La maladroite, un premier roman signé Alexandre Seurat

Publié le par dan29000

Pour cette nouvelle rentrée littéraire, nous mettons en avant deux premiers romans particulièrement réussis, et traitant tous deux du réel, d'un réel difficile dans lequel la littérature a un rôle à jouer : La maladroite, d'Alexandre Seurat, et la semaine prochaine, Les échoués, de Pascal Manoukian.

 

La maladroite, c'est Diana.

Diana, huit ans.

Disparue.

Enlevée ?

Un avis de recherche avec photo existe. Il tombe sous les yeux de son ancienne institutrice :

 

"Quand j'ai vu l'avis de recherche, j'ai su qu'il était trop tard."

 

C'est la première phrase de ce premier roman d'Alexandre Seurat, professeur de lettres à Angers qui a soutenu en 2010 une thèse de littérature générale et comparée.

 

En huit chapitres, brefs, tendus, concis, le portrait de Diana va se dessiner dans l'esprit du lecteur subjugué. L'auteur a choisi la forme chorale, particulièrement efficace. Cela débute par les proches, la grand-mère, la tante, et aussi le demi-frère de Diana. Diana qui ment, encore et encore, Diana qui dit qu'elle va bien, malgré sa forte corpulence, sa raideur, et son visage gonflé. Diana, au nom de princesse morte brûlée vive dans une voiture encastrée dans un pilier en béton... Diana toujours souriante, volontaire, appliquée...trop appliquée, demandant de l'attention et niant la réalité.

 

Puis entrent en scène, l'institutrice, et la directrice de l'école, et aussi la médecin scolaire. La première transmet ses observations à la seconde qui transmet. Tout au long de la vie de Diana, l'on transmet beaucoup. Après l'institution scolaire viendront les autorités, le bureau de l'aide social à l'enfance, le bureau du procureur, la gendarmerie, le Conseil général... Tour à tour, tous ces gens prennent la parole et racontent. Tous dans la transmission et... l'impuissance.

 

Par petites touches, le lecteur comprend peu à peu, à la fois ce qui vit Diana et l'impuissance généralisée des proches, des autorités. Le talent et les choix narratifs de l'auteur évitent avec brio tous les pièges. D'autant plus que le roman est inspiré d'un fait réel. La distance est juste, le ton est juste, sans pathos.

Cette sobriété affirmée fait sans doute la force implacable de ce premier roman qui, peu à peu, tétanise le lecteur. Les failles sont partout, dans l'âme humaine, mais aussi dans les services sociaux.

Notre premier choc littéraire. Indispensable.

 

Dan29000

 

La maladroite

Alexandre Seurat

La brune au rouergue

2015 / 128 p / 13,80 euros

En librairie le 19/08/2015

 

 

Le site de l'éditeur

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