Qui est Charlie ? : entretien (partiel) avec Emmanuel Todd

Publié le par dan29000

Emmanuel Todd : « Les socialistes ont fait dérailler la République »

 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR DIEGO CHAUVET ET MARC DE MIRAMON
 
Samedi, 16 Mai, 2015
 
Humanité Dimanche
 
A lire dans l'Humanité Dimanche notre entretien avec Emmanuel Todd, sur une France « néo-républicaine » à la mécanique sociale inquiétante. Nous l’avons donc interrogé sur ses méthodes de recherche, sur l’ampleur de la polémique qui a accompagné la sortie du livre « Qui est Charlie ? », et sur « l’esprit du 11 janvier » qu’il qualifie de « flash totalitaire». Extraits.

La sortie de « Qui est Charlie ? » a provoqué une violente polémique dans les médias. Le premier ministre Manuel Valls s’est fendu d’une tribune dans « le Monde » pour condamner le livre et son auteur, le chercheur Emmanuel Todd. Dans ce grand tohu-bohu autour de cette « sociologie d’une crise religieuse », les questions de fond soulevées par le livre sont passées à la trappe. Que l’on soit d’accord ou non avec les constatations révélées par Emmanuel Todd, que l’on apprécie ou pas ses prises de position sur les manifestations du 11 janvier, « Qui est Charlie ? » mérite pourtant que l’on regarde de près le portrait de la France dressé par le chercheur.

HD. Vous attendiez-vous à déclencher une telle polémique avec « Qui est Charlie ? » ?
EMMANUEL TODD. Le sujet est central, mais je ne me projetais pas au centre d’un débat national. Je veux aujourd’hui rester sociologue sur l’événement et m’interroger sur la signification de cette violence que je sens autour de moi. On m’oppose que tous ces gens étaient dans la rue pour défendre la liberté, l’égalité, la fraternité. Mais, dans mon livre, j’écris clairement que le 11 janvier, toutes sortes de manifestants étaient là un peu par hasard, sans savoir vraiment pourquoi, émus par l’horreur de la tuerie du 7 janvier. La méthodologie statistique que j’utilise laisse tout à fait sa part à la liberté humaine. Les gens qui ont défilé dans les rues de Paris sur la base d’une émotion simple et saine peuvent se dire au pire que l’auteur de ce livre se trompe. Mais la fureur que j’entends autour de moi provient sans doute plutôt des autres, c’est-à-dire des gens qui ont été identifiés comme étant là pour de moins bonnes raisons...
Mon livre a un rôle de dévoilement d’une réalité qui était cachée aux acteurs. C’est ce que je rappelle dans mon introduction en citant Marx, la fausse conscience, Durkheim, Max Weber... C’est un livre wébérien dans le sens où l’on doit révéler aux acteurs les motivations profondes de leurs actes, et je le fais avec des méthodes scientifiques banales. Avec le concept de « catholicisme zombie », je m’appuie sur une notion élaborée dans un autre livre, « le Mystère français » (1), écrit avec Hervé Le Bras. Nous avions constaté empiriquement, dans l’analyse des performances éducatives et des taux de chômage, la permanence de deux France (une laïque, républicaine, traditionnelle et une France catholique récemment passée à un autre type de laïcité). La culture actuellement dominante au Parti socialiste, avec sa bonne conscience, sort de la France catholique périphérique, jusqu’à très récemment de droite, autoritaire et inégalitaire. Elle a produit ce néo-républicanisme qui promeut une politique économique (dont l’euro) menant à des mécanismes d’exclusion, et qui conduisent eux-mêmes au développement de la xénophobie, arabophobie, puis islamophobie, puis antisémitisme. Les fondements culturels du néo-républicanisme socialiste sont ici dévoilés: c’est vraisemblablement ce qui produit un effet de fureur chez certains des individus concernés.
 
HD. On vous reproche de ne pas être Charlie ... Comment avez-vous réagi lors des attentats ?
E. T. Je regrette qu’on essaie de me faire passer pour un type qui n’était pas conscient de l’horreur du 7 janvier. J’ai fait partie de l’immense majorité de Français pressés que les frères Kouachi soient trouvés et abattus. Je ne dis pas que justice a été faite. Mais j’ai été soulagé quand ça a été réglé. L’esprit du 11 janvier était sans doute double. Il y avait des gens sincères mais j’ai dû évoquer un flash totalitaire avec ces enfants de 8 ans convoqués dans des commissariats. Des foules immenses qui acclament la police, ce n’est pas le monde habituel des manifestations ouvrières auxquelles je participais dans ma jeunesse. Dans le studio de France Inter, le 4 mai dernier, chez Patrick Cohen, où on ne me laissait pas parler avant que je ne menace de quitter le studio, j’ai retrouvé cette face noire du 11 janvier.
Je suis pour le droit au blasphème, mais je suis aussi un militant du contre-blasphème. On a le droit de blasphémer sur toutes les religions. On devrait réfléchir à la responsabilité de Bernard Cazeneuve (le ministre de l’Intérieur – NDLR) qui n’a pas été capable de protéger les gens de « Charlie Hebdo » Mais d’autres Français, d’origine musulmane ou non, ont tout à fait le droit de dire que ce n’est pas très classe de se mettre à 20 contre 1 pour cibler le personnage central d’une religion minoritaire et d’un groupe qui, quoique très divers, est statistiquement sur les franges plutôt défavorisées de la société.
 
SOURCE / L'HUMA
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