Athènes à la fièvre, par Yannis Youlountas

Publié le par dan29000

 

Mardi 23 juin 2015, 23h30. Les flash-infos vous disent, paraît-il, que tout est fini, que tout est mort. Vous les croyez ?

ATHÈNES A LA FIÈVRE


Chacun fait ce qu'il a à faire et c'est bien ainsi. Chacun selon ses convictions. Chacun à sa façon. Chacun où il se trouve : anarchistes, syndicalistes, membres de Syriza dont Stathis Kouvelakis, députés frondeurs (47 ce soir qui demandent un vrai débat parlementaire sur le rapport préliminaire de l'audit sur la dette, récemment présenté par Eric Toussaint), etc.

MAIS L'HEURE DU BILAN DÉFINITIF EST ENCORE LOIN D'ÊTRE ARRIVÉE.

Ne croyez pas ce que vous racontent les médias dominants du pouvoir politico-financier qui se régale du trouble qu'il provoque et qui rêve déjà d'avoir éliminé toute résistance au bénéfice de la résignation et de la soumission. Ne croyez pas sa sempiternelle fin de l'Histoire. L'Histoire n'est pas finie. Elle se fait, se défait et surgit parfois. Rien n'est fini, nul part, loin de là.

Ne vous inquiétez pas pour nous. Nos dissensus sont nécessaires. Nos débats sont vitaux. Nos coups de gueules sont cruciaux. Le conflit, ce n'est pas la mort, mais la vie. Il n'y a pas lieu d'avoir peur, ni de croire ceux qui essaient de distiller la peur en zoomant sur nos différences et sur nos différents.

Au contraire, soyez heureux que ça bouge, que ça vit, que ça chante, que ça crie, que ça soutienne ou que ça contredise. Soyez rassurés que les braises soient encore chaudes et qu’Athènes ne dorme pas.

Soyez plutôt inquiets du peu de réaction dans d’autres pays, dont le vôtre, devant la politique abjecte de vos gouvernements.

Car, en réalité, la Grèce n’est pas un spectacle dont il faudrait attendre la fin. La Grèce n’est que le microcosme, le laboratoire, le prisme de tout un monde, sur un territoire encore et toujours en lutte, tiraillé par toutes les tentations, par tous les désirs et par toutes les peines. Et, surtout, il n’y a rien parce qu’il n’y a pas de fin. Il n’y a rien à attendre, mais tout à faire, partout, dès maintenant.

Avant que des charognards en tous genres ne viennent vous répéter, si ce n’est pas déjà le cas : « tu as vu la Grèce, tu as vu la Grèce ? », en essayant de tirer les marrons du feu et de vous vendre leur camelote politique, sortez, respirez, regardez dehors et demandez vous ce que vous pouvez faire, là où vous êtes.

L’enjeu est là et nulle part ailleurs. Il n’a pas de temps ni de lieu, car il s’appelle toujours « ici et maintenant ». Ce que vous appelez la Grèce est partout. La Grèce de la barbarie. La Grèce de la souffrance. La Grèce de la résistance. Partout en Europe et ailleurs. Cela s’appelle la vie. Cela s’appelle la lutte. Cela n’a pas de frontière ni d’époque. Cela ne dépend que de nous.

Ce soir, les flash-infos vous disent, parait-il, que tout est fini, que tout est mort, et se succèdent comme le glas de nos rêves. Vous les croyez ? Avons-nous vraiment abdiqué devant le pouvoir mortifère qui, partout, veut nous mettre à genoux ?

Pour ce qui est de la Grèce, la réponse n'est pas pour aujourd'hui, ni pour demain. Nous en reparlerons. Nous en reparlerons avec ce qui sera VRAIMENT signé (ou pas) jeudi soir. Puis avec ce qui sera VRAIMENT voté (ou pas) dimanche. Puis avec ce qui sera VRAIMENT mis en œuvre (ou pas) dans les mois à venir. Puis avec ce qui se passera VRAIMENT (ou pas) en octobre. De même que sans lutte, on n'arrive à rien, sans avancer suffisamment en chemin, on ne peut pas juger DÉFINITIVEMENT ni les hommes ni les actes.

Je lutte dès maintenant, mais je ne jugerai définitivement qu'à l'automne.

Yannis Youlountas

– avec Maud Youlountas Guenfoud.

Publié dans actualités

Commenter cet article