Le business est dans le pré, Aurélie Trouvé, chez Fayard

Publié le par dan29000

Le succès de chaque Salon de l'agriculture à Paris nous rappelle chaque année que pour des millions de citadins le bonheur est toujours dans le pré, avec cette belle carte postale champêtre de la ferme de grand papa, avec trois oies dans la cour, le chant du coq au petit matin et cinq vaches dans un coin de l'étable, sans oublier le chien qui aboie quand passent les voisins de notre gentil fermier. Longtemps la France fut rurale.

Mais tout cela est loin, très loin. Depuis quatre décennies les forces du marché se sont abattues sur ces belles fermes. Disparition, concentration, exploitations toujours plus vastes, souffrances animales, suicides des paysans, emprise des banques, présence des multinationales, OGM et pesticides. Les fonds financiers font leur blé, au détriment de l'emploi, au détriment de la nature, au détriment de notre santé. Les scandales de la viande se multiplient.

 

Cela porte un nom, l'agro-business.

 

Aurélie Trouvé est ingénieure agronome et maître de conférences en économie, spécialiste des questions agricoles et alimentaires. Elle fut aussi coprésidente du mouvement ATTAC durant six ans, et copréside actuellement son Conseil scientifique.

En quatre mouvements explicites, Aurélie Trouvé permet au lecteur de bien saisir comment la mondialisation capitaliste s'applique à l'agriculture. D'abord elle passe en revue ce modèle agro-industriel et la nouvelle PAC. L'agriculture est devenue totalement industrielle. En élevage, il faut traire plus pour gagner moins.

 

Dans un second temps, elle démontre comment les grands investisseurs se sont emparés des champs, de la production à la distribution, des semences aux terres cultivées, des prédateurs internationaux nommés Nestlé, Monsanto ou Sofiprotéol. Avec une forte tendance générale, verdir les discours, le ver n'est plus dans le fruit, mais dans le profit, l'agro-business vert rafle la mise au casino des profits. Sans oublier une dose d'éthique, bien dans l'air du temps équitable. WWF crée une certification durable des matières premières avec la multinationale Unilever ! Les partenariats entre multinationales et ONG ou fondations se multiplient pour le meilleur profit des investisseurs. Green is the color ! Surtout celle du dollar !

 

Dans un troisième temps, Aurélie Trouvé passe en revue une exception historique, le laisser faire des marchés agricoles, l'OMC, la mise en place d'un grand marché transatlantique, tout cela ayant le but ultime d'éliminer les restrictions au commerce des biens, lors d'une offensive commune des multinationales européennes et nord-américaines d'habitude en concurrence, mais pas toujours !

 

Enfin l'auteur nous confirme que, si un autre monde est possible, une autre agriculture l'est aussi, pas celle des productivistes-chimistes de la FNSEA mais celle défendue par la Confédération paysanne et Via campesina, en relocalisant les activités. Des alternatives à l'agro-industrie mortifère existent, des luttes sont menées, de Dijon au Pays basque, des ZAD aux circuits courts, des AMAP à Terre de liens. Une résistance passant aussi par les mouvements contre les grands travaux inutiles, du barrage de Sivens à la ferme aux 1000 vaches....

 

Un livre de combat donc, clair et précis, d'une lecture aisée pour le plus grand nombre, un livre de résistance bien adéquation avec le chemin politique de notre site.

 

Dan29000

 

Le business est dans le pré

Aurélie Trouvé

Éditions Fayard

2015 / 220 p / 18 euros

 

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EXTRAIT :

 

« En 1979, l'année de ma naissance, Margaret Thatcher arrive au pouvoir, Ronald Reagan lui emboîte le pas. A eux deux, ils bousculent les règles de l'économie mondiale et favorisent la prise de pouvoir du monde financier.
Trente-cinq ans plus tard, les paysans, qui représentent près de la moitié des travailleurs dans le monde, sont les grandes victimes de cette évolution. En proie à la constitution d'un grand marché qui met en concurrence déloyale les économies du monde entier, l'agriculture paysanne est touchée de plein fouet, au Nord comme au Sud.
Ces dix dernières années, l'emprise sur les terres s'est renforcée, au détriment de notre alimentation, de nos paysages et de la nature aussi. Une mainmise portée non pas par une vague entité qui plane au-dessus de nos têtes, un « grand capital », une finance diffuse, inatteignable et invincible. Mais une action portée très concrètement par une minorité d'hommes et de femmes détenant la plupart des capitaux et jouissant de privilèges exceptionnels. Ils forment ce qu'on appelle encore l'« agrobusiness », faisant de toutes les activités reliées à l'agriculture et l'alimentation des objets de profits au risque de détruire l'environnement. »

 


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