Le capitalisme tue : chez Volkswagen, un intérimaire tué par un robot

Publié le par dan29000

La chaîne continue à tuer en série

22 ans, intérimaire chez Volkswagen, « tué par un robot »

Publié le 2 juillet 2015

 

Flora Carpentier

 

« Tué par un robot ». C’est par ces mots cyniques que la presse a relayé la mort tragique d’un jeune ouvrier sur son poste de travail chez Volkswagen en Allemagne, énième victime de la machine à broyer capitaliste. Certains adeptes du film i Robot se permettent même d’ironiser sur le fait qu’un robot ait commis son « premier meurtre ». Devant tant de cynisme, il semble nécessaire de rappeler que « la mort en bout de chaîne » n’est pas un fait nouveau, et qu’elle est même la règle pour des millions de travailleurs dont les vies ont une valeur dérisoire aux yeux de ceux qui les exploitent.

 

Toujours le même argument de « l’erreur humaine »

 

Un jeune intérimaire de 22 ans a été frappé à la poitrine par un robot et poussé contre une plaque métallique. Réanimé à l’usine, il a succombé à ses blessures à l’hôpital. A entendre Le Figaro, le drame a eu lieu alors que le travailleur « voulait » installer un robot sur une chaîne de montage. Depuis quand les ouvriers ont-ils la « volonté » d’entreprendre des gestes qui mettent leur vie en danger ? Depuis quand ont-ils le choix de leurs mouvements, des cadences, des tâches éreintantes à l’usine ? Mais les mots ont un sens bien précis pour ceux qui, à l’image de la direction de Volkswagen, n’ont comme seule hâte celle de se dédouaner de toute responsabilité, afin de mettre en avant l’« erreur humaine » qui aurait causé ce triste « accident ».

Ainsi, selon eux, le problème ne viendrait pas d’un dysfonctionnement du robot qui, étant d’ancienne génération, n’avait pas vocation à se trouver au contact des travailleurs. L’ « accident » serait donc dû au fait que le jeune ait commis l’« erreur humaine » d’entrer dans la cage dans laquelle était confinée la machine, à l’écart des chaînes de montage. Mais si l’engin était si dangereux, comment alors est-il possible que l’entrée d’un ouvrier dans la cage de sécurité n’ait pas déclenché son arrêt automatique ?

Tandis qu’une enquête est censée rendre compte des circonstances précises de la mort de l’intérimaire, nous n’avons pas besoin d’en attendre les résultats pour savoir que la responsabilité dans ce drame est à chercher du côté des conditions de travail. La réalité, c’est qu’aujourd’hui, la maintenance régulière des machines, censée prévenir les dysfonctionnements qui mettent en danger la vie des travailleurs, est de plus en plus tronquée au profit de réparations qui n’interviennent qu’une fois que les problèmes se sont déclarés. Ainsi, les ouvriers se livrent de plus en plus à une « auto-maintenance » de leur outil de travail, le but pour le patronat étant de réduire le temps d’arrêt des machines, en les faisant tourner bien au-delà de leur capacité, le tout pour augmenter la productivité et les profits. C’est ce qui explique que bien souvent, les travailleurs soient contraints d’intervenir sur des machines en fonctionnement, et ce au péril de leur vie.

La réalité, c’est qu’avec les suppressions d’emplois et des chaînes de production, conduisant à une saturation des chaînes en fonctionnement et à l’augmentation des cadences, les accidents deviennent de plus en plus fréquents, et le métier de plus en plus dangereux. La pression et la précarité toujours plus grandes subies par les travailleurs sont naturellement les premières responsables d’« erreurs humaines » parfois fatales.

La mort en bout de chaîne n’est pas une fatalité

Nous ne céderons pas à la banalisation ambiante, qui voudrait que la mort d’un ouvrier soit classée au rang des « risques du métier » comme il en a toujours existé, un simple accident du travail comme lorsqu’aux temps modernes un ouvrier pouvait se faire happer le bras dans un engrenage.

Avec la mort de ce jeune intérimaire, ce n’est malheureusement pas la première ni la dernière fois qu’un travailleur trouve la mort à l’usine. Ne serait-ce que pour le secteur automobile, on pourrait mentionner la mort en décembre 2007 d’un ouvrier écrasé par une presse de 32 tonnes à l’usine d’emboutissage de PSA à Sochaux. Ou bien l’accident mortel d’un cariste de 30 ans à l’usine de PSA Saint-Ouen en 2009, pour lequel Peugeot-Citroën avait été condamné à 30.000 euros d’amende. Ou encore l’accident ayant causé de graves lésions et fractures à un électricien de l’équipementier automobile Saint-Jean-Industries dans le Maine et Loire en avril dernier, coincé entre deux robots alors qu’il effectuait une opération de maintenance.

La robotisation, responsable ?

Certains courants anti-productivistes voient dans le développement de l’industrialisation un mal responsable du chômage de masse, et remettent en cause, comme un principe absolu, le remplacement de l’homme par la machine. Pourtant, l’automatisation de la production et les innovations technologiques, si elles étaient au service des intérêts de l’immense majorité de la population, représenteraient immanquablement un progrès. Cela permettait en effet d’affranchir les travailleurs des tâches dangereuses et des gestes aliénants, responsables des problèmes de santé et des accidents. Plus encore, cela permettrait de réduire considérablement le temps de travail, et rendrait d’autant plus aisé la répartition rationnelle de ce dernier entre toutes et tous (sans perte de salaire). Le problème n’est donc pas la robotisation en soi, mais le fait qu’elle se trouve entre les mains des capitalistes.

C’est ce système qui conduit à ce que des milliers de travailleurs continuent à mourir tous les ans, dans les mines de Turquie ou les usines textiles du Bangladesh, mais également dans les pays développés. Tout comme le déraillement mortel de Brétigny-sur-Orge il y a tout juste deux ans aurait pu être évité si les transports publics n’étaient pas soumis à la loi de la rentabilité capitaliste, de même dans les usines, c’est cette même course au profit qui est responsable de la mort de nombreux travailleurs.

D’autant plus qu’à côté des « accidents », il y a aussi toutes les victimes plus « indirectes » des conditions de travail meurtrières que nous impose la loi du marché. Il s’agit des nombreux travailleurs qui connaissent « la mort en bout de chaîne », pour reprendre le titre du documentaire de Mourad Laffite en 2011, qui dénonce les conditions de travail chez Goodyear Amiens Nord, où les cancers liés aux inhalations toxiques ont eu raison de la vie de bon nombre de travailleurs.

Il s’agit également de ceux qui font le choix de se donner la mort, parfois même sur leur lieu de travail, parce qu’ils ne supportent plus l’exploitation et les souffrances quotidiennes. Quelles qu’en soient les circonstances, ces morts de travailleurs ont une seule et même cause commune, plus ou moins directe, plus ou moins évidente, plus au moins facile à dissimuler pour les principaux responsables : la société capitaliste, qui n’a que faire des vies de millions d’êtres humains.

 

 

SOURCE / REVOLUTIONPERMANENTE. FR

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