Israël : des arrestations d'enfants pour maintenir la pression

Publié le par dan29000

« Pour Israël, arrêter les enfants sert à maintenir la pression sur la Palestine »

Par Mathieu Viviani

Fréquemment arrêtés par l’armée israélienne, les enfants palestiniens voient de surcroît leurs droits non respectés durant leurs procédures judiciaires. Une situation dénoncée par Ayed Abu Eqtaish, directeur des enquêtes pour la région Palestine de l’ONG Défense Internationale des Enfants. Depuis plus de dix ans, cette organisation mène un travail d’enquête, d’information et de plaidoyer pour que disparaissent ces pratiques.

 

Les enfants palestiniens font-ils souvent l’objet d’arrestations de la part des autorités israéliennes ?

Photo Ayed Abu Eqtaish DCIAyed Abu Eqtaish : Le nombre d’arrestations dont ils font l’objet chaque année est un indicateur qui ne trompe pas : entre 700 et 800 chaque année, selon les estimations de Défense Internationale des Enfants. Pour les autorités israéliennes, arrêter les enfants est plus simple, car ils sont plus vulnérables. D’une manière générale, c’est un moyen de maintenir une pression sur le peuple palestinien et de garder sur lui un certain contrôle. Aussi, le contexte de méfiance des autorités israéliennes à l’égard des Palestiniens et la relative liberté d’action dont bénéficie la juridiction militaire israélienne sur place, contribuent au grand nombre d’arrestations d’enfants en Palestine. Notre ONG estime que depuis l’année 2000, environ 8000 enfants palestiniens ont été arrêtés et poursuivis par la justice militaire israélienne.

Durant les procédures judiciaires dont font l’objet ces enfants, quelles violations des droits avez-vous identifié ?

A.A.E : De l’arrestation de ces enfants à leur jugement, les autorités israéliennes outrepassent les lois internationales en de nombreux points. Normalement appliquées uniquement aux adultes, les enfants subissent eux aussi des périodes d’isolement prolongées durant les phases interrogatoires. Pour eux, la détention avant comparution ne devrait pas excéder 48 heures selon le droit israélien. Cette durée peut être renouvelée une fois pour les besoins de l’enquête. Dans les faits, l’armée israélienne la renouvelle à sa guise. Selon nos estimations, en 2014, le temps moyen passé par un enfant palestinien en isolement était de 15 jours. Il y a même eu un cas où les autorités israéliennes ont isolé un enfant durant 26 jours avant son jugement. Les données que nous avons compilées montrent aussi qu’une majorité de ces enfants doit se débrouiller seule face aux interrogateurs. Contrairement aux enfants des colons israéliens, les  Palestiniens n’ont pas le droit d’être accompagnés par un parent, ni d’un avocat au cours des interrogatoires. Ils ne les voient qu’au moment où ils passent devant le juge. Dans 93% des cas, on ne leur cite par leurs droits au moment d’être interrogés. Notamment celui de ne pas s’auto-incriminer face aux pressions, et la possibilité de garder le silence face à certaines questions.

Et ce n’est pas tout. Ils arrivent dans les centres de détention les yeux bandés, et les poignets liés. On les prive de sommeil et de toilettes. On les humilie en leur imposant des fouilles pendant lesquelles ils se retrouvent totalement nus. Plus des trois quarts d’entre eux endurent aussi des violences physiques entre l’arrestation et la phase interrogatoire : coups de pied, gifles, et dans certains cas, décharges électriques au taser. Enfin, les autorités israéliennes intimident ces enfants en leur disant qu’elles vont menacer leurs familles. Tout cela pourquoi ? Les obliger à signer de faux aveux sur un document en hébreu, une langue qu’ils ne savent pas lire. Ceux-ci permettront au procureur militaire de les condamner plus facilement pour des chefs d’inculpation qui bien souvent ne reflètent pas la réalité de ce qui s’est réellement passée. Accompagner un ami qui dans une manifestation jette une pierre sur un soldat israélien ne fait pas de vous un fauteur de troubles à arrêter. Pourtant, c’est ce qu’il se passe bien souvent.

Comment lutter contre ces atteintes aux droits des enfants palestiniens ?

A.A.E : Pour régler le problème à sa racine, il faudrait que l’État d’Israël se retire des territoires qu’il occupe en Palestine. Tant qu’il y aura des contingents militaires, la population subira des pressions et des arrestations injustifiées. En attendant, nous nous efforçons de mener un travail d’enquête, d’information visant à informer la société civile et les instances internationales de ces injustices quotidiennes. Nous travaillons aussi avec d’autres associations dans le soutien psychologique à ces enfants, qui bien souvent ressortent traumatisés de ces expériences. Enfin, nous menons régulièrement des actions de plaidoyer pour interpeller la communauté internationale sur ces violations. Bien que les Nations unies les aient reconnues dans plusieurs rapports, les États membres ont beaucoup de mal à faire pression sur le gouvernement israélien pour l’obliger à changer ses pratiques. Ceci, en raison des relations diplomatiques et commerciales entretenues avec Israël. Tout cela favorise une véritable « culture de l’impunité ».

 

 

SOURCE / ALTERMONDES.ORG

Publié dans Monde arabe - Israël

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