Guadeloupe : Combattre le négationnisme

Publié le par dan29000

COMBATTRE LE NEGATIONNISME

 


de : Liyannaj Kont Pwofitasyon


samedi 18 avril 2015

 

TRAVAILLEURS, PEUPLE de GUADELOUPE, notre pays, notre peuple, notre histoire, notre mémoire sont aujourd’hui la cible d’une offensive caractérisée de l’Etat colonial français. Pour les autorités, la traite négrière ne peut être un génocide car les nègres étaient capturés pour le travail et non pour être tués même si ils en mourraient. Elles adoptent les thèses d’historiens qui nient la gravité des crimes commis. Ainsi, Mme Pau-Langevin, ministre des outres-mers, reprend les thèses de l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau. Cela s’appelle développer le « négationnisme » !

Ou encore, l’esclave ne serait pas un meuble, n’est pas une chose car on ne baptise pas une chaise ni n’envoie son chien à la messe. Aussi, le code noir ne peut être vu comme cette monstruosité juridique destiné à légaliser l’esclavage mais comme un outil de protection de l’esclave car il fait ressortir son humanité. Thèses, absolument pas nouvelles, mais remises au goût du jour par un certain Jean-François Niort, professeur d’histoire du droit colonial français. Et tout cela, toujours au nom de « la neutralité et de la recherche scientifique ». Et les Guadeloupéens se doivent de dire AMEN ! devant ces manifestations éloquentes de « la science historique ».

Ainsi, sous couverts de « neutralité scientifique, d’analyse objective, de recherche scientifique », ces historiens tentent de réécrire l’histoire coloniale de la France en la rendant « plus humaine », allant jusqu’à à désigner les Africains responsables de ce crime contre l’Humanité. Mais, c’est parce qu’ils sont libres direz-vous ! Pas du tout ! Leur objectif principal est de briser la résistance des colonisés, des exploités, des opprimés, dans le but de soustraire l’Etat français de sa pleine responsabilité de puissance coloniale et esclavagiste, coupable d’avoir commis et encouragé des crimes.

Et, devant ce « négationnisme institutionnel » savamment distillé dans nos écoles, dans les livres, dans le cerveau de nos enfants et toujours au nom de la « recherche et de la neutralité scientifique », il nous faut dire : AMEN !

NĖTRALITĖ SYANTIFIK ! Manti a Mantè ! Pas de confusion ! C’est de politique dont il s’agit ! C’est l’idéologie coloniale qui est ainsi distillée depuis des décennies en réponse au grand mouvement de décolonisation qui a touché la terre entière.

En 2004, l’ancien ministre et historien Max Gallo est poursuivi pour contestation de crime contre l’humanité. Il a déclaré, au sujet du rétablissement de l’esclavage par Napoléon : « …...Cette tâche, car c’est une tache réelle, est-ce que c’est un crime contre l’humanité ? Peut-être, je ne sais pas… ». Il a été blanchi par le Tribunal de Grande Instance de Paris qui précise : « Il demeure que chacun doit être libre d’exprimer son attachement à ce que tel évènement du passé reconnu crime contre l’humanité soit ainsi nommé comme un hommage rendu à des souffrances longtemps tues. Et que d’autres doivent être libres de s’interroger sur la pertinence à qualifier de crime un fait historique quand il n’y a plus personne à juger ».

En 2009, c’est au tour du sieur Hugues Despointes de déclarer : "Les historiens exagèrent un petit peu les problèmes. Ils parlent des mauvais côtés de l’esclavage, mais il y a les bons côtés aussi (….) et quand je vois des familles métissées, enfin blancs et noirs, les enfants sortent de couleurs différentes, il n’y a pas d’harmonie. Il y en a qui sortent avec des cheveux comme moi, il y en a d’autres qui sortent avec des cheveux crépus, dans la même famille avec des couleurs de peau différentes, moi je ne trouve pas ça bien. On a voulu préserver la race"

Que dit la Cour de Cassation ? : Il n’y a pas apologie car la loi Taubira de 2001, n’est qu’une loi mémorielle, un texte qui ne comporte aucun élément juridique d’ordre pénal, c’est-à-dire qui peut servir de fondement légal à une condamnation pour apologie de la traite et de l’esclavage. Et il nous faut dire : AMEN !

Et c’est également le sens du jugement du Tribunal Administratif de Basse-Terre concernant la stèle de Pointe-Allègre.

Toutes ces thèses masquent les intérêts de l’Etat et de la bourgeoisie coloniale qui au nom de la liberté de penser laisse croire que tous les citoyens sont menacés dès lors que l’idéologie esclavagiste et coloniale est condamnée.

Toutes ces personnes, toutes ces institutions servent une cause : celle de la puissance coloniale. Elles sont si déterminées que leur aveuglement laisse apparaître des « négationnismes respectables » et d’autres qui ne le sont pas comme « les chambres à gaz, point de détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale »….etc

Faire l’apologie de la traite négrière et de l’esclavage ! Nier que l’esclavage est un crime contre l’humanité ! Ce n’est pas condamnable par la loi française. C’est un négationnisme respectable.

Et pourtant, l’Etat, les politiciens et autres élus locaux nous répètent, sans y croire eux-mêmes, que nous sommes dans un monde de liberté, d’égalité et de fraternité. Depuis 1635, la société coloniale créée par un coup de force, et ensuite codifiée est dynamisée par un système de valeur privilégiant une vision raciale, avec le postulat de la couleur de la peau de l’homme. Les politiques publiques mises en œuvre depuis 1946 se fondent sur ce système qui engendrent mépris, discrimination, racisme, chômage, misère et pauvreté pour les Travailleurs et le Peuple de Guadeloupe.

Le 10 Mai prochain, François Hollande sera en Guadeloupe pour inaugurer le Mémorial Acte, miroir en plein milieu de l’arc Caraïbe destiné à vanter les mérites du système colonial. Un système colonial basé sur :

 

MÉPWI, DISKRIMINASYON, PWOVOKASYON é PWOFITASYON Davwa :

- Le sang de YANS, le Grand Chef Kalina et de tous ceux qui ont été assassinés par De l’Olive et Duplessis, coulent encore dans les flots qui baignent les côtes des îles de Guadeloupe ;
 La tombe de Richepanse, général de Napoléon venu rétablir l’esclavage en 1802, est exposée au Fort Delgrès comme une véritable insulte aux droits humains et à nos ancêtres ;
 Nos rues, nos hameaux et nos sections portent encore les noms d’esclavagistes et de négriers ;
 Les services de l’Etat autorisent l’installation d’une stèle à la gloire de De l’Olive alors que la mairie du 18ième arrondissement de Paris débaptise la rue De l’Olive pour ses crimes coloniaux ;
 Le 10 mai 1802, le général Richepanse ouvrait le feu de ses canons contre les forces anti-esclavagistes guadeloupéennes devant Basse-Terre ;
 L’esclavage a donc été rétabli en juillet 1802 : plus de 10000 victimes auxquels il faut ajouter la longue liste des victimes des massacres coloniaux, crimes sans coupable : 1910, 1925, 1931, 1952, 1967, 1985, 2009…… ;
 Le décret d’indemnisation des esclavagistes en 1849 consacre la discrimination et le mépris et ainsi, pour l’éternité, la liberté est attachée à l’assistanat car octroyée par la république. Nous sommes « Libérés de l’esclavage mais sans ressources, émancipés mais subordonnés, libres mais entravés, mais débiteurs, égaux mais inférieurs, souverains mais dominés, citoyens mais assujettis. » ;
 Ce 10 mai 2015, l’Etat français étale son arrogance coloniale entre Fouillole et la Place de la Victoire, précisément là où en 1802, les forces esclavagistes ont exécuté et décapité près de 300 combattants Guadeloupéens et exposé leurs têtes, tels des trophées, sur des pics sur la place de la victoire ;

 

MEN SONJÉ ! PEUPLE de GUADELOUPE, c’est aussi le 10 mai 1802 que le Valeureux Palerme gagne la bataille de Dolé à Trois-Rivières contre Seriziat.

Les travailleurs, les chômeurs, les jeunes, les retraités ont le devoir de se rebeller, de dire NON à tant de MÉPWI, de DISKRIMINASYON, de PWOVOKASYON !!! Faisons notre, ces pensées de Frantz FANON :

« Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence. »

 

« Pendant des siècles, les capitalistes se sont comportés dans le monde sous développé comme de véritables criminels de guerre. Les déportations, le travail forcé, l’esclavagisme ont été les principaux moyens utilisés par le capitalisme pour augmenter ses réserves d’or et de diamants, ses richesses, et pour établir sa puissance. Il y a peu de temps, le nazisme a transformé la totalité de l’Europe en véritable colonie. Les gouvernements des différentes nations européennes ont exigé des réparations et demandé la restitution en argent et en nature des richesses qui leur avaient été volées… »

 

OSONS ! OSONS ! OSONS ! DÉFENDONS L’HONNEUR ET LE RESPECT DE NOS ANCÊTRES !

 

Pointe-à-Pitre, le 17 Avril 2015 - Racines-AI-FKNG !-LKP

 

 

SOURCE / BC

 

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