent à tout prix à la maximisation des profits hic et nunc)

Les groupes criminels “émigrés” peuvent exercer leurs activités dans les contrats et sous-traitances, dans le trafic des déchets toxiques et industriels, dans la fourniture de main d’œuvre à bas prix et non syndiquée, seulement s’ils ont des relations stables avec les entrepreneurs, avec les groupes dirigeants locaux, avec l’administration publique, avec les banques. S’ils n’arrivent pas à établir ces relations, ils vont ailleurs. Dans des petites communes il est assez facile, avec un certain paquet de votes, d’avoir un élu, un maire adjoint ou même le maire, mais on peut arriver à avoir aussi un élu à la région et des rapports excellents avec un gouverneur régional et des politiciens nationaux. Mais il est décisif disposer de capitaux qui, dans une économie légale en crise et avec les difficultés d’accès au crédit, font des groupes criminels un guichet bancaire qui peut élargir des crédits, souvent comme premier pas pour s’emparer d’un commerce ou d’une usine, opérations souvent utilisés pour le recyclage du capital illégal. Le néo-libéralisme, comme idéologie de la compétition et du succès à tout prix et par tous les moyens (qui a trouvé son interprétation la plus emblématique dans le berlusconisme), permet de combiner pratiques de corruption et pratiques criminelles.

Alors qu’en est-il de la lutte contre la mafia ? Quel est le bilan de la «guerre» aux mafias déclenchée par les Etats-Unis et ensuite par les autres pays depuis le Fiscal Year de Weimberger (quand il proclama en 1979 que l’ennemi n’était plus seulement l’URSS mais ailleurs faisant allusion aux «Suds» qui prétendaient et prétendent s’autonomiser y compris les Sindona de l’époque, les Noriega, la mafia colombienne, même la finance du Vatican etc.) ? Donc, où en est la lutte contre la mafia en Sicile, en Italie, en Europe et à l’échelle mondiale ? (4 points)

Dans les années 1970, aux Etats-Unis, la théorie dominante parmi les criminologues était l’alien conspiracy: les sujets criminels étaient étrangers et leurs activités étaient considérées comme un complot contre la nation. Theft of the Nation était le titre d’un livre d’un des auteurs les plus renommés, Donald Cressey, mais déjà dans les années 1950, le sociologue Daniel Bell suggérait qu’il fallait comprendre le crime comme American way of life, c’est-à-dire comme une des composantes de la société des Etats Unis. Il est encore très important rappeler le criminologue Edwin Sutherland, qui, à la fin des années 1940, avec son White Collar Crime, rédigea le catalogue de la criminalité des cols blancs, renversant l’approche des études criminologiques, portant jusqu’alors uniquement sur les délits des classes inférieures. Ce n’est qu’en 1983, 34 ans après sa première édition, qu’a été publiée la liste des sociétés sur lesquelles avait été menée la recherche.

Le cadre s’est compliqué au cours des dernières décennies avec le succès du capitalisme financier et globalisé. Les lois antimafia, comme l’Organized Crime Control Act adopté par les Etats Unis en 1970, la loi italienne de 1982, les directives européennes anti-recyclage, la convention internationale sur le crime transnational de 2000, visent davantage les effets plutôt que les causes, qui doivent être recherchées dans les dynamiques de la globalisation. Les grands profits des mafias contemporaines sont liés au trafic de drogues, d’armes, d’êtres humains et de déchets toxiques.  Il s’agit de la production et du commerce de biens de consommation de masse ou de marchandises assez prisés comme les armes ou encore de « prestations de services » fortement demandées comme celles des passeurs de migrants, vu la prohibition des migrations, ou encore le traitement illicite des déchets toxiques et non toxiques. En tout cas, toute prohibition favorise les mafias et la simple criminalité (depuis celle de l’alcool qui avait permis à Al Capone de faire fortune jusqu’à celle des drogues et des migrations d’aujourd’hui). Selon les estimations connues, en ce qui concerne les trafics, au premier rang figure le trafic de drogues, au second rang celui des armes, au troisième celui des êtres humains et au quatrième celui des déchets toxiques. En tout cas, force est de constater que  les mafias sont devenues les acteurs illégaux les plus riches de l’histoire de l’humanité. Les capitaux illégaux affluent dans le système financier, dont l’opacité rend toujours plus difficile la distinction entre capitaux légaux ou non. Si l’on veut aborder sérieusement le problème des mafias contemporaines, il faut réfléchir et œuvrer sur ces mécanismes et ces dynamiques.

Que se passe-t-il avec la «fin» de Berlusconi et l’arrivé de Renzi au pouvoir dans le domaine de la guerre aux mafias ?

En Italie, la soi-disant gauche et l’actuel gouvernement dit de centre-gauche (qui comprend des politiciens de tout bords concernés par des enquêtes judiciaires)sont en train de réaliser le programme que les gouvernements dits de droite n’ont pas été capables de mettre en œuvre. Ils ont commencé par l’élimination des droits acquis par les travailleurs pendant des décennies de luttes. Dès lors, on a eu le démantèlement et l’érosion des droits acquis, davantage de faveurs pour les acteurs financiers, un accroissement du pouvoir décisionnel et discrétionnaire du gouvernement aux dépens du Parlement et aussi de l’autorité judiciaire. Selon la doxa dominante, face à la crise, la principale variable à manipuler est le marché du travail, c’est-à-dire les droits, la durée, le salaire, et la possibilité de déplacer la production là où on peut avoir de la main d’œuvre sans droits et pour quelques centimes, voire dans des conditions de presque néo-esclavagisme. Même en Italie, il existe des situations de ce genre (que l’on songe aux immigrés irréguliers qui travaillent dans les serres de la province de Ragusa ou dans la récolte des agrumes, des kiwis, des tomates et autres produits agricoles, au sud comme au nord). Le néo-libéralisme est devenu pensée unique, la majorité du Parti démocrate est néo-libérale (5); il rassemble des anciens de la Démocratie chrétienne recyclés et des ex-communistes qui renient leur passé et ont jeté le bébé avec l’eau du bain – ou pour mieux dire ils ont jeté le bébé et gardé l’eau sale. Le PD est un parti du centre qui regarde à droite, avec l’idée de fonder un “parti de la nation”. En Italie, il n’existe pas de gauche sociale capable de représenter les intérêts des chômeurs, des précaires, des marginalisés par les processus de globalisation du néo-libéralisme. On sait que la crise de la gauche existe partout en Europe. La Grèce pourrait peut-être donner quelques bonnes nouvelles, mais les eurocrates s’attelleront à faire faillir toute expérimentation alternative à leurs directives néo-libérales, à tout prix, y compris le soutien aux fascistes.

Pour ce qui concerne la mafia, si avec Berlusconi on était dans la confusion entre pouvoir politique et mafia (j’ai parlé de “légalisation de l’illégalité”), maintenant nous sommes dans une phase où sur le plan formel, on peut les distinguer. Cela dit, on peut constater que la lutte contre la mafia n’est pas une priorité dans l’agenda de Renzi, intéressé surtout par une transformation de la forme Etat, par la codification de l’hégémonie de l’exécutif.  Le gouvernement Renzi a des difficultés à faire voter des lois efficaces contre le recyclage et la corruption, soit parce que la majorité de son parti  partage ses compromis avec Berlusconi, soit parce que ses alliés de droite sont hostiles à ce genre de lois. En Italie, où on a une illégalité structurelle et systémique, il apparaît assez pénible de prétendre l’assainir par le recours à la cooptation de quelque magistrat, consacré grâce aux enquêtes qu’il a conduites par le passée; ce geste, pour montrer une volonté de faire nettoyage dans le monde des marchés publics, pourrait donner quelques résultats, mais seulement précaires et partiels. C’est comme soigner une maladie chronique aux urgences. La récente norme sur la responsabilité civile de la magistrature, l’un des points du soi-disant “pacte du Nazareno” établi entre Renzi et Berlusconi, affaiblira davantage la magistrature qui est déjà pauvre en personnel et moyens.

Peut-on dire que la magistrature et les polices italiennes ne sont pas touchées par les tentatives de corruption de la part de la mafia ?

Je ne pense pas que les liens de la mafia avec une partie des institutions puisse s’appréhender seulement ou surtout par la corruption. Plus importants sont la convergence d’intérêts et le partage de codes culturels: l’illégalité comme ressource, et l’impunité comme status symbol. Des magistrats italiens ont été tués en raison de leur engagement dans la lutte contre la mafia, et souvent ils ont été isolés, lâchés, abandonnés par des collègues qui les dénigraient, les attaquaient ou préféraient s’occuper d’autres problèmes, sachant bien que le « problème mafia » conduit presque toujours à celui de la morphologie du pouvoir politique, avec lequel il est préférable maintenir des bonnes relations, car de cela dépendent reconnaissance et carrières. 

Qu’en est-il des développements des théories et en général des connaissances dites scientifiques sur les mafias ?

Pendant des années, l’analyse de la mafia a été dominée par le théorème culturaliste (la mafia comme subculture, mentalité, sans organisation) ; ensuite ça été le tour du théorème «organisationnel» (Cosa nostra et ses alentours, négligeant les autres aspects). Dans les années 1970, le livre de référence était celui du sociologue allemand Henner Hess qui considérait erronée la thèse de la mafia comme organisation et soutenait l’idée que tous les Siciliens des quatre provinces de la Sicile occidentale partageaient la subculture mafieuse. La mafia imprenditrice du sociologue Pino Arlacchi (6), livre des succès au début de 1980, soutenait aussi l’idée qu’il n’existait pas une structure organisationnelle de la mafia. Après les révélations du mafieux collaborateur de justice Tommaso Buscetta et les enquêtes qui en ont découlé, les chercheurs, en particulier les historiens, par exemple Lupo et Dickie, ont basé leur études sur l’analyse de Cosa nostra comme organisation structurée. Se pose le problème de l’utilisation des actes judiciaires : à mon avis, l’usage est possible mais en étant conscient qu’ils reconstruisent les faits, définis comme délictueux par les lois en vigueur, dans le but d’identifier et punir les responsables – tandis que les sciences sociales visent la reconstruction de la complexité du phénomène mafieux et ses relations avec le contexte, au-delà des délits (7). Les objectifs et les instruments et méthodes de la justice et des sciences sociales sont différents et cela peut biaiser les informations utiles à la recherche, qui donc doit avoir toujours un regard critique.

Mon “paradigme de la complexité” conjugue crime, accumulation, pouvoir, code culturel, consensus social, associationnisme et système relationnel; ainsi je lis le développement historique comme un mélange de continuité et d’innovation. Actuellement, dans les milieux académiques, la vision de la mafia qui semble être la plus répandue parle d’“industrie de la protection privée” (Gambetta, Varese). Selon cette interprétation, agissant dans un contexte dominé par l’insécurité, la mafia serait une sorte de compagnie d’assurance (ignorant qu’elle-même est créatrice de risque, demandant de l’argent et menaçant jusqu’à la mort ceux qui ne payent pas). Quelques auteurs parle de “area grise”, une expression générique pour parler de ce qui me semble plus approprié, un “système relationnel”, à composition trans-classiste mais au sein duquel prévalent des figures classifiables comme “bourgeoisie mafieuse”: professionnels, entrepreneurs, administrateurs publiques, représentants de la politique et des institutions (8). Mon approche se base sur une analyse «de classe», qui tient compte des mutations des derniers années; pendant longtemps elle a été considérée “vetero-marxiste”; maintenant, nombre de gens, surtout au sein de la magistrature, parlent de “bourgeoisie mafieuse”, puisque au cours des enquêtes ils se sont rendu compte que sans le système de relations, les chefs mafieux, souvent analphabètes, comme Riina et Provenzano, ne pourraient faire pas grand choses.

A l’échelle internationale, on parle de “crime transnational”. On pense que les mafias prospèrent seulement ou surtout dans des contextes d’Etats faibles et de marchés sans règles, ignorant que jusqu’à présent les Etats-Unis – le pays qui a eu un rôle hégémonique du point de vue économique et politique et est considéré comme l’exemple le plus réussi de démocratie – ont fonctionné comme incubateur des mafias. Les pays classés comme dominés par le crime organisé ne font que suivre le parcours (ou l’expérience) d’autres pays, à commencer par l’Italie, partant donc de la rentabilisation du crime pour l’“accumulation primitive”.

Alors qu’à Palerme, en décembre 2000, se déroulait le colloque des Nations unies sur le crime transnational, quelques associations, parmi lesquelles le Centro Impastato, ont organisé un séminaire ayant pour titre “les crimes de la globalisation” qui renversait l’approche dominante. Au cours de ces dernières années, au sein de la crise démarrée en 2007 encore en cours, les analyses que me semblent les plus intéressantes ont porté sur le «Financepitalisme», car elle sont appropriées pour comprendre la société contemporaine bien au delà des vulgarisations (hydrauliques) sur la société «liquide» attribuées à Bauman. Dans mes recherches j’ai proposé la thèse de “voie criminelle au capitalisme” et de “voie criminelle du capitalisme”, faisant référence à des classiques et à des études plus récentes. Dans l’entrée «Mafia» de l’Historisch-kritisches Wörterbuch des Marxismus (Dictionnaire historique-critique du marxisme) j’ai examiné les études marxistes, partant du jeune Marx. A propos des vols de bois dans l’Allemagne du début 1800, il parlait de criminalisation des comportements habituels des classes subalternes et dans les essais historiques, il reconstruisait la composition de classe de la société française, tandis que le Capital parlait de la violence comme «puissance économique», à propos de l’accumulation originale et de la naissance du mode de production capitaliste.

J’ai utilisé les études sur la question agraire d'Engels, Kautsky et Lénine; sur la mafia, les analyses des dirigeants communistes Grieco et Sereni ; Thompson sur les groupes armés au service des propriétaires; j’ai repris à mon compte les réflexions de criminologues critiques (Baratta, Melossi , Ruggiero); pour l'analyse de la relation entre la mafia et le capitalisme et de ce que j’ai appelé «marché multi-dimensionnel», dans lequel se croisent économie légale, souterraine et illégale, j’ai utilisé les études de Braudel et de Wallerstein sur l’“économie mondiale”, de Polanyi sur les interactions entre les différentes institutions économiques. Pour l'analyse de la mafia comme sujet politique, je fais référence à Weber sur les groupes sociaux et dans l'étude du mouvement anti-mafia, j’ai fait référence aux théories sur la société civile et l'action sociale, proposées par Bobbio, Touraine, Offe, Olson et Melucci. Une étude ouverte, en perspective, qui veut se confronter avec les sciences sociales et pratiquer une transdisciplinarité aujourd’hui plus prêchée qu’appliquée.

Je pense que si l’on continue dans cette perspective interprétative et d’analyse, évitant réductionnismes d’un coté et criminalisations généralisées de l’autre coté, on peut élaborer une analyse adéquate pour comprendre les développements de phénomènes considérés comme des résidus archaïques et qui au contraire sont pleinement modernes et contemporains.

Qu’en est-il de la lutte contre les mafias de la part de grands personnalités et mouvements tels que Luigi Ciotti (célèbre curé turinois, incontournable personnage, leader de l’antimafia assez respecté par les autorités, de gauche à droite) et son mouvement Libera, les journalistes comme Roberto Saviano et d’autres ?

Dans mon livre Storia del movimento antimafia (Histoire du mouvement antimafia) et ensuite dans le plus synthétique Breve storia della mafia e dell’antimafia, j’ai reconstruit les faits de la lutte contre la mafia, depuis les luttes paysannes de la fin du XVIIIe siècle jusqu’à aujourd’hui. Ces luttes paysannes, terminées dans les années 1950, étaient précisément la lutte des classes propre à la réalité sicilienne. Au cours de ces dernières années, il y a eu nombre d’initiatives de ce qu’on a appelé la société civile, avec la formation d’associations, comités, centres d’études. Comme le signalent quelques chercheurs, l’action sociale dans la société contemporaine rencontre des limites: précarité, mono-thématicité, manque de projet. Dans un monde basé surtout sur la communication, souvent coïncidente avec la pub et le spot, l’évènement prévaut sur l’engagement quotidien ; les personnalités dites charismatiques occupent la scène; cela se passe en politique et dans d’autres domaines, il n’y a rien de surprenant que cela se passe aussi dans l’antimafia.

Pendant quelques années, nous avons fait partie de Libera, le réseau piloté par don Ciotti. On en est sortis parce qu’on a constaté le manque de démocratie (les référents régionaux étaient nommés par le haut sans consultation et non élus, et choisis parmi les représentants d’associations nationales, sans aucun engagement antimafia sur le territoire (il est révélateur que Ciotti a dû «démissionner» la référente pour la Sicile quand il a découvert qu’elle était dans les listes électorales de Forza Italia). Quand nous avons demandé de discuter de problèmes assez graves, comme la ”destitution” de vice-présidents et de responsables nationaux de secteurs-clefs du travail, on m’a signifié ma “mise à pied” du comité scientifique de Narcomafie, la revue de Libera, par décision de Ciotti. J’ai préféré démissionner. Dans mon livre Don Vito a Gomorra, je parle de “monopolistes de l’antimafia” ; parmi eux il y a aussi Saviano, auto-promu mafiologue et toutologue par les groupes éditoriaux les plus importants; Mondadori a publié son livre Gomorra et les autres maisons d’édition de Berlusconi publient régulièrement des livres sur les mafias, qui ont un marché et donc sont une bonne occasion de profits; depuis quelques années c’est le groupe Repubblica-l’Espresso de De Benedetti qui lui donne une place très importante dans le quotidien et l’hebdomadaire, ce qui lui a permis le succès aussi sur la chaîne 3 de la RAI (9). Les médias suivent le courant et misent sur quelques histoires et quelques personnages qui se prêtent bien à devenir stars. On sait bien que c’est un cercle vicieux: la valeur est mesurée sur la base de l’apparition sur les médias et ceux-ci savent comme sélectionner les stars et les comparses.

Alors, la question de fond est : que faut-il pour lutter contre la mafia? Une sorte de spectacle dominé par des stars ou un engagement collectif? Un discours générique sur la «légalité» qui, partant de l’idée de la mafia comme «anti-Etat», ignore ou sous-estime les rapports à l’intérieur des institutions ou un mouvement pour la transformation de la société fondé sur l’analyse de la systématicité de ces rapports? Un engagement au pluriel ou une sorte de «pensée unique» appliquée à l’antimafia, fait de slogans et narrations à effet à l’instar du pouvoir thaumaturgique de la parole?

Voulez-vous adresser quelques suggestions aux jeunes qui aimeraient étudier les mafias et lutter contre elles là où ils vivent ?

Je pense qu’il faut partir de la vérification critique des idées courantes et chercher à développer la recherche. Mais l’université et les centres d’études sont plus intéressés par la consécration des stéréotypes plutôt que part la recherche rigoureuse et indépendante. Il faudrait aborder les thèmes des effets criminogènes de la globalisation comme cadre d’études de cas, reprenant la meilleure tradition des sciences sociales, quand elles cherchaient à avoir une fonction cognitive et de projet et ne se prêtaient pas à l’instrumentalisation de la part des dominants.

 

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(1) Le siège du centre, ouvert à tous, se trouve via villa Sperlinga 15, 90144 Palerme: + 39 091 6259789; fax: + 39 091 7301490; email:csdgi@tin.it; website: www.centroimpastato.com, page en français:http://www.centroimpastato.com/francais/

(2) En bref, tous les savoirs et les connaissances pragmatiques utiles à la rentabilité économique et politique du crime organisé, ce que n’est jamais capable de pratiquer un gang quelconque, car il manque de «capital culturel, social et économique» (note de l’intervieweur).

(3) Le melting pot ou le pseudo multiculturalisme ne font que promouvoir (ou chercher) une ethnicisation qui, comme le montre l’exemple des Etats-Unis, remplace la lutte des classes par la compétition entre ethnies et donc sert à utiliser la hiérarchisation ethnique pour réaliser la hiérarchisation économique et sociale. Cela créé l’érosion des droits universels et des possibilités d’action collective, sauf l’agir ethnico-religieux que toutes les religions invoquent pour se substituer à l’Etat de droit démocratique (note de note de l’intervieweur, Palidda 2015).

(4) A ce propos, voir l’ouvrage d'Alain Joxe, Les Guerres de l'empire global, Paris, La Découverte, 2012 qui par ailleurs renvoie à ses précédents ouvrages qui traitent des mafias et des jeux spéculaires entre elles et les Etats-Unis (note de l’intervieweur).

(5) En italien, on préfère le terme liberismo pour mieux le distinguer du libéralisme et surtout de celui démocratique

(6) Actuellement député européen, il a été aussi sous-secrétaire de l'ONU, directeur de l'UNDCCP, très critiqué  par nombre d’experts et associations engagés dans la lutte contre le trafic de drogue, qui l'ont accusé d’avoir donné de l’argent aux talibans. Il est connu que depuis la guerre en Afghanistan, le trafic de drogue a augmenté énormément (note de l’intervieweur).

(7) Ce qui avec Marcel Mauss est le «fait social total» (note de l’intervieweur).

(8) Ce qui avec Georg Simmel peut être analysé comme la formation de cercles de reconnaissance morale et sociale, donc des cercles qui légitiment tout et parfois peuvent atteindre la solidité d'une fratrie ou d'un clan.  

(9) Dans l’un des ses livres, Saviano a écrit que le film I cento passi a permis le procès contre les mafieux incriminés pour l’assassinat de Peppino Impastato. En réalité, les procès contre les mandataires de l’assassinat ont commencé bien avant le film, grâce à l’effort de la mère et du frère de Peppino et du Centre dont Santino est fondateur; celui-ci a donc demandé à l’éditeur de rectifier, et celui-ci l’a menacé de porter plainte s’il continuait à demander ce que lui considérait comme une «diffamation». Saviano a porté plainte contre un journaliste qui a repris cette demande de rectification, mais la plainte a été classée. Voilà donc sa défense du pouvoir thaumaturgique de la star médiatisée (note de l’intervieweur).

 

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SOURCE / MEDIAPART

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