Réparations, Esclavage et Mémorial Act, le CIPN interpelle Hollande

Publié le par dan29000

Réparations, Esclavage & Mémorial Act : Le CIPN* interpelle François Hollande !


(13-04-2015)

 

Pointe-à-Pitre. Lundi 13 avril 2015. CCN. Alors que la polémique sur la question de la soi disant « humanité » du Code Noir soutenue par un groupuscule de pseudos-historiens, de philosopheux négationnistes, réactionnaires, traitres, à la cause de la Guadeloupe donc à la solde du système colonial enfle, voilà qu’à son tour, le CIPN (pourtant à l’origine du projet Mémorial) interpelle le chef de l'état français et refuse de participer à l’inauguration officielle du Mémorial Act prévue le 10 mai prochain. Le CCN peut déjà annoncer que d’autres organisations patriotiques auront aussi à se prononcer…

 

 

*La lettre du Comité International des Peuples Noirs (CIPN)

 

 

Monsieur le Président de la République française,

 

 

Vous projetez de venir dans notre Pays de Guadeloupe le 10 mai 2015, sur invitation du Président de la Région Guadeloupe Victorin LUREL, pour participer à l’inauguration de l’ouvrage majeur dénommé MEMORIAL ACTe, édifié à la mémoire de nos ancêtres et d’une façon générale à la mémoire de toute cette humanité noire qui fut déportée d’Afrique aux Amériques et mise en cruelle servitude des siècles durant.

 

Ces hommes, ces femmes et ces enfants dont on niait l’humanité, dont l’Eglise elle-même niait l’humanité, ont été chosifiés par la Bulle papale du 8 janvier 1454, qui autorisait les européens à pratiquer la Traite négrière, l’Esclavage, le meurtre et l’appropriation autoritaire des territoires des peuples dominés par les armes.

 

Sachez que le MEMORIAL ACTe que vous allez visiter est un projet éminemment guadeloupéen, puisque c’est la Société civile à travers notre Association, le Comité International des Peuples Noirs (CIPN) qui en est à l’origine, dès mai 1998, sous l’appellation de départ ‘’Mémorial Caribéen de la Traite et de l’Esclavage’’. Cette action s’inscrit résolument dans une démarche d’Autoréparation de la Mémoire que seules les victimes de la colonisation peuvent entreprendre.

 

Notre Association l’a activement portée seule des années durant à travers de nombreuses marches, conférences et manifestations publiques, jusqu’à sa difficile concrétisation financière et technique assumée-il faut le reconnaitre- par la Région Guadeloupe et sa conceptualisation par des architectes guadeloupéens sur la base des travaux des Comité de Pilotage et Comité Scientifique au sein desquels nous étions présents.

 

Les citoyens du monde entier devraient pouvoir venir visiter et découvrir ce MEMORIAL dédié à nos ancêtres Martyrs, puisqu’il a une vocation universelle et une dimension à la fois caribéenne et internationale. Outre sa vocation en matière de connaissances et de recherches, il constitue en soi l’hommage ultime qu’une génération-la nôtre- rend enfin à ces 15 millions d’êtres humains jetés à fond ce cale et déportés, dont au moins 3 millions sont autant de cadavres jonchant le fond de l’océan, faisant de l’Atlantique le plus grand cimetière sous-marin de notre planète. C’est aussi, il ne faut pas l’oublier un hommage posthume rendu à ces centaines de millions d’hommes et de femmes, qui de génération en génération ont été réduits en esclavage et dépossédés de leur être, de leur dignité trois siècles et demi durant !

 

La construction du Mémorial qui est pour nous source de fierté s’inscrit donc dans la logique du principe des 3 R édicté dès février 1992 par le CIPN sur le Parvis des Droits de l’Homme à Paris, à savoir Reconnaissance du crime de l’Esclavage, Réparations de ce crime et Réconciliation entre les Peuples qui ont été opposés par l’Histoire.

 

Aux crimes contre l’Humanité commis par les européens, la France qui se targue d’être la patrie des droits de l’Homme (mais qui pourtant nous a laissés dans les fers de l’esclavage 5 années après sa Révolution de 1789..) en a ajouté d’autres en pratiquant une Assimilation contre-nature faisant de notre Pays un Département en 1946 pour échapper ainsi à son obligation de décoloniser édictée par l’ONU. Elle nous a également ôté cyniquement notre qualité de Peuple en 2003, pour faire de nous et au mépris de notre identité une simple population, une donnée statistique, un sous-ensemble du Peuple français.

 

Vous avez déclaré il ya moins d’un an que vous étiez opposé aux Réparations autres que mémorielles, au motif que nous estimons fallacieux, que l’Esclavage serait un crime commis par des français contre d’autres français (sic) !

 

Si on devait s’en tenir à cette logique colonialiste, un violeur dont la victime aurait enfanté ne serait pas un criminel, mais un respectable père de famille…

 

Pourtant le décret JOSPIN du 13 juillet 2000, au nom d’une dette imprescriptible de la France a indemnisé les orphelins des déportés juifs français. Selon ce décret la ‘’mesure de réparation’’ prend la forme au choix du bénéficiaire d’une indemnité en capital ou d’une rente viagère. A ce jour, et sans doute avec raison ce sont plus de 400 millions d’euros qui ont été versés à ces orphelins.

 

Quid alors du crime commis par des français contre d’autres français, ceux-là authentiques, quand on connait leur responsabilité dans la déportation de ces juifs ?

 

Vous avez tenté de faire du poète Aimé CESAIRE un allié, un partisan de vos thèses assimilationnistes en prétendant qu’il était hostile au principe des Réparations, ce qu’une lecture attentive de son propos dément formellement, puisqu’à l’instar de Martin Luther King, Frantz Fanon, Edouard Glissant, Wole Soyinka, Desmond Tutu et Nelson Mandela, Aimé Césaire était partisan de Réparations liées à la Traite Négrière, à l’Esclavage et à la Colonisation.

 

En février 2015, vous avez affirmé vouloir REHABILITER la France avec son HISTOIRE, en assumant toutes ses zones d’ombre, à l’instar de Jacques CHIRAC qui en 1995 avait reconnu la responsabilité de l’Etat français lui-même dans la déportation des juifs durant la seconde guerre mondiale.

 

Dans cette même logique, vous avez en décembre 2014, sous la pression des autorités américaines qui ont instauré une loi sur la transparence ‘’réparé’’ à hauteur de 60 millions de dollars et 100.000 dollars par individu, les juifs américains qui avaient été transportés de France en Allemagne dans les wagons de la SNCF qui les emmenaient dans les Camps de Concentration. Ce ‘’beau geste’’ qui n’était que justice n’était motivé que par l’obligation faite à la SNCF de réparer en amont si elle prétendait faire acte de candidature à un appel d’offres portant sur un projet ferroviaire américain de grande ampleur se chiffrant à plusieurs milliards de dollars.

 

Mettre en avant pour vous dédouaner la Loi TAUBIRA qualifiant la Traite et l’Esclavage de crimes contre l’Humanité ne suffit pas, car après avoir dépouillé cette loi de son article 5 qui traitait des modalités d’évaluation des Réparations, vous l’avez vidée de toute substance en déclarant que cette loi n’avait aucune valeur normative, qu’elle était juste une loi symbolique et mémorielle ! Quelle supercherie..

 

Quelle différence alors entre votre attitude affichée, l’hypocrisie de ces parlementaires français de 2001 qui ont voté cette loi après l’avoir fortement amendée, et le cynisme d’un Nicolas SARKOSY qui affirmait il y a peu que ‘’l’Homme africain n’était pas entré dans l’Histoire’’ ?

 

Est-ce que de votre point de vue, l’Homme Noir qui demeure à ce jour au bas de l’échelle du Monde-sans dommages et intérêts au regard des humiliations subies- devrait se satisfaire de la formule employée tantôt par le journal Libération pour qualifier l’attitude de la France au regard de sa responsabilité non assumée dans l’Esclavage, à savoir ’’Sang, dommages et intérêts ‘’?

 

Ou se trouve la reconnaissance de notre Humanité dans tout cela ?

 

C’est bien la France qui en 1685 a codifié l’Esclavage à travers son Code Noir outil monstrueux du droit français-qui faisait de nous à travers ses 55 articles des êtres meubles, des objets valant moins que du bétail, et qui à ce jour ne l’a toujours pas abrogé.

 

Aujourd’hui nous demandons Justice !

 

Nous demandons Justice, et sans s’engager dans une stérile concurrence ou hiérarchie entre Mémoire juive et Mémoire Noire, nous exigeons la même considération qui est faite à nos semblables juifs qui ont été victimes de l’Holocauste.

 

Nous demandons justice, au même titre que les Coréens qui ont obtenu des Réparations de la part du colonisateur Japonais, nous demandons justice au même titre que les Libyens qui ont obtenu des Réparations de la part du colonisateur Italien, comme le prévoit le droit international chaque fois qu’il y un préjudice établi au détriment d’un peuple.

 

Nous venons de rentrer dans la décennie internationale des personnes d’ascendance africaine décrétée le 10 décembre 2014 par l’Assemblée Générale des Nations Unies, et à ce titre et dans ce cadre,

 

Nous exigeons, Monsieur le Président de la République française, au nom de tous les nôtres néantisés, humiliés et déshumanisés, qu’à l’occasion de votre venue au MEMORIAL ACTe vous demandiez pardon, au nom du Peuple français pour les crimes commis dans le cadre de la Déportation de millions d’infortunés, de leur mise en Esclavage et de leur exploitation forcenée du 15ème au 19ème siècle !

 

Le Pape Jean-Paul II a en partie rétabli nos ancêtres dans leur dignité en 1992, lorsqu’il s’est agenouillé sur le sol de GOREE au Sénégal pour demander pardon aux Peuples Noirs, au titre de la responsabilité de son Eglise qui a plongé un Continent tout entier dans les affres de la Déportation et de l’Esclavage..

 

Vous ne pourrez par ailleurs demander pardon pour ces crimes commis contre l’Humain sans reconnaitre en même temps le Peuple guadeloupéen dans son intangible réalité.

 

Notre exigence de Réparations doit également être reconnue comme légitime et non négociable, puisqu’elle est juste et consubstantielle de la véritable décolonisation.

 

Cette exigence ne saurait contrarier les Chefs d’Etats et de Gouvernements africains et caribéens qui seront présents ce 10 mai en Guadeloupe, puisqu’à ce jour 11 Pays de la Caraïbe souscrivent pleinement à cette démarche de Réparations, occultée lors de leur accession à l’Indépendance, mais aujourd’hui revendiquée comme élément central de leur stratégie de développement économique et social.

 

En témoigne le Sommet International sur les Réparations qui se tient en ce moment, du 9 au 11 avril 2015, à New York à l’initiative de l’Institut du Monde Noir et de la Commission pour les Réparations de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) et auquel participe une délégation menée par Mr Garcin MALSA, Président du Comité National Martiniquais pour les Réparations, délégation représentant la Martinique et la Guadeloupe.

 

Le CRAN qui milite également pour les Réparations est présent à ce Sommet, représenté par son Président, Louis-Georges TIN.

 

C’est au prix de l’expression officielle de cette demande de pardon et de ces reconnaissances, et à ce prix seulement que votre venue marquera le temps et les esprits et aura peut-être demain une portée historique. Autrement cela ne sera qu’une visite politicienne de plus d’un socialiste bien pensant et satisfait de lui, en vue des futures élections présidentielles françaises.

 

Les temps ont changé, et le temps détestable où les politiciens français de tous bords venaient nous chanter leur amour pour nous est révolu.

 

Nous exigeons Justice pour le passé et pour l’avenir, car au-delà des mots c’est de notre avenir et de celui de nos enfants dont il est ici question.

 

Nous guadeloupéens avons décidé à travers ce MEMORIAL d’écrire nous-mêmes notre propre HISTOIRE et celle des Peuples Noirs et d’exercer à ce sujet une vigilance de tous les instants. Comme disent les conteurs africains, tant que c’est le chasseur qui parle du lion, il écrira des histoires de chasseurs..Nul ne peut dire à notre place ce que nous sommes et qui nous sommes.

 

Et n’étant pas à ce jour convaincue, monsieur HOLLANDE que vous envisagez de vous départir de vos attitudes paternalistes et jacobines, notre Association a décidé de ne pas être présente ce 10 mai 2015, lors de l’inauguration officielle du MEMORIAL ACTe, que nous saluons et considérons comme une œuvre fondamentale aux plans architectural, symbolique et économique dont le prestige rayonnera sur toute la Caraïbe.

 

Bien entendu, la participation financière potentielle somme toute normale de la France et de l’Europe au projet ne constituerait qu’une amorce de réparations, mais pas les Réparations telles que nous l’entendons dans leurs formes, leur ampleur et leur durée.

 

Comme nous l’avons affirmé le 27 mai 2008, lors de la pose de la première pierre, le MEMORIAL ACTe qui appartient au Peuple guadeloupéen, dépassera et le Président du Conseil Régional et nous-mêmes pour demeurer l’outil fondamental de notre identité et de celle des Peuples de la Caraïbe avec lesquels nous partageons une même Histoire tragique.

 

Recevez, Monsieur le Président de la République française, nos salutations distinguées.

 

 La Présidente du C.I.P.N, Jacqueline JACQUERAY

 

 

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(caraibcreolenews.com - www.caraibcreolenews.com/index.php/focus/item/1963-guadeloupe-reparations-esclavage-memorial-act-le-cipn-interpelle-francois-hollande)

 

 

SOURCE / LE-CRAN.FR

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