Une journée en Palestine occupée

Publié le par dan29000

UN JOUR EN PALESTINE OCCUPEE

 

La vallée du Jourdain et la situation des fermiers palestiniens

 

Ce matin, nous quittons le très confortable Jericho resort pour remonter la vallée du Jourdain vers le Nord et les collines de la Samarie. Nous croisons la poterie Al Amal située au bord de la route. La céramique et les poteries de Palestine et en particulier celles de la vallée du Jourdain sont d’une tradition très ancienne qui remonte à l’âge du bronze. La production de céramiques aux lignes peintes répond à la demande des populations, comme le montre l’existence de plusieurs ateliers autour de Jéricho. Ceci malgré le recul des traditions régionales pour l’adoption d’une culture plus homogénéisante, issue de la sédentarisation et du développement d’une identité « urbaine ». Au Bronze ancien, les décors de lignes peintes, souvent obliques et croisées, sont encore attestés dans le sud, principalement sur des bols (parfois sur des jarres et sur des bouteilles comme à Tell el-Umeiri et à Khirbet ez-Zeraqon). L’aire de répartition semble être circonscrite au sud-est du Levant méridional. Des récipients ainsi décorés ont été trouvés dans plusieurs lieux dont Jéricho. La proportion semble supérieure dans les régions aux traditions de décorations peintes, situées autour de la mer Morte. Chaque catégorie découverte représente la marque ethnique de groupes étrangers ayant envahi la Palestine[1].

Les plantations de dattiers, les serres des colonies israéliennes s’étalent de chaque côté de la route 90, à perte de vue, jusqu’au Jourdain que l’on devine au loin. La terre paraît aride, mais avec l’irrigation, les pompages en profondeur, elle se révèle très riche et productive. L'utilisation toujours plus importante de l'eau du Jourdain à des fins d'irrigation est à l'origine d'une grave diminution de son débit, diminution qui est une des causes principales de la réduction de la superficie de la mer Morte, laquelle a perdu près du tiers de sa surface au cours des 50 dernières années.

 

Le Jourdain en arabe Nahr al-Urdun veut dire descendre et en hébreu ירד Yarad, la Rivière de la Peine, du Jugement) a donné son nom à la Jordanie, à la Cisjordanie. Du mont Hermon à la mer Morte, le Jourdain s'écoule sur 360 km et sa vallée est la plus basse du monde puisqu'il rejoint la mer Morte à l'altitude de 392 m sous le niveau des océans.

Né dans les montagnes libanaises, sur le flanc occidental de l'Hermon, il traverse les lacs Houlé et de Tibériade. Son cours, que l'on mesure depuis sa source la plus lointaine, celle d'Hâsbeiyâ au Liban, suit une direction nord-sud presque rectiligne et correspondant à la dépression de Ghor. Peu avant son embouchure, il arrose la ville de Jéricho. C'est le seul cours d'eau notable de cette région. Depuis 1948, il sert en partie de frontière entre Israël et la Jordanie.

Son principal affluent, le Yarmouk, sépare la Syrie de la Jordanie. L'eau du fleuve sert en particulier à l'irrigation du Néguev. Un barrage a été établi en aval du lac de Tibériade, qui alimente une centrale électrique et régule le cours du fleuve. La poursuite des pompages pose un risque majeur, tant écologique que géostratégique, dans une région à l'histoire déjà agitée[2].

 

La vallée du Jourdain est sous contrôle militaire israélien (zone C) où 80 000 Palestiniens vivent, principalement des bédouins et paysans pauvres, ainsi que 9 400 Israéliens, répartis dans les 37 colonies de la vallée. C’est la région de l’agriculture industrielle d’exportation et de l’accaparement des terres par tous les moyens.

Selon une loi Ottomane reprise par Israël à son compte et qui vaut pour tous les territoires occupés, toute terre qui n’est pas cultivée pendant trois ans revient à l’Etat israélien. Et les facteurs «d’abandon» des terres ne manquent pas. Le climat désertique fait de l’eau une ressource indispensable à l’agriculture

Cette agriculture intensive est une volonté des gouvernements israéliens d’obtenir une souveraineté alimentaire en s’affranchissant des productions locales palestiniennes et des pays arabes voisins. Pour cela, les colons bénéficient de toutes les facilités, du soutien de l’armée et des autorités, pour s’approprier les terres des Bédouins qui vivent dans cette région. Nous allons reparler tout de suite de ce sujet au village de Fasayel où nous arrivons, après avoir traversé une zone de rocailles et d’herbages jaunis où émergent les tâches vertes des palmiers.

FASAYEL

Ce petit village palestinien est complètement entouré par les colonies agricoles des israéliens.

Nous nous engageons sur une petite route bordée de quelques maisons, c’est le vieux village. La voie devient piste au long de laquelle des zones de pacages et de voiles abritent des cultures sur un sol caillouteux où émergent des arbustes. On aperçoit une petite palmeraie, des maisons basses un peu plus loin, c’est le nouveau Fasayel. A l’entrée, nous nous arrêtons près d’une bâtisse dont une partie est écroulée.

Rencontreavec le dirigeant de Jordanvalleysolidarity.org.

Nous grimpons les marches de l’escalier extérieur pour accéder au siège de l’Association de Solidarité des fermiers Palestiniens de la Vallée du Jourdain. C’est aussi la demeure de Rashed Khudary et de sa famille. Nous nous asseyons dans une salle à l’étage, où des affiches, des cartes, des photos renseignent immédiatement sur la nature de l’activité de l’organisation. On nous offre le thé et le café. A côté, une femme est à la cuisine d’où émanent d’odorants parfums épicés. Des enfants jouent sur la terrasse, une fillette à la jolie frimousse vient observer les étrangers.

Notre présidente à nous, Geneviève, présente le groupe Al Rowad-AFPS. Rashed, Coordinateur du Comité populaire de la Vallée du Jourdain expose l’action de son association. Il regroupe de manière informelle des volontaires palestiniens, mais pas tous les fermiers des villages détruits par l’armée israélienne. Cependant le réseau de solidarité s’élargit grâce à Internet. Il s’est développé depuis 2003 pour la défense et la promotion du droit à l’éducation, à l’habitat par la construction de maisons et de plus de 200 abris, pour l’eau, le droit de pacage des animaux. Il a créé trois réserves d’eau dans des lieux où il était interdit de forer ou de réaménager des puits.

Dans le domaine de la santé, deux centres de soins ont été installés.

« Nous mettons en place des ateliers de formation pour apprendre le droit et les questions sociales, les droits de l’homme et le droit international. Nous avons des ateliers d’écriture pour apprendre à faire des rapports sur la situation régionale, pour la photographie et l’informatique, l’utilisation du Web.

Nous avons quatre projets actuellement :

- Avec le théâtre Ashtar de Ramallah. C’est un travail avec des ouvriers agricoles qui suivent des cours pendant un an en vue de créer et jouer des pièces qui montrent les problèmes de la santé et de l’éducation. Elles sont déjà présentées dans vingt villes et villages. L’idée est de les diffuser dans toute la Cisjordanie pour consolider la solidarité entre tous les Palestiniens.

- Avec l’Union des fermiers palestiniens, développer l’association d’appui à la plantation de dattiers, de citronniers, d’oliviers. Elargir le réseau dans la vallée.

- En coopération avec le MAN de la région Rhône-Alpes, nous avons un projet de développement d’une fromagerie. L’idée est venue à l’AFPS, du fait de la dispersion des communautés bédouines qu’il est difficile de regrouper pour récolter et distribuer le lait, de produire des fromages dans le cadre d’une coopérative. Le lait est vendu à un coût très faible. Le projet permettra de le vendre à un meilleur prix et mieux. Ce sont surtout les femmes qui travaillent sur ce secteur. Elles ont vécu plusieurs Nakbas, se heurtent à l’interdiction de construire en dur, et les troupeaux sont privés d‘un libre accès à l’eau.

Il est très important d’obtenir le soutien par des actions de solidarité de ceux qui détiennent la terre. La coopérative réduit les coûts de production, mutualise les véhicules de transport, le camion qui collecte le lait. Elle donne plus de moyens.

- Le développement de notre production agricole est un autre élément de notre vie ici, sur notre terre, grâce à la construction de citernes pour l’eau.

Nous avons divers ateliers pour la recherche, l’étude, les échanges entre communautés, de discussion pour mettre en commun nos problématiques.

Jean Gabriel de l’AFPS, intervient pour indiquer qu’en Côte d’Or, le comité agit en achetant des dattiers pour les Palestiniens de la vallée et pour construire des chambres froides afin de stocker les dattes.

Rashed reprend : « la solidarité franco-palestinienne a été de très bon niveau et importante. Mais pour certains endroits, elle s’est révélée inadaptée par rapport à la question de l’eau.

- Mais comment construire dans cette zone c où la loi de l’occupant israélien l’interdit ?

Notre réponse est la fabrication de briques en terre mélangée à de la paille. Nous retapons ainsi la maison, en construisons d’autres et nous avons édifié le lieu de réunion et d’accueil pour les femmes. Nous avons bricolé un système de presse hydraulique avec un mécanicien pour fabriquer les briques. Le rendement est de 500 briques par jour. Il nous aide pour préparer deux autres machines et préparer le mélange argile/paille. Il nous faut être inventif pour s’adapter aux situations provoquées par les règlements de l’occupant et pouvoir produire plus et mieux. On travaille aussi sur d’autres projets. Notamment :

- les taxes qui sont prélevées sur les agriculteurs, pour qu’elles soient attribuées à nos paysans. Ces taxes sont d’un montant de 700 000 shekels sur les aliments complémentaires et fourrages pour le bétail en été. Il faut en demander l’autorisation d’achat à l’Autorité palestinienne. On peut se fournir aussi à Jénine où il y a une petite production ou auprès de négociants israéliens de Galilée qui s’approvisionnent dans les pays d’Europe de l’Est comme la Hongrie et la Roumanie (avec une TVA de 16 %).

Nous produisons une documentation sur les destructions de l’habitat des citernes, des puits, des plantations palestiniennes de la Vallée du Jourdain.

Auparavant, nos projets finançaient les zones[3] A et B. Or, c’est la zone C qui est la plus concernée par ces destructions.

Nos problèmes sont de déterminer les bénéficiaires, de veiller à ne pas favoriser des coalitions familiales tendancieuses. Nous étudions, vérifions, contrôlons, afin de lutter contre des projets qui ne seraient pas suffisamment communautaires. Ceci pour ne pas perdre notre temps dans des objectifs isolés, mais pour réclamer ce qui nous revient de droit.

Nous sommes des volontaires désintéressés, rejoints par des internautes qui nous aident. La question d’internet est importante. Notre mouvement opère sur le constat d’une détresse et non pour des intérêts politiciens. Il y a plusieurs niveaux :

- les volontaires sur place ;

- l’action juridique contre la violation des droits ;

- l’échange d’idées et des expériences ;

- les moyens de diffusion des informations et les plaidoyers sur l’état des lieux vers l’étranger.

La solidarité internationale

Nous avons parfois des problèmes avec des personnes qui viennent ici et pensent avoir toutes les bonnes réponses à nos problèmes. Alors c’est eux qui deviennent un problème quand ils se réclament de « leur investissement » au bout de trois mois sur place.

Nous, c’est toute notre vie que nous passons ici dans cette situation d’une population qui vit sous un régime d’occupation et privée de droits. Chaque Palestinien sait comment tenir bon. Cette endurance est maintenant inscrite dans nos gênes, nous savons qui nous sommes et comment nous y prendre. »

Questions

Emmanuelle : Combien de palestiniens vivent dans les colonies agricoles ?

Rashed : 10 000 journaliers travaillent dans les colonies dont 800 femmes et enfants. Ils viennent de la Vallée et des plateaux intermédiaires. Ils reçoivent un salaire de 10 Shekels par heure (2,40 €), soit environ 70 Shekels par jour. Les immigrés Thaïlandais sont payés 30 NIS[4], et sont hébergés et nourris.

Les colons ne sont pas tenus d’appliquer le droit du travail en vigueur en Israël pour les territoires occupés. Les ouvriers palestiniens remplissent les tâches les plus difficiles et dangereuses comme grimper sur les dattiers pour récolter les dattes. Ils restent perchés 4 heures de suite. Les accidents sont nombreux et graves. Il n’y a pas de sécurité au travail et pas de sécurité sociale, de système d’indemnisation pour les accidents du travail. S’ils sont arrêtés, ils perdent leur travail, même quand ils sont employés à l’année. Pas de système de retraite. En cas de départ, les travailleurs reçoivent en principe une indemnité d’un mois de salaire par année travaillée. Selon la bonne volonté du patron colon…

De plus, pour obtenir un emploi, il faut se montrer très coopératif et même « collabo », donner des informations sur le village, la famille, les résistants. Ce chantage et ces pressions s’exercent surtout en direction des enfants. Les femmes subissent aussi des violences, des harcèlements, des menaces.

Il faut bien avoir à l’esprit que les gens n’ont pas le droit ou la possibilité de travailler ailleurs.

Quels sont vos projets ?

Nos projets tournent autour de l’élevage des ovins, caprins, dromadaires, de la production du lait de vache. Nos liens avec le marché intérieur sont très faibles, nous travaillons à les renforcer pour vendre nos produits à Naplouse et Ramallah. Le nombre d’éleveurs est en décroissance, car ils vont s’employer comme ouvriers à la colonie. Nous devons leur permettre de retourner à leurs activités d’éleveur. C’est un programme que nous avons engagé depuis quelques années. Il en est de même pour le secteur agricole, tout en connaissant les limites de notre action. Avec les menaces et possibilités de destruction, nous devons trouver les moyens de reconstruire.

Il faut avoir toujours en tête, si on veut faire des comparaisons avec « la miraculeuse agriculture israélienne qui reverdit le désert (NDLA) » que les terres des colonies sont celles des villages palestiniens travaillées au profit des israéliens par leurs anciens propriétaires.

L’eau

Elle est en suffisance mais accaparée à 74 % par Israël, à 28 % en provenance du Jourdain. Les colons utilisent 660 litres par jour et par colon dans la vallée du Jourdain, soit 7 fois plus qu’un Palestinien !

L’eau c’est un droit humain, et une cause nationale pour la Palestine. Nous menons une bataille juridique, constituons un dossier pour revendiquer notre droit à l’eau. Nous utilisons les institutions en transformant des situations négatives en situations positives sur certaines terres relevant de la propriété privée, avec nos titres de propriété[5]. Il nous a été ainsi possible d’obtenir gain de cause sur une parcelle, sur 15 ans, sans indemnité mais avec un droit d’accès à nos terres. Hélas, cette méthode ne convient pas à toutes les terres, car beaucoup de grands propriétaires (des fonctionnaires de l’empire turc) résidaient en ville et n’étaient pas présent sur les terres. Ils sont déclarés absents et de ce fait les utilisateurs, les fermiers, les éleveurs, n’ont pas de droits reconnus sur les terres qu’ils utilisaient. Les maisons sont détruites et les terres sont colonisées.

Nous nous adaptons, étudions des projets de réaction, adoptons des pratiques nouvelles à partir des ressources disponibles.

L’Autorité palestinienne

60 % du budget consacré à la région va aux frais de fonctionnement et aux salaires de l’administration de l’Autorité. Sur le terrain, il reste peu. Sans le rapport de force, Israël s’en tire à bon compte.

Aujourd’hui les communautés villageoises n’arrivent pas à vivre alors qu’avant l’occupation les travailleurs des autres régions venaient travailler ici.

Rashed nous indique que des terres aujourd’hui incultes, sont achetées par de hauts-fonctionnaires palestiniens, mais qui sait ? Demain !

L’aide.

Pour nous, il est important que les aides des ONG, des associations, soient directes.

Ces organisations travaillent essentiellement dans les zones A et B où il y a moins de difficultés particulières pour agir sur les besoins des gens, leurs capacités de développement, en coopération, sur un plan local.

Soudain, une sirène retentit ; elle provient d’une colonie proche pour un exercice d’entrainement militaire qui concerne le territoire de 280 villes et villages.

Les ouvriers des colonies ont-ils pensé à s’organiser en syndicat ?

Il n’existe aucun syndicat pour les travailleurs de la Vallée du Jourdain. Il y a des syndicats à Naplouse et Jéricho, mais ils ne s’investissent pas ici, ils collaborent avec l’autorité palestinienne et sont peu actifs. Pour les journaliers des colonies, le droit du travail ne s’applique pas, et donc pas le droit syndical.

Depuis un an, un syndicat s’est implanté à Tubas sur la région du plateau intermédiaire pour les travailleurs des entreprises palestiniennes qui travaillent dans les colonies[6].

Nous avons des ateliers sur le droit du travail israélien et palestinien, avec l’aide de deux avocats.

Nos travailleurs ne perçoivent que de très faibles salaires, ils n’ont pas de contrat de travail dans les colonies. C’est donc difficile de les défendre. Il faut trouver des témoignages pour dénoncer les abus. Mais c’est ambigu, car nous ne voulons pas non plus faire des colonies des entreprises modèles[7].

Cependant nous recherchons la coopération avec les syndicats internationaux, notamment pour le boycott (BDS). La situation est la plus avancée avec les pays anglo-saxons.

Exemple de coopération avec les syndicats internationaux :

Le mouvement syndical palestinien se félicite de la décision du Congrès des syndicats écossais (le STUC) de prendre en compte l’appel de la société civile palestinienne au BDS et il lui demande de rompre les liens avec Histadrut[8].

Voir le texte complet : vendredi 22 avril 2011 - Info-Palestine.eu Proche-Orient.net (http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=10499)

A la lumière de tout ce qui précède, nous, mouvement syndical palestinien, comprenant la quasi-totalité des blocs qui composent le PGFTU (Fédération générale des syndicats de Palestine), réitérons l’appel du BNC (Comité national palestinien du BDS) de 2009 à couper tout lien avec la Histadrut, en tant que notre meilleur espoir pour que cessent les graves violations israéliennes contre nos travailleurs et notre peuple, et ce jusqu’à ce que nous disposions de nos droits inaliénables définis par les Nations-Unies, en particulier notre droit à l’autodétermination.

Cependant, comme je l’ai déjà dit, nous préparons un dossier sur le droit des enfants.

 

FASAYEL

Sa population est d’environ 1500 hab. répartis en deux zones : le village bas qui est en zone A et le village haut où nous sommes qui est en zone C. Ce sont des agriculteurs qui produisent des légumes et des fruits : bananes, oranges, citrons, dattes. Sous nos pieds, un puits artésien a été ouvert légalement en 1967, sous le régime jordanien, pour irriguer les champs. L’autorisation portait sur une profondeur de 150 m. Ce qui est peu par rapport à la nappe phréatique, car à cette profondeur l’eau peut être absente ou salée. Avant 1967, le village était approvisionné par des canalisations depuis une source venant de la montagne. Cette eau très pure pouvait être mélangée avec l’eau saumâtre du puits.

Dans les années 60 à 80, 1000 personnes pouvaient vivre de leur travail au village. Après 1980, deux colonies, Aba Sayel et Tomas se sont installées et ont foré des puits à 400 m de profondeur. Le puits s’est asséché. Plus les colons descendent et moins il y a d’eau. L’accès est restreint et les vergers en pâtissent. Beaucoup de familles partent vers Naplouse et Jéricho.

« Il y a 2 ans, le propriétaire du terrain où se trouve notre puits - aujourd’hui asséché - a demandé à creuser plus profond. L’autorisation a été donnée, mais pour 150 m seulement, autorisation limitée à 15 mètres de l’ancien forage ! Nous avons ouvert ce forage depuis 9 mois, mais l’eau est salée. Nous sommes donc contraints de la mélanger avec de l’eau venue de la montagne par camion-citerne.

Cette source est située à 60 km d’ici sur la terre privée d’un propriétaire palestinien qui vend le m/3 de 20 à 25 shekels (5 €). Elle arrose une dizaine de villages.

Parfois, nos citernes sont confisquées car nous n’avons pas le droit d’utiliser ce qui n’est pas vendu par les entreprises israéliennes. Nous devons surmonter ces obstacles et payer les amendes pour continuer à cultiver et vivre.

L’eau des colonies longe les villages, mais on n’en entend que le bruit dans les canalisations, on n’en boit pas ! Tous ces problèmes dépendent du type de zone dans lequel on se trouve. Et ici pour le haut, c’est la Zone C sous contrôle militaire.

Nos cultures sont saisonnières et dépendent de la pluie en hiver. Les champs sont pâturés après les récoltes. »

Rashed travaille à Fasayel depuis 2007.

NDLA : Malgré les difficultés, les villageois résistent et agissent pour éviter ce qui semble programmé : leur départ de ce village encerclé par les colonies pour s’approprier leurs terres. C’est le but des obstacles posés à leur encontre pour travailler, se loger, s’éduquer, se soigner.

L’école

 

Publié dans Monde arabe - Israël

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