C'est possible, une femme au cœur de la lutte de LIP, de Monique Piton

Publié le par dan29000

Après mai 68, les seventies furent une décennie de luttes et de résistances sur de multiples terrains, féminisme, anti-militarisme, écologie, auto-réductions, solidarité avec l'immigration, anti-capitalisme et anti-fascisme, occupations et séquestrations, internationalisme... Parmi toutes ces luttes, deux furent emblématiques par la mobilisation dans la durée, et par les méthodes et symboles véhiculés : la résistance du Larzac contre l'extension du camp militaire, et la résistance ouvrière des salarié(e)s de LIP à Besançon. Un signe qui ne trompe pas, quatre décennies plus tard, livres et films témoignent toujours de ces deux mouvements emblématiques.

 

Le combat des LIP a généré de nombreux films et livres, parmi ces derniers celui de Monique Piton publié aux Éditions des femmes en 1975, et aujourd'hui de nouveau éditer par les éditions L'échappée, sous le titre C'est possible, Une femme au cœur de la lutte de Lip (1973-1974).

 

Heureusement initiative !

 

Car ce récit n'a rien perdu de sa chaleur et de son efficacité politique. C'est à la fois un auto-portrait de femme, une femme en lutte dans sa vie quotidienne, une femme engagée dans le féminisme, employée dans l'usine de Lip qui a aussi écrit Mémoires libres en 2010 et Chanson de Suzanne en 1999, mais c'est également un livre sur une longue lutte pour conserver des emplois, pour pratiquer l'autogestion, pour démontrer que les alternatives sont toujours possibles, pour démontrer que des outils existent, comme les comités d'action, avec syndiqués et non-syndiqués, que l'on peut résister en dehors de la légalité, en dehors des magouilles des directions syndicales.

 

En avril 1973, l'entreprise LIP fut rachetée par une multinationale imposant une délocalisation et donc un démantèlement avec les licenciements de 1200 employés. Ce saccage capitaliste se heurta assez vite à la résistance ouvrière et à la solidarité des salariés, avec la mise en place d'un Comité d'action qui permit de donner la parole à toutes et tous, de mettre l'imagination au pouvoir, avec l'idée de faire tourner l'usine (industrie horlogère) au profit des travailleurs, sur la base d'un slogan lumineux :

 

On fabrique, on vend, on se paie !

 

Simple, efficace, et subversif.

 

Les salariés en lutte se sont alors emparés du stock de montres, mis en lieu sûr. Un vaste mouvement de solidarité et de vente se mit alors en place dans tout l'hexagone, assurant ansi un salaire. Un restaurant convivial est créé, une crèche, des AG quotidiennes, des meetings de solidarité se multiplient, à l'initiative des Lip et de la gauche radicale. Des comités de soutien sont créés un peu partout, les Lip quadrillent le territoire, vendent leurs montres, n'hésitent pas à affronter les policiers de Messmer venus occupés l'usine. Radicalisation par l'exemple, malgré la frilosité et parfois la lourdeur de la CGT. Un beau combat politique mais aussi une belle histoire humaine entre les femmes et les hommes de Lip et les soutiens venus de toute la France. Cela aboutit alors à la grande marche nationale du 29 septembre 1973 où plus de 100 000 personnes défilèrent à Besançon sous des trombes d'eau continuelles dans un fantastique élan de solidarité entre ouvriers-paysans-jeunesse...

 

"Tout cela est trop beau, trop humain, trop généreux pour être apprécié par la froide CGT." (page 218)

 

En janvier 1974, Lip redémarre avec une partie des salariés, et la promesse d'une reprise future pour les autres. Durant les deux années qui suivirent l'État gaulliste s'employa à saborder l'entreprise, brisant des vies afin de détruire ce fort symbole de l'autogestion (Une usine n'a pas besoin de patron, les ouvriers peuvent la faire tourner et se payer), une idée subversive que l'on a vu refleurir notamment en Argentine quand le mouvement ouvrier résista aux assauts mortifères du FMI.

 

A noter une postface inédite sur le second conflit de Lip en 1976, et un cahier photos de documents de l'époque. Un beau livre où le fil rouge, au-delà de la lutte des Lip, est la lutte des femmes en ce moment où MLF, MLAC et groupes femmes faisaient bouger les lignes. Un beau témoignage vécu, comme nous les aimons, de la part d'une belle personne qui offre ici au lecteur un moment de sa vie quotidienne et une page d'histoire du mouvement ouvrier.

 

Dan29000

 

C'est possible !

Une femme au cœur de la lutte des Lip (1973-1974)

Monique Piton

Collection Dans le feu de l'action

Éditions L'échappée

Édition établie et préfacée par Charles Jacquier

2015 /384 p / 22 euros

 

Le site de l'éditeur

 

Lire notre article sur la BD : Lip, des héros ordinaires

 

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