Arrêtez de nous enfumer ! Enquête sur une hypocrisie française, de Denis Boulard

Publié le par dan29000

Fumer tue.

Vivre aussi d'ailleurs.

Et aussi la vitesse, l'alcool, le sucre, les graisses, les psychotropes, les prisons, le suicide, le travail... La liste est longue ! Un chiffre utile à mémoriser face aux 3300 morts de la route par an, 73 000 pour l'industrie du tabac. Enquêter sur ce phénomène était donc très pertinent. C'est que fait Denis Boulard, journaliste indépendant, collaborant au Canard enchaîné et à L'Obs, déjà auteur d'un intéressant Radar Business, à qui profitent les radars ?

 

Si l'on parle du tabac, il s'agit bien là d'une Sainte-trinité.

 

L'État, l'industrie du tabac, mais aussi, moins connues les laboratoires pharmaceutiques. En ce qui concerne l'Etat, rappelons qu'il ne s'est désengagé de cette très lucrative activité qu'en 1995, lors de la privatisation de la Seita. Alors qu'en 2012, 38% des Français et 30% des Françaises fument toujours malgré les nombreuses campagnes anti-tabac, un rapport édifiant de la Cour des comptes est sévère avec la politique de lutte anti-tabac : Aides aux buralistes, interdiction de vente aux mineurs pas contrôlée, absence d'autorité pour veiller au respect de la loi Evin... La prévention du tabagisme en France est un échec. La consommation s'étant accrue de 10% entre 2008 et 2010 !

 

Qu'en est-il de l'industrie du tabac ?

 

Industriels et politiques se sont longtemps alliés pour affirmer que le tabac est sans danger, du PD-G de la Seita, en 1996 qui affirme que le risque d'une affection grave n'a pas été démontré, à P. Mauroy, maire de Lille et numéro un du PS en 1990 déclarant : "On peut prouver aisément que la cigarette n'est pas le plus grave danger" . Petit rappel sur 150 000 morts par cancer par an, 44 000 sont issus du tabac ! De Paris à Bruxelles, l'influence des lobbies du tabac demeure efficace. Si le tabac est une mine d'or pour l'industrie, il y a pire, car plus discrets et sournois, les profits de l'industrie pharmaceutique. Sans parler du marché des substituts nicotiniques, le business des maladies liées au tabac sont là aussi une mine d'or ! Le "marché" du cancer est évalué à plus de 80 milliards d'euros pour 2017. L'on comprend mieux que dans une société où le profit règne en maître, et où les actionnaires font la loi, sauver des milliers de gens, n'est pas trop rentable !

 

Dans son essai, l'auteur pointe aussi les très fameuses associations anti-tabac, dont certaines sont financées par l'industrie pharmaceutique, et parfois même l'industrie du tabac ! Si, si !

 

On comprend bien dès lors, le titre du livre : l'enfumage règne.

 

Enfumage aussi la politique de l'État augmentant le prix des cigarettes, ce qui serait soi-disant dissuasif. Le prix des cigarettes est constitué de 80% de taxes. En une décennie les recettes fiscales liées au tabagisme ont augmenté de 30%, deuxième ressource de l'État après celles liées à l'essence (hors impôts sur le revenu).

 

Enfin, le pire !

Le moyen médical d'arrêter de fumer pourrait bien être déjà là. Des chercheurs français de l'INSERM l'ont testé en laboratoire depuis cinq ans, avec des résultats positifs. Mais il n'y a personne pour financer les essais cliniques sur des fumeurs ! L'État ou les laboratoires pharmaceutiques ne souhaitent secourir les treize millions de fumeurs français.

Une enquête indispensable à lire, que vous soyez fumeur ou non. Une hypocrisie française bien analysée...

 

Dan29000

 

Arrêtez de nous enfumer !

Enquête sur une hypocrisie française

Denis Boulard

Éditions du moment

2015 / 16,95 euros : 240 p

 

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