L'Italie condamnée par la Cour européenne (CEDH) pour acte de torture (G8 de Gênes)

Publié le par dan29000

G8 de Gênes: L’Italie condamnée par la Cour européenne pour actes de torture

 

« On ne peut pas envier une mère qui survit à son fils.
Et pourtant, j’envie ces mères qui, de leur fils, ne se rappellent que la vie.
Moi, le mien, je l’ai vu mourir une infinité de fois. Je m’accroche encore à une dernière espérance, fragile : celle de ne pas le voir mourir une fois de plus, enterré par un archivage. »

 

Haidi Giuliani, mère de Carlo.

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Le 20 juillet 2001, Carlo Giuliani est tué par la police à Gênes.

Quatorze ans après, sa mémoire ravive encore la flamme de son combat. Il était un militant qui se battait contre l’injustice sociale, la précarité et l’exploitation salariale, qui détruisent nos vies. Mais il est devenu le symbole, non plus d’une lutte, mais d’une alternative : celle d’une société débarrassée du système capitaliste. Il est devenu le symbole de celui qui menace les dominants et qui terrorise le système en place.

Quelques jours avant sa mort, l’État italien mobilise plusieurs dizaines de milliers de policiers pour protéger le centre de Gênes, fermé par des grilles de cinq mètres de haut.

L’État italien, au-delà de tester en grandeur nature ces nouvelles parades antiémeutes, se prépare à en découdre dans une période où le néo-conservatisme prend son envol. Il se doute sciemment de l’issue qu’il emprunte pour faire taire des contre-sommets devenant de plus en plus puissants. De plus, il s’appuie sur les médias qui, au cours des semaines, dépeignent les manifestants comme des terroristes, capables de préparer tous les complots possibles.

Dans ces conditions, l’inévitable est arrivé les jours suivants. Carlo Giuliani est tué par balle lors d’une manifestation tournant à la confrontation avec les gendarmes italiens. Et écrasé à plusieurs reprises par la jeep d’où le coup de feu est parti. Toutes les preuves accumulées depuis des années dans des longs procès confirment que sa mort est intentionnelle, un meurtre animé par la haine et l’envie d’en découdre. Et la police italienne, véritable boucher du souvenir du système fasciste, a vu dans cet acte le début d’une vendetta.

 

« Ce qui s’est passé au G8 de Gênes ne fut pas une banale succession d’erreurs et d’actes maladroits de la part des policiers et de violences programmées par le Black bloc ou les “no-global”. Ce fut la tentative (tenue en échec par des années de dénonciations venues des manifestants victimes) d’expérimenter une gestion militarisée de l’ordre public. C’est-à-dire un plan précis qui aurait voulu écraser, par le recours à la violence la plus brutale et les coups montés, une protestation qui était en train de devenir trop populaire et mondiale et que les grands pouvoirs du monde ne voulaient plus tolérer. »
Salvatore Palidda

Et comme justice ? 329 manifestants « officiellement » arrêtés, pour lesquels les peines les plus graves ont atteint quinze ans de prison pour des faits de violence et de destruction. Et en échange, M. Gianni De Gennaro, chef de la police, condamné pour avoir ordonné de saboter l’enquête judiciaire, devenu responsable des services secrets italiens et président d’un grand groupe industriel italien dans le secteur de la défense.

Il n’y aura pas de justice tant que le capitalisme détruira nos vies, il n’y aura de justice que lorsque les combats de Carlo seront devenus une réalité.

Et si Carlo est devenu un symbole, il est aussi devenu celui de toutes les victimes de la répression policière, en Italie en France et ailleurs !

Ni oubli, ni pardon pour Carlo !

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Le lendemain de la mort de Carlo Giuliani, la police investit l’école Diaz, utilisée pendant le contre-sommet comme lieu d’hébergement, base logistique et centre des médias alternatifs.

Quelques instants avant minuit, plus de 300 policiers prennent d’assaut l’école Diaz.

Dans l’établissement, se trouvent une centaine d’activistes qui s’apprêtent à passer la nuit à même le sol de l’école. Alors que les forces de l’ordre font irruption, les jeunes manifestants lèvent les mains pour se rendre.

Imperturbables et implacables, les policiers vont alors se livrer à des exactions préméditées d’une violence inouïe, frappant indifféremment jeunes et vieux, hommes et femmes.

93 activistes sont blesséEs, certainEs très gravement.

Les manifestantEs sont arrêtéEs après un déchaînement de violence policière et passent ensuite trois jours à la caserne Bolzaneto, convertie pour l’occasion en prison géante.

Illes y subissent des coups, insultes, menaces, humiliations sexuelles et des actes de torture.

Il aura fallu attendre 14 ans pour le lire de la plume d’une Cour.

Oui, l’Italie s’est rendue coupable d’actes de torture à Diaz comme le confirme l’arrêt rendu par la Cour Européenne des Droits de l’Homme ( CEDH ) dans l’affaire Cestaro.

 » La Cour juge en particulier que, eu égard à l’ensemble des circonstances exposées, les mauvais traitements subis par le requérant lors de l’irruption de la police dans l’école Diaz-Pertini doivent être qualifiés de « torture » au sens de l’article 3 de la Convention. La Cour note que l’absence d’identification des auteurs matériels des mauvais traitements découle en partie de la difficulté objective du parquet de procéder à des identifications certaines mais également du défaut de coopération de la police. La Cour conclut à la violation de l’article 3 de la Convention, à cause des mauvais traitements subis par M. Cestaro et d’une législation pénale inadéquate quant à l’exigence de sanction des actes de torture et dépourvue d’effets dissuasifs pour prévenir efficacement leur réitération. Après avoir souligné le caractère structurel du problème, la Cour rappelle qu’en ce qui concerne les mesures à prendre pour y apporter remède, les obligations positives qui incombent à l’État sur le terrain de l’article 3 peuvent comporter le devoir de mettre en place un cadre juridique adapté, notamment par le biais de dispositions pénales efficaces.  »

Arrêt rendu par la Cour européenne des droits de l’homme le 17 mars 2015 – AFFAIRE CESTARO c. ITALIE

 

 

 

SOURCE / les enragés

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