Spike Lee, American urban story, de Karim Madani, Don Quichotte éditions

Publié le par dan29000

Depuis son premier film en 1977, à l'âge de vingt ans, un court métrage intitulé Last hustle in Brooklyn, Spike Lee a beaucoup tourné, des longs, des courts, des documentaires, des clips, et même parfois pour la télévision. L'homme est doué, à la fois réalisateur, scénariste et producteur, il est issu d'une des plus prestigieuses écoles de cinéma des États-Unis. Il fut aussi un découvreur de grands acteurs, citons seulement Denzel Washington, Samuel Jackson ou encore John Turturro.

 

Malgré de nombreux succès, de Nola Darling n'en fait qu'à sa tête en 1986 à Do the right thing (1989) ou Malcom X (1992), aucun ouvrage n'était disponible sur lui en français, si on excepte le confidentiel Spike Lee pour une esthétique de la subversion dans Do the right thing, paru en 2009 chez un petit éditeur. Karim Madani, journaliste et romancier répare enfin cette lacune incompréhensible. Spécialisé dans les cultures urbaines et la musique afro-américaine, ce journaliste free-lance a collaboré à Groove, Rap US ou L'Affiche. En 2007, il sort son premier roman Hip-Hop connexion, et fait son entrée dans la prestigieuse Série noire de Gallimard en 2011 avec Le jour du fléau. Suivront Casher Nostra (Seuil) et en 2014 Blood Sample (Le poulpe).

 

Pas de biographie linéaire à l'américaine pour ce Spike Lee, sous-titré American urban story. Un sous-titre important, car il s'agit bien de cela, et comme Madani possède un réel talent de narrateur il embarque très vite son lecteur dans une sorte de road-movie au cœur du New York populaire. Certes les principaux films de Spike sont bien présents, dans un ordre non chronologique, et c'est tant mieux ! Jungle fever, Clockers, Mo'better blues, She's gotta have it ou Katrina, un documentaire important qui aurait mérité un développement plus conséquent.

 

Au fil des pages, on sent que l'auteur connait et aime son sujet, on pourrait d'ailleurs dire ses sujets. Car dans cette histoire américaine urbaine, il y a Spike Lee, mais aussi la ville, Brooklyn, avec ses tensions raciales, ses frustrations, sa pauvreté à peine atténuée par la musique ou le basket. Il y a aussi les ravages du crack depuis les années 90, et ceux des balles policières qui préfèrent toujours les dos noirs dans une Amérique où, comme en France, la justice est toujours du côté du plus fort, et le plus fort est toujours le blanc. Enfin pour le moment.

 

Le bouquin de Madani avance vite, il cogne bien, en rythme, pas le temps de s'assoupir, il colle au tempo de la ville, du Hip-Hop, il restitue avec justesse, les codes et le langage de ce cinéaste qui a influencé le cinéma nord-américain. Spike Lee et Karim Madani, une belle rencontre, une rencontre où fusionnent la ville, les rues, le langage, le rap, la résistance des afro-américains, la street culture et son street art.

 

Un livre-radioscopie hélas d'actualité après les évènements de Ferguson déjà contenus dans Do the right thing, un livre qui vous donnera l'envie de voir tous les films de Spike, et aussi l'envie de lire les romans de Karim Madani !

 

Dan29000

 

Spike Lee

American urban story

Karim Madani

Éditions Don Quichotte

2015 / 192 p / 18 euros

 

 

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