En Corse, le bétonnage frénétique et parfois illégal

Publié le par dan29000

La Corse victime d’une bétonisation frénétique

 

11 septembre 2013 / Jeanne Sezanne
 

 

 

 

 

Le littoral et les plaines de l’île à la nature jusque là encore préservée, sont aujourd’hui bétonés un peu plus chaque jour. Souvent de façon illégale, pour l’intérêt de quelques-uns et au mépris de la population locale. Il y a urgence à agir.


La Corse, malheureusement unique en Europe du fait de la destruction des autres côtes de la Méditerranée, était préservée des constructions et aménagements de type marina et bords de mer jusqu’à encore récemment. Les arbres, les plages sauvages, le maquis, le silence, les odeurs, une nuit vraiment noire, si rare aujourd’hui, la nature dense dominaient.

Cet environnement aurait pu permettre un développement économique solide et ancré dans le long terme, assis sur ce capital unique en Europe.

Depuis peu de temps, une dizaine d’années au plus, le littoral mais également la bande de l’intérieur des terres et dans une moindre mesure la plaine orientale sont soumis à une urbanisation frénétique de maisons secondaires individuelles et résidences de tourisme.

Longer la côte Corse depuis la mer en bateau ou par la route qui la suit est aujourd’hui un spectacle désolant de collines arasées, déboisées, de champs de chênes coupés, de routes créées, de maquis réduit à peau de chagrin entre un maillage étalé et quadrillant le maquis de maisons individuelles.

Ou de constructions éparses mitant les flancs de collines en opposition à la règle de base de l’urbanisme qui évite le saupoudrage, le « mitage » en matière d’urbanisation. Les panneaux "lots viabilisés à vendre", "terrains constructibles", "appartements les pieds dans l’eau" fleurissent le long des routes côtières. Des constructions à arcades en béton rose ou orangé, jurant totalement avec le style des bâtiments traditionnels de cette région s’égrènent le long de la route.

Des plages mythiques comme celle de Palombaggia (entre Porto-Vecchio et Bonifacio) sont aujourd’hui surplombées de collines parsemées de lotissements et de résidences. La bande de terre et le littoral des communes de Saint Cyprien, de Pinareddu, de Sainte Lucie de Porto Vecchio, de Solenzara, Canedda sont défigurés.

La colline surplombant la zone commerciale de Porto-Vecchio est défigurée. Au-dessus de Pinareddu, de grosses maisons isolées dans le maquis (déboisement, construction de routes privatives) sont apparues. La commune de Solenzara est parsemée de grosses résidences de béton rose, comme toutes celles qui apparaissent au gré des hivers. Ces maisons et appartements sont utilisés quelques semaines par an.


Porto Vecchio

Les zones sauvages de la côte orientale comme Villata, aujourd’hui lieux de campings font dans l’ombre l’objet d’intenses ballets de spéculateurs qui attendent la fin des concessions pour déployer de vastes projets de construction.

En 2013, alors que les leçons de l’aménagement des côtes espagnoles, des Baléares et de la Côte d’Azur ont été tirées, alors que tous savent les dégâts environnementaux et esthétiques et donc économiques de tels aménagements, la Corse, si longtemps singulière et préservée est tombée dans le bétonnage. Un bétonnage de maisons individuelles souvent luxueuses et de résidences de tourisme mais qui défigure totalement ce territoire unique. En 2013 on ne peut pas dire que l’on ne savait pas.

Les dégâts environnementaux (destruction des paysages, diminution de la biodiversité, destruction d’espèces végétales, traitement approximatif des eaux usées, surtout en haute saison, artificialisation des sols, etc.) sont irréversibles.

Enfin, et plus grave encore, cette urbanisation massive est le fait de promoteurs souvent liés à une économie Mafieuse (lire Razzia sur la Corse de la journaliste Hélène Constanty - Fayard, 2012) assise sur le racket des entreprises de l’Ile et les passations illégales de marchés publics du BTP, qui obtiennent de Maires sous pression de menaces parfois physiques ou de corruption le classement en zone constructible de terrains en plein maquis au mépris parfois du code de l’urbanisme, notamment la loi littorale.

Le rôle du gouvernement et du Préfet de l’Etat

Le Préfet, représentant de l’Etat en région et garant du respect des lois de la France, assisté des directions départementales des territoires (DDT) et la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, Aménagement et Logement), représentation du Ministère de l’Ecologie et du Logement, ne font pas respecter la loi. Pire, ils ferment les yeux sur les mises en chantier illégales contrevenant au Code de l’Urbanisme.

Les chiffres en valeur absolue et relative (pourcentage) de mises en chantier, de permis de construire alloués, l’évolution des surfaces artificialisées, de l’urbanisation sur le littoral sont difficiles à trouver alors qu’ils font souvent l’objet d’études publiées dans les autres régions.

La DREAL de Corse a elle-même entrepris le déclassement d’une partie de la Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique (Znieff) d’Arone ce qui facilite le classement en zone constructible.

Aucune lutte sérieuse contre l’économie mafieuse régissant aujourd’hui le monde économique de la Corse n’est menée. Les liens entre le blanchiment de l’argent de la mafia et le business immobilier sont connus des services de l’Etat. Rien n’est fait.

L’Etat abandonne totalement la Corse, sa population, son littoral, son territoire à l’absence de droit et de respect des règles.

Comment est-ce possible dans une démocratie européenne en 2013 ?

Opposer le développement nécessaire de l’emploi et de la richesse des corses et la conservation de son territoire est un argument hypocrite qui ne sert que les intérêts financiers de quelques-uns aux poches pleines : promoteurs immobiliers, aménageurs, intermédiaires de tous ordres, agences immobilières, quelques architectes et artisans du bâtiment et quelques élus locaux au mieux faibles et au pire corrompus. Pas ceux des corses qui y vivent toute l’année et voient leur pays leur échapper. La beauté de leur île est une rente à préserver absolument, avant tout pour les corses.

Il faut de toute urgence que l’Etat fasse son travail c’est-à-dire faire respecter les règles d’urbanisme, mette un coup d’arrêt à cette destruction massive et maintienne les conditions d’un développement assis sur ce territoire unique et donc précieux.


Pour aller plus loin :

- Razzia sur la Corse de la journaliste Hélène Constanty (Fayard, 2012)
- Les Dossiers du Canard Enchainé, « Corsa Nostra », n° 128, paru le 29 juin 2013

Se rapprocher de l’Association U LEVANTE qui lutte, bien seule, contre ce fléau.



Source : Courriel à Reporterre

Photo de Porto Vecchio : Portocervoonline

Image carte : Annerbatu
Lire aussi : En Corse, l’Etat ferme les yeux sur la spéculation immobilière

 

SOURCE / REPORTERRE.NET

Publié dans environnement

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