Les échoués, un premier roman signé Pascal Manoukian, chez Don Quichotte

Publié le par dan29000

Pour cette nouvelle rentrée littéraire, la sixième pour notre site, nous continuons de privilégier les premiers romans. Parmi les 393 romans français prévus entre la mi-août et la mi-octobre, 68 premiers romans. Et déjà deux coups de foudre pour Alexandre Seurat (La maladroite) et Pascal Manoukian (Les échoués), deux premiers romans qui nous parlent du réel, de l'humain, de la souffrance des humains, avec une vraie qualité littéraire.

 

En exergue de ce premier roman de Pascal Manoukian, trois proverbes, dont :

 

"La douleur d'aujourd'hui te rendra fort demain."

Proverbe bangladais.

 

A l'origine, quatre personnages. Virgil, le Moldave, issu de la grisaille du communisme et de cinq ans d'armée, avant de fuir vers un ailleurs meilleur afin de pouvoir nourrir sa femme et ses enfants. Partir. Au moment où le lecteur le découvre, il dort dans un trou en terre, dans les bois, sous la pluie, arrivé en France...

 

Assan qui vit, enfin survit, en Somalie. Mogadiscio est coupée en deux depuis la chute d'un général, la guerre civile fait rage en cette année 1991, où la terreur d'État a fait place aux pillages et viols généralisés. Avec lui Iman, sa fille. Une très jeune fille au sexe cousu avec des épines d'acacia selon un rituel local ! Neuf ans plus tard, après la mort de ses sœurs abattues par une rafale, Assam lui coupe les cheveux, l'habille en garçon pour sa sécurité, et décide de partir avec elle, en bateau. Partir. Toujours partir.

 

Enfin il y a Chanchal, le Bangladais. Dacca, la mousson, les cyclones, les inondations endémiques, cent ou deux cent mille morts, parfois cinq cent mille... Chanchal, né avant terme, cyanosé, laissé pour mort, dont un rat chercha à grignoter l'oreille... Chanchal qui signifie chez les hindous, sans repos. Partir, malgré qu'il savait ce qui l'attendait : la peur, la violence, les vols, la faim, la saleté, le mépris, la police... Partir à huit mille kilomètres et arriver dans le Val de marne, où Chanchal vend maintenant des roses, sans un mot, vivant dans des cartons avec d'autres migrants. Solitude quotidienne.

 

En 1992 Lampedusa est encore calme, Ceuta et Melilla sans barbelé, Calais ne fourmille pas de policiers, le tunnel n'existant pas encore... Virgil et Chanchal vont se rencontrer parmi d'autres migrants tentant de survivre au jour le jour et faisant face à la cupidité des passeurs. Et une nuit,Virgil, dans une forêt, va faire la connaissance d'Assam et d'Iman. Au-delà de leurs différences culturelles et de leurs parcours, des liens vont se créer entre ces clandestins, une solidarité afin de résister et de survivre pour vivre mieux un jour. Solidarité et partage, coups durs et petits plaisirs éphémères avant une belle rencontre avec une famille française.

Pascal Manoukian réussit son premier roman. Journaliste, grand reporter dans les zones de conflit, il fut l'auteur en 2013 d'un récit sur ses années de guerre, Le diable au creux de la main. Le ton est juste, évitant le sentimentalisme, les personnages crédibles et souvent attachants, les situations réalistes. Un premier roman qui tombe particulièrement bien en cet été 2015 marqué par des milliers de migrants se heurtant aux barbelés et aux policiers à Calais ou noyés par centaines en méditerranée. Un roman qui aide à saisir que ces migrants ne sont pas des statistiques, ni des enjeux politiciens pour une Europe-bunker. Le désespoir donne une force, la force d'avancer vers un espoir de vie meilleure. Ce magnifique roman de Pascal Manoukian nous touche et agrandit notre perception d'un phénomène de masse qui fera encore l'actualité des prochaines années.

 

Dan29000

 

Les échoués

Pascal Manoukian

Éditions Don Quichotte

2015 / 304 p / 18,90 euros

En librairie depuis le 20/08/2015

 

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EXTRAIT :

« Le chien était revenu. De son trou, Virgil sentait son haleine humide. Une odeur de lait tourné, de poulet, d’épluchures de légumes et de restes de jambon. Un repas de poubelle comme il en disputait chaque jour à d’autres chiens depuis son arrivée en France. Ici, tout s’était inversé, il construisait des maisons et habitait dehors. Se cassait le dos pour nourrir ses enfants sans pouvoir les serrer contre lui et se privait de médicaments pour offrir des parfums à une femme dont il avait oublié jusqu’à l’odeur… »

 

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